Undercover/09/04/Le Vatican peut interdire les OGM, mais il ne le fait pas...

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Le Vatican peut interdire les OGM, mais il ne le fait pas...

Les États-Unis comptent beaucoup sur l'OMC pour imposer les OGM à toute la planète. Et le pape se tait.

Un signe parmi d'autres : invité, fin juin, dans une "foire aux sciences et technologies pour l'agriculture" à Sacramento (États-Unis) - en fait, une opération de propagande des industriels du transgénique -, monseigneur Renato Martino, président du conseil pontifical Justice et paix du Saint-Siège, a ébauché un virage à 180 degrés des autorités catholiques sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) :

"Le pape désire ardemment faire quelque chose pour les milliards de personnes qui se couchent chaque soir sans avoir mangé, a-t-il expliqué devant un parterre d'industriels. C'est pourquoi le Saint-Siège voudrait en savoir plus à propos des nouvelles technologies et les possibilités qu'elles offrent pour lutter contre la pauvreté. Le Saint-Siège encourage de nouvelles voies pour combattre la faim et la malnutrition."

Derrière une simple précaution oratoire - "Nous sommes venus pour nous informer, la position du Saint-Siège n'est pas arrêtée" -, c'est la ligne de George W. Bush et des multinationales de l'agroalimentaire, engagés à fonds perdus dans le brevetage du vivant et contre la souveraineté alimentaire, que ce haut responsable du Vatican développe sans vergogne :

"J'ai vécu seize ans en Amérique et j'ai mangé ce que le marché m'offrait, y compris des produits génétiquement modifiés, pousse-t-il même. Il est évident que cela n'a eu aucun effet sur ma santé."

Depuis ces déclarations à l'emporte-pièce, le torchon brûle au Vatican. Giulio Albanese, le directeur d'une agence de presse missionnaire catholique, dénonce les "industries biotechnologiques qui affirment que l'utilisation des plantes transgéniques permettrait de résoudre le problème de l'alimentation dans les pays pauvres". C'est un énorme mensonge, démontre-t-il. En imposant un paiement annuel pour les brevets, les cultures génétiquement modifiées sont bien plus coûteuses que les agricultures traditionnelles et elles détruisent une biodiversité particulièrement précieuse pour les pays en voie de développement. Au-delà du nécessaire principe de précaution, bien enraciné dans la culture européenne, le droit de propriété sur les semences OGM ne fait indiscutablement, y compris à la lumière de l'éthique sociale de l'Église, qu'accroître la dépendance des pays pauvres par rapport aux pays riches. Tout comme les jésuites installés en Zambie qui avaient, en septembre dernier, encouragé le gouvernement local à refuser, malgré une famine effroyable, les offres américaines de fournir du maïs transgénique dans l'aide alimentaire transformée définitivement en cheval de Troie des multinationales, les frères franciscains d'Assise haussent le ton aussi :

"Que les populations des pays producteurs d'OGM mangent ces aliments d'abord et que, après, elles les offrent aux pauvres. C'est un critère pratique, mais franciscain. Je plaisante, mais j'y crois : je ne voudrais pas qu'on crée des sous-produits pour des sous-hommes."

Cette querelle entre Saint-Siège et les "Églises d'en bas" paraît emblématique de la pression idéologique et des moyens faramineux mis sur la table par les transnationales du transgénique, comme Monsanto et Novartis. Depuis quelques mois, l'offensive pour livrer la planète et la biodiversité à l'insatiable marché est repartie de plus belle : les États-Unis portent plainte à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre le moratoire de l'Union européenne sur les OGM; Bush accuse l'Europe d'affamer le tiers-monde à cause de "craintes non fondées et non scientifiques"; sous le poids des lobbies, le commissaire européen à l'agriculture, Franz Fischler, explique que "il n'est pas possible qu'un État membre détermine qu'une région ou tout son territoire ne peut absolument pas avoir de produits transgéniques" et menace les pays membres de l'Union européenne qui interdiraient les cultures génétiquement modifiées de les traîner devant la Cour européenne de justice. En matière d'OGM, le mois de septembre s'annonce décisif - ce qui explique l'intense activité actuelle. Le 10 septembre, la conférence ministérielle de l'OMC à Cancun (Mexique) commence et le lendemain, le 11 septembre, le protocole de Carthagène, qui consacre, pour la première fois, au niveau mondial le principe de précaution et la notion de biodiversité, entre en vigueur. Les États-Unis, appuyés par le Canada et l'Argentine, tenteront - c'est très net dans leur jeu - de faire prévaloir l'OMC sur le protocole de Carthagène - les USA n'ont ni signé ni a fortiori ratifié cet accord. Mais inversement, les États défendant le principe de précaution pourraient bien utiliser l'impasse des négociations actuelles sur l'agriculture à l'OMC pour dénoncer le saccage permanent par cette institution des accords multilatéraux sur l'environnement et exiger l'exclusion des OGM du nouveau cycle de négociations. Que vient faire le Vatican là-dedans ?

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