Undercover/09/05/Dossier drogue : L’Ange du Cannabis

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Dossier drogue : L’Ange du Cannabis
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Sommaire

Introduction

L’onde du cannabis se répand comme la poudre, allumant son incendie d’une cigarette à l’autre autour du monde. Cette invasion n’épargnera personne, car le non-fumeur est lui aussi contaminé par l’onde à son insu lorsqu’une proportion importante de drogués l’environnent. Ceux-là sont directement connectés avec l’esprit-contrôle du Haschisch, le dieu de la plante cannabis, qui est un dévoreur d’âme insatiable. D’abord il donne une extase d’un ordre inférieur, facile, immédiate et sans profondeur, et il lie ainsi les consciences sur sa fréquence vibratoire. L’effet d’expansion de l’onde est proportionnelle au nombre d’adorateurs inconscients qui ignorent rendre un culte à une divinité dévoreuse.

Chaque fumeur se croit libre, mais il ne l’est plus dès que l’effet de la drogue se répand à partir de son cerveau limbique en submergeant le système cérébral qui va alors s’habituer à voir le monde et la vie à travers l’œil du dieu du cannabis.

Il s’agit d’un culte magique et les drogues sont vraissemblablement à l’origine de nombreuses pratiques rituelles et religieuses.

L’une des caractéristiques de cette religion est qu’elle ne cherche pas à connaître son dieu tutélaire, mais que n’importe quoi peut s’y substituer. Cannabis est très puissant et habile. Il ne montre pas son vrai visage, mais se fait connaître par l’onde de plaisir à travers laquelle il se transporte d’une conscience à l’autre. En stimulant l’imagination, mais seulement dans le sens de sa volonté, il peut générer des images qui furent les matrices des représentations traditionelles de nombre de divinités adorées dans diverses cultures anciennes.

Chez son adorateur moderne, bien entendu, ces visions ne se manifestent pas à cause du dessèchement mystique de notre époque, mais l’on sait que l’ancien adorateur du Cannabis, était porté à se représenter sa divinité d’élection. D’où notre idée que les images des dieux se sont progressivement fixées par le recours à une drogue, grâce à la proximité du dieu cannabis avec le monde astral où il se dissimule dans son royaume de chimères.

Sur le plan de la physiologie ésotérique, l’effet jouissif de la drogue, celui qui est précisément recherché par l’adorateur du dieu cannabis, est qu'il ouvre la conscience à l’onde de plaisir à travers certains chakras. Ceux-ci se dilatent et attirent une plus grande quantité de substance astrale dans l’organisme grâce à la neutralisation momentanée du système cérébral. La substance astrale est liée au désir et au plaisir, et l’onde d’extase se répand dans le système cérébro-spinal, l’inondant d’une sensualité psychique qui court-circuite le mental.

Il s’agit donc d’un culte magique extatique, et qui serait peut-être à l’origine des cultes populaires puisque l’on sait que le Cannabis sous une certaine préparation sophistiquée fut à l’honneur dans les civilisations anciennes comme moyen d’entrer en contact avec l’invisible.

Le vulgaire fumeur, loin de se douter qu’il pratique un acte magique, se met en relation avec un plan invisible sur la fréquence vibratoire de l’onde du Cannabis. Il n’a guère besoin d’être conscient ni d’invoquer cette présence, puisqu’elle apparaît automatiquement dès que le principe actif THC entre en contact avec le sang, et de là pénètre la conscience. Ce principe actif dans lequel l’esprit matérialiste moderne ne veut voir que la formule d’un poison répertorié comme drogue aux propriétés bien connues, est en réalité l’être même du dieu cannabis.

Il n’y a que des êtres vivants dans l’univers, et ceux qui s’enracinent dans le règne végétal sous la forme de ces plantes répertoriées au tableau des drogues, sont de puissants esprits qui vivent sur une autre dimension. Leur empire est à la mesure du nombre de leurs adorateurs.

Le règne végétal est simplement un moyen de s’accrocher au plan physique et de s’offrir à la consommation des humains d’une façon libre et facile. Ainsi, ces esprits des narcotiques pénètrent l’âme humaine et y assoient leur royaumes invisibles.

Une épouvantable régression menace le genre humain  : la drogue

Les structures et les émotions psycho-physiques accélérées par l'action coercitive des drogues peuvent transformer l'homo sapiens en un homme-bête. La persévérance dans ce vice terrible provoque dans les structures informatrices génétiques un changement progressif qui va jusqu'à l'inhibition totale des facultés intellectuelles et du mécanisme biophysique nécessaire à l'Esprit qui est précisément "l'Intelligence Divine". Dans des temps lointains, une régression de l'espèce eut lieu sur votre Planète à cause d'un usage sans discrimination de la drogue. Les animaux que, sur la Terre, vous appelez singes, sont le témoignage véridique de cette épouvantable régression qui transforma l'homo sapiens en un homme-bête. Cet atroce destin pourrait investir une grande partie de votre espèce si, par tous les moyens, vous ne parvenez pas à endiguer le vice, toujours plus croissant, de la drogue. Si votre science demeure passive, la dynamique mentale démoniaque fera tache d'huile; les disgrâces douloureuses qui affligeront votre espèce seront terribles.

Il est pénible pour nous de vous faire ces communications peu plaisantes à accepter, mais si vous ne voulez pas courir le risque de rendre vos habitacles non fonctionnels pour l'Esprit, alors, vous devez sentir pleinement la responsabilité de tout ce que nous vous communiquons et, en toute conscience, la nécessité urgente de mettre un terme au grave vice de la drogue !

Nous vous conseillons de ne pas perdre de temps, parce que le temps, dans ce cas précis, est très précieux. Notre opérateur, en service sur votre Planète, a reçu des instructions précises à ce sujet; il se tient à la disposition de tous ceux qui sont animés de bonne volonté pour édifier tout ce qui est nécessaire, et de leur devoir de faire, pour empêcher que ce terrible vice n'atteigne le point critique. Soyez conscients et persévérants dans le bien. (extrait du livre El Dorado)

Le cannabis dans l’Histoire

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Si le cannabis est indubitablement l’une des plantes les plus anciennement connues par l’homme, il reste difficile de déterminer avec précision l’époque où ses propriétés furent découvertes. Il demeure probable qu’il fut initialement récolté pour ses fibres et ses graines, et que, secondairement, ses vertus pharmacologiques donnèrent lieu à une double exploitation : religieuse et thérapeutique. Les premiers témoignages de son usage remontent à plus de cinq mille ans avant notre ère, et des indices prouvant l’utilisation du cannabis sont datés de quatre mille ans en Chine, de trois mille ans av J.-C. au Turkestan.

Originaire d’Asie centrale (des versants himalayens de l’Inde), la plante s’est répandue par la suite vers l’est (Chine et l’ensemble du sous-continent indien) puis vers l’ouest à la faveur de l’avancée des Scythes (pays du Moyen-Orient, vallée du Nil, pays du Maghreb).

Dans un second temps, les Arabes envahissant l’Europe comme les croisés revenant d’Orient feront découvrir les préparations à base de résine à l’Occident. Le cannabis sera peu à peu connu également des peuples d’Afrique méridionale et occidentale. Il gagnera l’Amérique centrale rapidement après la conquête espagnole, les Caraïbes au début du XIXe siècle et les États-Unis au début du XXe siècle.

Le cannabis dans l’Antiquité

1) EN ORIENT L’une des références écrites les plus lointaines semble être l’Atharva Veda, un ensemble d’écritures religieuses datées de mille cinq cents ans av. J.-C. Les peuples de l’Inde considéraient le bhang comme une préparation sacrée, susceptible d’éloigner le Mal. C’était la boisson préférée d’Indra, le plus puissant des dieux védiques, porteur de la foudre et adoré par les castes guerrières.

Les Chinois connaissaient bien aussi le cannabis, dont le commerce était d’ailleurs lourdement taxé. Les disciples du chirurgien Hua Tuo (141-208) préconisaient de le mélanger au vin pour optimiser ses propriétés anesthésiques : c’était le Mafo Sam. Ils l’utilisaient comme sédatif des douleurs rhumatismales, comme traitement des accès de goutte, ainsi que pour traiter les maladies mentales à la faveur des propriétés inébriantes et hallucinogènes reconnues dès lors.

Le chanvre est mentionné sur le papyrus Ebers de l’Égypte pharaonique (1550 av. J.-C.), où il voisine avec l’opium, la jusquiame et la mandragore.

Les Assyriens utilisaient le cannabis comme encens : c’était le qunubu ou quannabu, terme dérivé du persan kanaba, terme peut-être d’origine scythe.

2) EN OCCIDENT La médecine grecque hérite largement de la tradition égyptienne. Dioscoride souligne les propriétés psychotropes de la plante qui « fait venir au-devant des yeux des fantômes et illusions plaisantes et agréables ». Galien redoute qu’elle ne « blesse le cerveau quand on en prend trop » mais rapporte son usage comme enivrant et livre des formules de galettes soporifiques contenant du cannabis. La plante n’entrait-elle pas aussi dans la formule du Népenthès chanté par Homère ?

Pour les Romains, le cannabis participait à la formation d’électuaires (remèdes) variés, aux vertus magiques, et entrait dans la composition de nombreux médicaments. Ils utilisaient également ses fibres pour fabriquer les cordages des navires, et les importaient de Gaule (notamment du IVe siècle av. J.-C. au IIe siècle de notre ère).

Le cannabis du Moyen Age à la Renaissance

Au Moyen Age, alors même que la science médicale occidentale se perdait dans une longue période d’obscurantisme, les sociétés musulmanes répandirent l’emploi de cette plante apte à remplacer l’alcool interdit par les préceptes coraniques et, surtout, riche de nombreuses vertus thérapeutiques. Le cannabis suit dès lors les invasions arabes, gagnant l’Afrique du Nord, puis l’Espagne, la France et les pays péri-méditerranéens. Il se répand dans les pays de la Corne d’Afrique au XIIIe siècle, d’où probablement dans les pays d’Afrique noire. Les témoignages de cette période, lacunaires, sont à plus d’un titre édifiants car ils permettent de mieux saisir l’importance portée plus tard au lien supposé entre le haschisch et la perpétration de crimes sanguinaires.

Cette période préfigure aussi les aspects plus modernes concernant le regard porté sur le chanvre.

L’Inquisition espagnole voit dans le cannabis une herbe diabolique, mais les mesures répressives envisagées ne réduisent guère son utilisation. L’Église tout entière proscrira le chanvre dès le XIIe siècle, sans succès, ayant peut-être constaté que les pratiques de sorcellerie voyaient mélanger cannabis, jusquiame, et autres plantes hallucinogènes. Au XIVe siècle, l’émir Soudoumi Scheikhoumi essaiera également en vain d’interdire l’utilisation du chanvre en Égypte.

Le cannabis, parfaitement représenté dans les planches de l’herbier Ortus sanitatis de herbis et plantis (1517), sera décrit scientifiquement par le Portugais Garcia da Orta en 1563.

Au début du XVIe siècle, Rabelais évoque la plante dans son Tiers-Livre sous la dénomination fantaisiste de Pantagruélion. Il en recommande l’usage pour soigner plaies et brûlures, pour faire céder les douleurs spastiques, les crampes et les rhumatismes. Il permet aux hommes, précise-t-il, « non seulement de se joindre par-delà les mers, mais aussi de tenter l’escalade des cieux », allusion aux cordages en chanvre ou aux propriétés psychotropes.

Le cannabis à l’Age classique et au Siècle des Lumières

C’est au XVIe siècle que l’Occident va véritablement (re)découvrir le cannabis. Au XVIIe siècle, il est essentiellement utilisé pour fabriquer voiles et cordages pour la marine et cultivé dans cette perspective en Amérique latine par les Espagnols et les Portugais. Il est ainsi attesté au Chili dès 1619. Le développement du commerce triangulaire aux XVIIe et XVIIIe siècles favorisera l’importation du cannabis africain en Amérique latine et notamment au Brésil.

La production européenne est de plusieurs dizaines de milliers de tonnes chaque année. Le refus de cultiver du chanvre est soumis au règlement d’une taxe importante dans l’Angleterre d’Elizabeth 1re (1533-1603). Les étrangers acceptant d’en cultiver obtiennent immédiatement le bénéfice de la nationalité anglaise. La situation est identique en Amérique du Nord : le refus de produire du chanvre est considéré comme passible d’une peine de prison en Virginie au XVIIIe siècle ! Dans la France de cette époque, le chanvre est aussi considéré comme une production agricole de premier ordre; son usage thérapeutique demeure cependant encore une curiosité. Le produit est si précieux qu’un décret de 1802 interdit son exportation vers l’Allemagne et la Suisse. Et Napoléon déclara la guerre à la Russie en partie pour l’empêcher de fournir du chanvre aux Anglais. La flotte anglaise étant alors dépendante des fibres importées de Russie, l’Empereur imaginait mettre un terme au blocus maritime imposé par l’Angleterre.

Le taxinomiste suédois Carl von Linné (1707-1778), décrivant le cannabis en 1753, lui donne son nom scientifique actuel : Cannabis sativa. Il ne reconnaît qu’une seule espèce de plante. Jean-Baptiste de Monet, chevalier de Lamarck (1744-1829), quant à lui, le mentionnera dans sa grande Encyclopédie botanique (aux environs de 1783) et décrit ce qu’il estime alors être une autre espèce : Cannabis indica, le chanvre "indien".

Le XIXe siècle, grande époque du cannabis

Le XIXe siècle voit la description scientifique de l’intoxication par la résine de cannabis dont les manifestations avaient été observées dès l’Antiquité. Il voit parallèlement la confirmation de l’intérêt médical d’une plante qui se trouve largement utilisée à des fins récréatives, n’étant généralement soumise à aucune restriction légale.

Conséquences de la campagne d’Égypte : le haschisch est connu en Égypte dès le XIIIe siècle, alors que le pays soumis à la tyrannie des Mamelouks connaît une période de ruine économique et sociale, qui ira s’aggravant sous la domination ottomane à partir du XVIe siècle.

Lors de l’expédition d’Égypte, Bonaparte est agressé au couteau par un musulman sous l’emprise d’une ivresse cannabique. Il décrète le 8 octobre 1800 : « L’usage de la liqueur forte faite par quelques musulmans avec une certaine herbe nommée haschisch ainsi que celui de fumer la graine de chanvre sont prohibés dans toute l’Égypte. » En fait, ce décret visait avant tout à limiter la consommation de la résine par les soldats de son armée.

C’est néanmoins à l’occasion de cette campagne que des médecins, tout comme les soldats, s’intéressent à la résine de cannabis, qu’ils ramènent en France.

La nouvelle panacée Le Dr Louis Aubert-Roche, de retour d’Égypte, préconise l’administration de haschisch comme remède souverain contre diverses maladies contagieuses et publie son célèbre De la peste et du typhus d’Orient. Joseph Moreau de Tours (1804-1884) quant à lui, aliéniste à l’hôpital Bicêtre (Paris), essaye la drogue en 1837 et voit « dans l’action de cette substance sur les facultés morales un moyen puissant, unique, d’exploration en matière de pathologie mentale. » Moreau de Tours recommande rapidement l’usage du dawamesk comme traitement de l’ensemble des troubles mentaux. Mais il demeure isolé à en reconnaître la pertinence, nombre de ses collègues et amis ne constatant en fait de résultats que la modification de la nature des «hallucinations» des patients auxquels il en administra.

Moreau de Tours eut une manière de successeur en Charles Richet (1850-1935), physiologiste, prix Nobel 1913 pour ses travaux sur l’anaphylaxie, qui étudia sur lui-même les effets du haschisch. Il nota que les véritables hallucinations étaient rares et préféra caractériser ses sensations par le terme d’«illusions».

Les pays occidentaux mirent largement à profit le cannabis dans la réalisation de nombreuses spécialités pharmaceutiques. Le pharmacologue berlinois Louis Lewin rapporte ainsi que de vastes cultures étaient encore entretenues dans l’Allemagne de la première Guerre mondiale.

La fin du XIXe siècle vit d’ailleurs le statut du cannabis passer de médicament à celui de véritable confiserie : ainsi la Ganjah Wallah Hasheesh Candy Company commercialisa dès 1860 des bonbons au sucre d’érable et à la résine de… cannabis. Ces friandises eurent beaucoup de succès et furent des années durant vendues dans tout le pays, y compris par correspondance.

Le Club des Hachischins. Louis Aubert-Roche et Moreau de Tours, émerveillés par les vertus du chanvre, ne tardèrent pas à organiser des soirées entièrement vouées à la consommation du haschisch. Dès 1843, ces rendez-vous attirèrent le gratin intellectuel parisien de l’époque.

Peu à peu, ce modèle de consommation fit école et l’orientalisme en vogue de 1850 à 1900 vit se multiplier les "salons turcs" ou "fumeries turques", en Europe comme aux Etats-Unis. Il existait en 1880 plus d’un demi-millier de salons (haschisch-parlor) où l’on consommait du haschisch pour la seule ville de New York, et il en subsistait encore presque autant en 1920, pendant la grande époque de la Prohibition. Une enquête réalisée par les Anglais en Inde (1894) montra que de petites doses de cannabis ne posaient pas de problèmes de santé, mais que des quantités plus fortes pouvaient générer des troubles mentaux.

Les temps modernes : La peur du fléau

Le cannabis et ses préparations deviennent synonymes de fléau au plan mondial dans les années 30. La plante en vient à représenter la quintessence de la "drogue" : son usage fait dès le début du XXe siècle l’objet d’une stigmatisation mise en scène à des fins politico-économiques, dans la mesure où l’opprobre dont elle est chargée demeure sans rapport avec sa toxicité véritable. Les consommateurs de cannabis appartiennent à des groupes culturels souvent mal compris, peu intégrés. Il s’agira selon les époques, de distinction raciale (à l’égard des noirs et des latinos aux Etats-Unis) ou purement culturelle (à l’égard des jeunes revendiquant un idéal social nouveau dans l’Amérique des années 60). Sami-Ali le précise avec force :

« C’est autour du problème du haschisch, drogue qui nous vient d’Orient, qu’on assiste à la rencontre de deux systèmes de valeurs oriental et occidental dans lesquels l’expérience d’intoxication est diversement vécue, assimilée et justifiée. L’intérêt qu’elle ne tarde pas à susciter présuppose que la société s’était déjà fixée sur ce qui lui appartient et sur ce qui lui reste étranger. »

Nous nous limiterons ici à évoquer quelques repères constituant autant de charnières dans l’histoire du cannabis.

L’« herbe du crime » mexicaine

C’est à partir des Caraïbes, notamment de la Jamaïque, que le cannabis gagne le Mexique, probablement aux alentours de 1870-1880. Il gagne ensuite les Etats-Unis : d’abord le Texas en 1903, puis, aux alentours de 1910, la Nouvelle-Orléans où il est presque d’emblée proscrit. Il est alors consommé par les ouvriers agricoles de race noire, bien évidemment très pauvres. La Californie le déclare vénéneux en 1907 et son usage non médical sera proscrit dès 1913. À cette époque, sa culture, importante jusqu’au milieu du XIXe siècle, puis détrônée au profit de celle du coton qui s’est développée après la guerre de Sécession, est concurrencée par le développement de l’industrie des fibres synthétiques, d’autant plus fatale qu’un mouvement mené aux Etats-Unis par Harry Anslinger présente le cannabis, rebaptisé du nom alors inconnu de marijuana, « the weed of madness », l’herbe de la folie, comme une drogue éminemment dangereuse, expliquant la majorité des actes de violence dans le pays et… l’irrespect des Noirs à l’égard des Blancs. Une véritable croisade sera menée pendant cinq à six ans, jusqu’au vote d’une loi prohibant tout usage du cannabis à moins de régler au Trésor américain une taxe exorbitante.

La Ganjah de Jamaïque et les rastafari

L’introduction du cannabis en Jamaïque remonte aux environs de 1860, lorsque des ouvriers d’origine indienne furent embauchés au titre de contrats à long terme. Ceci explique que la désignation de la drogue soit la même en Inde et dans cette île… L’usage du produit s’est rapidement généralisé dans les classes sociales les plus défavorisées. Des rapports faisant état de troubles mentaux liés à sa consommation devaient aboutir à le voir prohibé par le gouvernement jamaïcain en 1913. Comme bien souvent en matière de prohibition, les mesures, pourtant renforcées dès 1924, n’eurent aucun résultat et la consommation de cannabis, de ganjah, a fini par devenir générale dans l’île.

La fin des années 30 a vu le développement d’une religion, d’un culte, basé sur la consommation de la plante : le culte "rastafari". Les rastafariens ou rastamen constituent un groupe spirituel prônant le retour aux sources africaines et considérant l’empereur d’Éthiopie Haïlé Sélassié (de son nom Ras Taffari Makonnen) (1892-1975), le négus, comme un dieu à la suite d’une prophétie réalisée par Marcus Garvey en 1927. Cette secte offre aux classes les plus démunies de l’île une identité culturelle fortement revendiquée. Ils portent des cheveux longs, l’Ancien Testament stipulant qu’aucun rasoir ne doit toucher la tête des justes, et sont végétariens. Ce culte s’est étendu à toutes les Caraïbes dans les années 60 et concerne, plus largement, environ 350.000 rastas sur la planète. L’usage de la ganjah, préconisé selon eux par la Bible, concerne 60 à 70 % de la population jamaïcaine. Le mode d’usage traditionnel des rastafariens est le spliff, sorte de petit cigare associant tabac et ganjah ou le thé de ganjah. L’utilisation du cannabis est largement associée à la musique reggae, illustrée notamment par les chanteurs Bob Marley, Peter Tosh ou Jacob Miller.

En 1941, le gouvernement jamaïcain a encore alourdi les peines infligées aux usagers et aux producteurs, rendant la législation locale l’une des plus sévères au monde. À la suite de l’accession de la Jamaïque à l’indépendance, en 1962, les autorités ont assoupli la législation. De fait, le trafic a largement prospéré et le cannabis est aujourd’hui la principale culture de rapport dans l’île.

Génération « peace and love »

L’utilisation du cannabis comme drogue est rare dans l’immédiat après-guerre, exclusion faite au sein de minorités culturelles, ethniques ou religieuses traditionnellement consommatrices. Ainsi dénombrait-on moins de 10 usagers dans le Paris des années 40… À la fin des années 60 et dans les années 70, l’usage de haschisch dans la société occidentale est synonyme de fraternité et de liberté, de révolte sociale contre les valeurs établies, notamment à l’égard du modèle de société dite "de consommation" ayant émergé dans les Etats-Unis de l’après-guerre. L’herbe se répand dans les campus américains. On estime à 7% la proportion d’étudiants usagers dans l’Amérique de 1968 et à 4% la proportion dans la population générale de plus de 21 ans en 1970. L’usage de cannabis se généralise également sur les campus européens, avec un certain décalage.

Des routards ramènent souvent la résine d’Asie ou d’Amsterdam qui devient une véritable plaque tournante du commerce d’herbe. Le produit n’est alors qu’exceptionnellement frelaté, contrairement à ce qui se produira dès le milieu des années 70, lorsque les importateurs "professionnels", les "dealers", prendront sous leur coupe l’essentiel du trafic. Certains usagers arborent un signe de reconnaissance tel un badge marqué du chiffre 13 (M, initiale de marijuana, treizième lettre de l’alphabet). À cette époque, le cannabis est quasiment objet de ferveur mystique, de culte : « Chaque fois que tu prends une feuille, il faut demander pardon », résume le dessinateur Moebius. La drogue est consommée lors de grass-party ou de high-tea, assis en tailleur sur des coussins, formant un cercle, dans une pièce au décor souvent orientaliste, parfumée à l’encens. L’un des assistants prélève avec respect la dose de haschisch requise dans la réserve commune et prépare shilom ou joints. La préparation circule de bouche en bouche. Les participants boivent du thé à petites gorgées, plus exceptionnellement de la bière. Cette tradition hippie de la consommation de cannabis ne semble donner lieu qu’à de médiocres revendications contre la prohibition, jusqu’au milieu des années 70.

La dépénalisation revendiquée

En 1967, Le Times accepta de louer une pleine page publicitaire à une association souhaitant monter que la législation prohibitionniste était « immorale dans son principe et inapplicable dans la pratique ». Une large mouvance se dessinait alors aux Etats-Unis, visant à obtenir du gouvernement la libéralisation totale de la culture et de l’utilisation du cannabis. Au début des années 70, une commission proposa de dépénaliser l’usage à titre personnel de la drogue, mais elle fut rejetée par le gouvernement Nixon. Certains des états de la fédération n’ayant toutefois pas suivi cet avis, la consommation de cannabis se développa considérablement, les saisies étant multipliées par 20 entre 1972 et 1975. Les Etats-Unis demeurent aujourd’hui l’un des plus gros consommateurs de cannabis au monde.

Divers mouvements en faveur de la libéralisation du chanvre sous toutes ses formes ont été fondés par la suite, aux É.-U., au Pays-Bas, en Europe. L’un des plus importants, historiquement parlant, est l’association HEMP de Californie (Help End Marijuana Prohibition), fondé par le légendaire Jack Herer. Il existe même diverses institutions visant à préserver les témoignages culturels concernant le cannabis, dont le « Hasch Info Museum » d’Amsterdam.

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Le cannabis roi

« Il est défendu à l’homme, sous peine de déchéance et de mort intellectuelle, de déranger les conditions primordiales de son existence, et de rompre l’équilibre de ses facultés avec les milieux. S’il existait un gouvernement qui eût intérêt à corrompre ses gouvernés, il n’aurait qu’à encourager l’usage du haschisch. » (Du vin et du haschisch – Charles Baudelaire 1851)

« Après quelques minutes, je me retrouvais avec tout mon sang-froid sans mal de tête, sans aucun des symptômes qui accompagnent l’ivresse du vin, et fus étonné de ce qui venait de se passer. Une demi-heure s’était à peine écoulée que je retombais sous l’empire du haschisch.
Dans un air confusément lumineux voltigeaient avec un fourmillement perpétuel des milliards de papillons, dont les ailes bruissaient comme des éventails. Mon ouïe s’était prodigieusement développée. J’entendais le bruit des couleurs. Des sons, verts, rouges, bleus, jaunes m’arrivaient par ondes parfaitement distinctes. Un verre renversé, un craquement de fauteuil retentissaient en moi comme des roulements de tonnerre. Ma propre voix me semblait si forte que je n’osais parler, de peur de renverser les murailles ou de me faire éclater comme une bombe. J’étais si fondu dans le vague, si absent de moi-même, si débarrassé de moi, cet odieux témoin qui vous accompagne partout. Ce qu’il y a de particulier dans l’ivresse du haschisch c’est qu’elle n’est pas continue, elle vous prend et vous quitte, vous monte au ciel et vous remet sur terre sans transition. Comme dans la folie on a des moments de lucidité. »

Baudelaire, car c’est lui, écrira quelques années plus tard, alors qu’il est passé du haschisch à l’opium :

« Le haschisch comme toutes les joies solitaires rend l’individu inutile aux hommes et la société superflue pour l’individu. Le haschisch ne révèle à l’individu que l’individu lui-même. Celui qui aura recours à un poison pour penser ne pourra bientôt penser sans poison. » 

En vingt ans, la drogue a pris pour notre jeunesse les proportions d’un véritable péril. La toxicomanie atteint aujourd’hui toutes les couches sociales et frappe en particulier la jeunesse. Toutes les familles peuvent être concernées. Ne croyez pas que cela ne peut arriver qu’aux autres. Vous serez un jour ou l’autre confrontés à ce problème si ce n’est dans votre propre famille, ce sera pour des amis, des camarades de classe ou d’université ou même du travail.

Dans certains cas, dès l’âge de 12-13 ans, sous la pression d’un ami, du groupe, on essaie la drogue, à l’école, en soirée, lors d’activités sportives. Puis vient pour une partie non négligeable d’entre eux l’habitude et enfin la dépendance et c’est l’engrenage infernal.

La drogue est un défi au monde moderne. Le laxisme a prévalu jusqu’à ce jour mais il faut mettre fin à cette hypocrisie qui jette un voile sur la réalité de la drogue. Or, il n’y a pas de fatalité de la toxicomanie, il n’y a que la démission des adultes.

Encore faut-il que chacun se mobilise car ce fléau peut frapper n’importe qui, quel que soit le milieu social, religieux ou politique. La lutte contre la drogue et la toxicomanie est un enjeu capital. C’est aussi un impératif éthique parce que la drogue menace la liberté, la dignité, et la vie de la personne humaine. Ce combat est l’affaire de tous, de l’état, de l’éducation nationale, de la médecine, de la justice. Il nécessite le concours de tous, à tous les niveaux de la société, mais en premier cette lutte doit reposer sur les parents, premiers éducateurs des enfants.

Il faut agir auparavant, préventivement, avant que l’enfant n’ait déjà essayé. Il faut l’avertir des dangers que représente la consommation de toxique avant qu’il n’y ait goutté, et ceci dès le très jeune âge, car après, la notion de peur et de danger a bien peu de signification en particulier pour les 14-18 ans. Or, c’est sur toute cette période de l’adolescence, période de mutation profonde et d’instabilité que la drogue séduit les jeunes. À cet âge, il faut aider l’adolescent à se construire; c’est en effet en fonction de son mode de relations de confiance avec sa famille, ses amis, et l’ensemble de ce qui contribue à forger sa personnalité que chaque jeune est amené à se déterminer face au choix de prendre ou de ne pas prendre la drogue.

Qu’est-ce qu’une drogue ?

C’est une substance qui agit au niveau du cerveau et dont l’action est ressentie agréablement par le sujet. Elle agit sur l’organisme en modifiant les sensations et le comportement. Surtout, elle produit une réaction de bien-être, de plaisir intense, c’est cela que recherche l’individu dans la drogue : le bien-être, le plaisir. Cette sensation revêt différent modes. Elle peut être due :

  • A une stimulation des centres nerveux qui donnent une excitation avec les amphétamines, la cocaïne, le krach, l’ecstasy.
  • Où, à l’inverse, à une dépression du système nerveux central qui donne une sensation de bien-être intense, d’oubli, comme avec l’héroïne, la morphine, l’opium, le cannabis (haschisch).
  • Enfin elle peut-être due au remplacement du monde réel par un monde artificiel, par les hallucinogènes, le LSD, la mescaline.

Quel est le mécanisme ?

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La cible principale des drogues est le cerveau, siège de tous les mécanismes qui contrôlent le comportement. Des études scientifiques ont montré que toutes les drogues entraînent des modifications biochimiques, donc physiques dans le cerveau et induisent le comportement impulsif du toxicomane. Les recherches permettent maintenant de comprendre le mécanisme de l’action de la drogue, d’en connaître les effets et les conséquences et ceci a été particulièrement étudié pour le cannabis. Les travaux médicaux des vingt dernières années, en particulier les études par I.R.M., ont montré que le cerveau de l’homme est formé de deux parties, aux fonctions bien distinctes, le cerveau primitif ou paléo-cortex au centre de l’encéphale, et le nouveau cerveau ou néo-cortex, autour du précédent. Ce dernier est le siège de la pensée, des facultés intellectuelles, du langage, de l’expression symbolique, de la conscience du moi, alors que le cerveau primitif contrôle la vie affective, l’activité viscérale, les pulsions instinctives. Et le comportement humain est régi par le résultat de l’intersection des activités respectives du cerveau primitif et du nouveau cerveau.

Les expériences faites chez l’animal et chez l’homme à qui l’on donnait du cannabis ont permis de montrer que la zone stimulée du cerveau, sous l’effet de la drogue, se situait au niveau du paléo-cortex ou cerveau primitif, dans une région très précise, la région limbique, véritable centre du plaisir. L’un des caractères très particuliers de la stimulation de cette région est qu’elle produit un véritable train d’ondes qui se propagent à l’ensemble du système nerveux et dont l’effet prolongé échappe au contrôle du néo-cortex. Sous l’effet de la drogue, des substances chimiques sont fabriquées au niveau du paléo-cortex; on les appelle endorphines, par analogie avec la morphine, car ce sont elles qui déclenchent le plaisir.

De ces expériences, on peut conclure que la drogue interrompt le libre passage des signaux qui parcourent constamment les circuits cérébraux et intègrent les actions des deux cerveaux, le paléo-cortex et le néo-cortex. Le déclenchement des mécanismes neurophysiologiques qui contrôlent le bien-être entraîne une altération biochimique, associée à des sensations de plaisir qui s’impriment dans le système nerveux central. La prise chronique de drogue, peut ainsi marquer d’une empreinte indélébile le cerveau primitif et altérer les jeux des facultés mentales. La stimulation des centres du plaisir et du bien-être est normalement, chez tout individu sain, associée à l’effort, à l’effort créateur, à l’expérience mystique, à la découverte, à toutes les activités qui ennoblissent l’homme et qui nécessitent un apprentissage.

On voit donc le danger que représente la drogue qui permet à l’homme d’obtenir une satisfaction intérieure sans avoir exercé un effort, lorsque l’activité du néo-cortex est également mise en jeu. L’adolescent dont le centre du plaisir est prématurément stimulé par la drogue avant qu’il ait pu découvrir les autres sources de la joie est particulièrement vulnérable à cette monumentale tricherie dont il ne peut mesurer ni l’étendue ni les conséquences. Les centres cérébraux du bien-être, une fois saturés par la drogue, ne pourront plus être stimulés par les performances physiques ou intellectuelles, ce qui induit chez l’adolescent un véritable état de déficit sensoriel qui explique sa léthargie et sa désinsertion sociale. Aucune société ne peut concurrencer la satisfaction immédiate donnée par la drogue. C’est là que réside le grand danger social des stupéfiants : il détourne l’homme des tâches dont l’accomplissement pourrait lui donner, au prix d’un effort, une satisfaction analogue qui résulterait alors d’un fonctionnement à l’unisson du cerveau primitif et du nouveau cerveau.

Les bases biologiques de cette déstabilisation simultanée des deux cerveaux, par le cannabis par exemple, sont parfaitement connues maintenant. Cette drogue perturbe et dévie le traitement d’information dans les zones du cerveau dont l’intégrité est essentielle pour l’exercice de la raison et de la liberté. Le cerveau de l’homme est doté d’un plan d’ordonnancement extraordinaire, basé sur d’innombrables mécanismes de contrôles qui sont endommagés par la drogue. Cette perturbation de l’équilibre cérébral peut, au long cours, devenir irréversible, engendrant le comportement stéréotypé de recherche et de consommation de la drogue. Le drogué n’a plus qu’un objectif, une obsession : obtenir de la drogue et la consommer.

La toxicomanie peut donc se définir ainsi : absorption volontaire, habituelle, de substances présentant dans leurs effets psychiques une toxicité immédiate : euphorie, état d’ivresse d’excitation, alternant avec une apathie, un abattement profond, et également une toxicité chronique se manifestant dans un temps plus ou moins long par un état de dépendance; nous y reviendrons. Toutes ces substances agissant sur le système nerveux central sont dans un premier temps bien tolérées. La tolérance est la plus petite quantité de substance efficace que l’organisme peut supporter sans effet toxique.

Avec l’usage répété, survient l’accoutumance; à ce stade l’abstinence ne provoque pas de trouble désagréable ni dangereux mais le désir de prolonger l’usage entraîne une dépendance psychique. La dose supportée sans dommage augmente en même temps que l’effet recherché diminue, d’où l’obligation, pour obtenir la même efficacité, d’accroître sans cesse les doses. Ceci, jusqu’à atteindre parfois la dose supérieure que l’organisme peut tolérer : c’est l’overdose qui est le plus souvent mortelle (dans le cas des drogues dures).

La dépendance s’installe à partir du moment où la personne ne peut plus se passer de sa drogue. C’est une dépendance psychique avec un état de malaise, d’angoisse, de besoin invincible, mais aussi une dépendance physique lorsque le toxique s’incorpore dans les processus biologiques de l’organisme au point que, si celui-ci en est privé, survient l’état de manque, manifesté par des troubles graves, troubles organiques mais aussi troubles du comportement, appelés syndrome du sevrage ou d’abstinence; ce syndrome est atrocement douloureux (dans le cas des drogues dures), un enfer disent les drogués, où un impérieux besoin de se procurer de la drogue par tous les moyens, y compris les délits les plus graves et les plus violents.

L’ensemble de ces facteurs (plaisir extrême état d’euphorie associée à un dysfonctionnement cérébral, syndrome d’abstinence et tolérance) entraîne un comportement dominé par la recherche de la drogue et sa consommation fréquente est incontrôlée. La toxicomanie se caractérise par une préoccupation constante de recherche de drogue est aussi par un pourcentage élevé de rechutes après une tentative d’abstinence. Il est maintenant bien établi que l’individu, à cause de la nature même des effets sur son cerveau de ces drogues qui lui procurent un plaisir immédiat et intense, est poussé à leur consommation et devient dépendant. Ces drogues limitent donc la liberté de l’individu en le rendant esclave d’une habitude à laquelle il aimerait souvent renoncer sans pouvoir le faire.

T.H.C.

Dépresseur et hallucinogène à la fois, Le Cannabis est une plante dont le principe actif, le tetrahydrocannabinol, ou T. H. C., se présente sous trois formes :

  • Les feuilles et fleurs séchées donnent la marijuana, le kif ou l’herbe, qui se fument, mélangés le plus souvent à du tabac, roulés en cigarette et appelés alors joint, stick, pétard.
  • La résine de la fleur femelle donne le haschisch appelé hash, shit, ou H. présenté sous forme de lamelles, se fume généralement mélangée au tabac.
  • L’huile, enfin, obtenue par distillation des feuilles ou de la résine, se consomme au moyen d’une pipe avec un taux de tetrahydrocannabinol très élevé.

Le cannabis est donc consommé par voie respiratoire principalement mais peut également être mélangé à des aliments. Attention ! Dans certaines soirées il est introduit dans le buffet. C’est un lien social.

En Europe, en particulier Hollande, la culture cannabis est en voie de remplacer celle des tulipes. En petites quantités, on constate des réactions euphoriques, des rêveries. À plus forte dose, il peut produire des modifications du comportement avec altération de la mémoire à court terme et ralentissement des facultés d’apprentissage. Il peut produire ensuite des atteintes des fonctions psychiques, hallucinations entre autres. Le sujet perd son self contrôle, le sens du réel, la notion de temps et d’espace.

Cette toxicomanie, à l’état aigu, interfère avec de nombreux aspects des fonctions intellectuelles et affectives, a des effets de distorsion des perceptions, entrave les activités psychomotrices complexes, telle entre autres la conduite. En 1985, une expérience fut entreprise aux Etats-Unis : on demanda à des pilotes après leur avoir donné à fumer une cigarette de haschisch de s’entraîner sur un simulateur de vol. Vingt-quatre heures après, ils faisaient encore de graves erreurs d’atterrissage, alors qu’ils se déclaraient en pleine forme physique et intellectuelle.

La même année, un terrible accident d’atterrissage eut lieu à New York; le pilote rescapé admit avoir fumé du H. la veille et des composés de H. furent détectés dans ses urines. En 1994, une collision effroyable entre deux trains se produisit près de Washington : plus de 30 morts et cent blessés; le conducteur avait brûlé deux feux rouges et un signal d’alarme. On mit en évidence du H. dans ses urines. De la même manière, de nombreux accidents de la route peuvent être imputés à des conducteurs ayant des troubles de la perception, de la vigilance, induits par le haschisch sans même que ces conducteurs aient pu percevoir un dysfonctionnement cérébral. Lors de contrôles routiers, on devrait pratiquer systématiquement un contrôle de cannabis comme de l’alcool.

L’usage chronique de cannabis s’accompagne également d’altération de la fonction pulmonaire, de perturbations de la fécondité avec baisse du nombre de spermatozoïdes, avec absence d’ovulation; d’altération de la fonction immunitaire avec des troubles O.R.L. à répétition; enfin, des effets nocifs sur la fonction cardiaque. Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est l’effet du cannabis sur la croissance et la maturation des enfants et des adolescents. Ils sont particulièrement vulnérables aux effets exercés par la drogue sur les mécanismes cérébraux et sur le comportement. Le syndrome de perte de motivation est caractéristique chez les individus faisant un usage prolongé de cette drogue avec perte d’énergie, mauvais résultats scolaires, rapports difficiles avec les parents, troubles du caractère, anorexie, insomnie alternant avec agressivité, agitation, tremblements. Le cannabis n’est donc pas comme certains affirment actuellement une drogue douce, une drogue anodine. Il n’y a pas de drogue douce.

La « guerre à la drogue » ou l’hypocrisie étatique

Dans le cas de la "guerre à la drogue", l’hypocrisie étatique atteint un comble, et les Etats-Unis sont probablement les plus hypocrites de tous. Le gouvernement américain joue, depuis cinquante ans, le rôle prépondérant dans le développement du trafic international des drogues. Exemples :

À la fin de la deuxième guerre mondiale, la CIA a mis beaucoup d’efforts pour affaiblir et diviser le mouvement ouvrier français. Pour réussir, il fallait faire intervenir des scabs et des gangsters. Le fournisseur de ressources humaines fut tout désigné : la mafia. En échange de ses bons services, les américains la laissèrent réorganiser le trafic d’héroïne qui avait été supprimé par les gouvernements fascistes. Ce fut la fameuse "filière française" qui domina le trafic international jusque dans les années 1960.

Peu après, on peut suivre les terrains d’opération de la CIA en observant les fluctuations du trafic de drogue. Par exemple, quand la CIA était en Indochine, pour financer une petite armée de mercenaires chargés d’une guerre secrète au Viêt-nam, le centre mondial du trafic s’y était déplacé. Quand la CIA a quitté l’Indochine, le centre mondial l’a suivi au Pakistan et en Afghanistan.

Le comble du cynisme a cependant été atteint à la fin des années 1970 et pendant les années 1980. Cette fois-là, la CIA a fait d’une pierre deux coups. D’un côté elle a financé une guérilla d’extrême droite au Nicaragua, de l’autre, elle a pacifié les ghetto noirs des Etats-Unis. En effet, c’est la CIA qui a organisé l’épidémie de crack aux USA (cela a récemment été prouvé par une enquête d’un journal américain, The Mercury News). Résultat : en 1970, il y avait 300.000 adicts aux USA, en 1990, ils étaient 3.000.000.

C’est avec ce dernier exemple que l’on voit le mieux les réels mobiles de la "guerre à la drogue" : pacification sociale locale et intervention militaire internationale. Ainsi, nous avons un argument de plus en faveur de la décriminalisation de toutes les drogues : enlever des mains de l’impérialisme un outil de sa politique internationale de domination.

La Pasqua connexion

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« Si je retourne en France, je serai persécutée en raison des informations que je possède à propos d’individus, à l’intérieur du gouvernement français, qui sont profondément impliqués dans le trafic de drogue… »

"Maintenant" a pu se procurer la déposition faite par Mme Jacqueline Pilé-Hémard, citoyenne française, en vue d’obtenir l’asile politique aux Etats-Unis. Sur la base de ces déclarations, l’asile lui a été accordé par l’administration américaine en février 1996…

« Je, soussignée, Jacqueline Hémard fais cette déclaration pour appuyer ma demande d’asile politique [aux Etats-Unis]. Je suis majeure et en état de faire cette déclaration.
Je crains d’être persécutée si je suis renvoyée en France. Je crains d’être persécutée là-bas par des fonctionnaires du gouvernement français. Je le dis pour les raisons suivantes. Je fus mariée et vivais avec mon mari, M. Eric Hémard. Mon nom de jeune fille est Jacqueline Pilé. Mon mari était étroitement lié avec des membres influents du gouvernement français. Il était lui-même très puissant en France, politiquement et financièrement.
Les dernières années, j’ai pris conscience que la famille de mon mari était impliquée dans le trafic de drogue. La famille Hémard a contribué à mettre en place des installations de transformation de la cocaïne au Maroc. Le ministre de l’Intérieur, M. Pasqua, et le roi du Maroc, aussi bien que la famille de mon mari, étaient impliqués dans la mise en place de laboratoires.
Cela démarra il y a de nombreuses années, vers 1962, avec le père de mon mari et d’autres individus. Cela se développa dans les années 70 et 80. M. Pasqua travailla durant dix ans pour la famille Hémard, dans la branche exportation de leur entreprise nommée Pernod & Ricard, avec le roi du Maroc. C’est pour le compte de l’entreprise Pernod & Ricard qu’ils mirent en place les laboratoires de drogue.
Cette information me fut communiqué par mon mari, Eric Hémard, assortie d’une menace de mort si je disais quoi que ce soit à quiconque. Il m’expliqua que les 100 000 dollars que chacun des Hémard recevait chaque année de leur mère, Françoise Hémard, provenaient des revenus issus du trafic de drogue au Maroc. D’évidence, c’était devenu très lucratif. M. Pasqua avait été auparavant ministre de l’Intérieur entre 1986 et 1988. Il redevint ministre de l’Intérieur en 1993. C’est un homme puissant en France.
Pendant l’été 1993, je rencontrai Ali Auguste Bourequat. Je voulais lui parler des implications entre les gouvernements français et marocain en matière de trafic de drogue. J’avais lu des choses à propos de M. Bourequat et je connaissais ses accusations contre les gouvernements français et marocain. En juillet 1993, je lui communiquai mes informations à propos des implications entre la France et le Maroc dans le trafic de stupéfiants.
Mon mari découvrit que j’avais parlé à M. Bourequat à ce sujet. Par voie de conséquences, en revenant de Grèce, en août 1993, il me frappa sévèrement. En octobre 1993, deux hommes m’abordèrent dans la rue et me dirent que j’étais une femme morte. J’avais peur pour ma vie et je m’enfuis avec ma fille. J’allai voir M. Bourequat, puis je partis pour les Etats-Unis.
Depuis que je suis aux Etats-Unis, j’ai été informée par l’un de mes amis, Henry Cournoyer, que le gouvernement français avait envoyé des enquêteurs pour prendre des informations sur moi. Ils l’ont fait par l’intermédiaire du FBI. Le FBI a pris contact avec mon ami, M. Cournoyer, et l’a interrogé à mon sujet.
Je crois que, si je retourne en France, je serai persécutée en raison des informations que je possède à propos d’individus, à l’intérieur du gouvernement français, qui sont profondément impliqués dans le trafic de drogue. Je crois que je n’y serai pas protégée et que ma vie serait en grand danger. Sur la base de ceci, je sollicite, pour ma fille et moi-même, l’asile politique aux Etats-Unis. » (Jacqueline Hémard)

Le régime marocain, les réseaux du SAC, et le marché des stupéfiants en France

Une étude réalisée en 2000 auprès des 17-19 ans à l’occasion du "rendez-vous citoyen" (la "journée d’appel de préparation à la défense"), montre qu’un adolescent sur deux a essayé le haschisch. En 1999, près de 15% des jeunes de 15 à 25 ans ont consommé régulièrement du cannabis. Ces chiffres sont en constante augmentation. Depuis le début des années 90, la consommation de ce produit a augmenté bien plus vite que par le passé. De 1992 à 1997, le nombre d’usagers a même doublé et l’âge des fumeurs a, lui, considérablement diminué.

Il est nécessaire de comprendre, par-delà le phénomène de mode, pourquoi cette évolution du comportement de la population est aussi rapide. On répondra qu’en période de régression sociale, avec son lot de précarité galopante, la population adopte des comportements à risque (forte progression de la consommation de tabac, d’alcool et de drogues). Mais il faut ajouter que pour que l’augmentation de la consommation soit aussi importante, il faut une augmentation très importante de l’approvisionnement en cannabis et de sa production.

Bien évidemment les petites mafias locales des quartiers pauvres de nos villes jouent un rôle dans la distribution des drogues. L’argent de ce trafic est un moyen de survie pour quelques jeunes. Ces mafias sont craintes et respectées, car ce sont elles qui génèrent l’activité économique, en même temps qu’elles répriment presque tout ce qui pourrait gêner leur commerce. Elles constituent d’ailleurs un puissant moteur du "malaise des banlieues", puisqu’elles sont un sérieux obstacle à la mobilisation de la population pour trouver une issue à ce malaise.

Cependant, le rôle des mafias des cités s’arrête à la distribution et, dans une certaine mesure, à l’approvisionnement. La source première de ce trafic fait intervenir de plus éminentes responsabilités. L’Observatoire Géopolitique des Drogues (OGD) a détaillé dans de minutieuses enquêtes l’implication majeure du régime marocain dans la production et le commerce de drogues : le Maroc est le premier exportateur de haschisch vers le marché européen. « Les revenus des dérivés de cannabis représentent la première source de devise du pays : ils sont estimés à 1,5 milliards de dollars ». L’OGD révélait en 1995 que le Maroc avait multiplié les surfaces de culture de cannabis par dix en dix ans. Et tout ceci s’est passé dans la discrétion et une apparente indifférence des pays amis, et notamment de la France, qui est le plus gros importateur.

Il s’agit d’un commerce très hiérarchisé, qui, selon l’OGD, aurait à son sommet des membres de la famille royale et des ministres. Dans le Rif où est cultivé le cannabis, cette activité ferait travailler, directement ou indirectement, quelque 200.000 personnes.

Selon le journal "Maintenant" du 20 décembre 1995, citant un ouvrage intitulé "A qui appartient le Maroc ?", des sites de production de cannabis appartiendraient directement au roi. Contrôlés par l’administration royale, rien n’y est planté sans l’autorisation de ses représentants. Le régime marocain est donc forcément impliqué dans le commerce de stupéfiants. C’est un fait. Mais est-ce bien suffisant pour alimenter copieusement le marché français de la drogue ? Comment la France, qui, on le sait, est une grande amie du régime, peut-elle ignorer ce qui se passe ?

Dans un ouvrage d’Alain Jaubert paru en 1976, "Dossier D… comme Drogue", on apprend qu’existent « d’étranges collusions entre "le milieu", les services secrets, le SAC » et des hommes politiques qui sont toujours en place aujourd’hui quoique cernés par les affaires. Le SAC, ou Service d’Action Civique, était une organisation paramilitaire gaulliste, responsable de nombreux enlèvements, assassinats et trafics en tous genres. Il a été dissout suite à la "tuerie d’Auriol" au début des années 80. Le SAC était dirigé par Jacques Foccart. Charles Pasqua a été le vice-président de l’organisation.

Selon Ali Bourequat, réfugié politique français aux USA interviewé par le journal "Maintenant" :

« Dans les années soixante, des voyous qui travaillaient pour les services parallèles gaullistes et pour Hassan II ont installé au Maroc un trafic international de stupéfiants. Pernod & Ricard servait de couverture aux services spéciaux français pour le trafic de drogues, comme pour le reste ».

Lors du démantèlement de la "French Connection" (1971), qui faisait parvenir de l’héroïne aux Etats-Unis via le Canada, les noms de Jean-Charles Marchiani et de Charles Pasqua sont cités par la presse anglo-saxonne. Pendant près de neuf ans, Jean Venturi était l’importateur et le distributeur en Amérique du Nord du pastis Ricard, statut qui lui servait de couverture pour assurer plus facilement l’importation d’héroïne provenant de Marseille. Son supérieur hiérarchique était alors Charles Pasqua.

Un témoignage de Mme Jacqueline Pilé-Hémard, elle aussi réfugiée politique aux USA, raconte que la famille Hémard, propriétaire de Pernod & Ricard, a contribué à mettre en place au Maroc des installations de transformation de la cocaïne. Cela commençait en 1962 jusque dans les années 80. Charles Pasqua a travaillé durant dix ans pour la famille Hémard à la branche export avec le Maroc.

Ali Bourequat prétend même que Giscard d’Estaing aurait des intérêts directs énormes dans deux sociétés de transformation de phosphate au Maroc, notamment Maroc Chimie et Maroc Phosphore. En plus de cela, Giscard était propriétaire d’un grand domaine mitoyen de celui du roi dans le Ouled Dzaim, la région même où Chirac est propriétaire d’une ferme offerte par le roi après son élection de 1995.

Le journal Maintenant déclare aussi que Hassan II aurait aidé à financer la campagne présidentielle de Chirac, en 1995. Aussitôt élu, le nouveau président s’est empressé de faire une tournée en Afrique, avec une première étape au Maroc. Un accord éclair a été conclu pour doubler l’aide française au Maroc. Ils ont eu l’occasion de parler du Rif et de ses problèmes de développement économique et social, Chirac s’engageant à ce que la France soutienne l’action du roi dans cette région.

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