The Corporation

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The Corporation (2:24:03)
Un documentaire de : Mark Achbar, Jennifer Abbott & Joel Bakan (version sous-titrée en français)

Il y a 150 ans, la société par action était une institution peu importante. Aujourd'hui elle est omniprésente. Comme l'église, la monarchie et le parti communiste en leur temps, la société est l'institution prédominante. Ce documentaire étudie la nature, l'évolution, l'impact et le probable avenir de la société moderne. Dotée d'un mandat légal limité, qu'est-ce qui lui a permis d'obtenir un pouvoir et une influence tel sur notre vie ? Notre enquête commence alors que les scandales ouvrent le débat sur l’absence de contrôle sur les grandes sociétés.


Georges W.Bush

Je pense qu'il y a une mauvaise perception sur le marché... une méfiance. 95%, dans ces eaux là, un gros pourcentage des entreprises sont honnêtes et divulguent leur actif. Leur système de rémunération est équilibré. Mais il y a des pommes véreuses.

Cette image n'est pas appropriée (la pomme véreuse)? Y a-t-il une meilleure métaphore pour décrire l'institution dominante ? En donnant la parole à des PDG, des dénonciateurs, des courtiers, des gourous et des espions, en place ou en marge, nous présentons la société comme un paradoxe qui génère l'opulence mais aussi d'innombrables maux, souvent camouflés.


Ira Jackson (Directeur, Center for Business and Government Kennedy School, Harvard University)

La société est une pièce du puzzle qu'est notre monde. Si on la retire, le tableau est incomplet. De même, si c'est la seule pièce du puzzle, ça ne fonctionnera pas. Une équipe sportive. Certains bloquent, interceptent. D'autres courent, d'autres lancent le ballon. Mais on a tous le même mais, réussir en tant qu'organisation. C'est comme une cellule familiale. Les gens travaillent ensemble avec un objectif commun. Comme le réseau téléphonique, elle tisse sa toile. Elle est extrêmement puissante. Il est difficile d'y échapper. Elle transforme la vie des gens, tout compte fait, pour le mieux. L'aigle... il plane, l'oeil vif, prêt à se mesurer aux autres, à frapper mais ce n'est pas un vautour. Noble, visionnaire, majestueux, de manière à ce que les gens croient en lui, s'en inspire, de manière à donner un coup de fouet, à s'élever. Ca serait un bon logo pour une compagnie qui a des principes.


Robert Keyes (Président et directeur général, Conseil canadien pour le commerce international)

Le mot anglais "corporate" a pris un sens péjoratif... Il est associé à "l'ordre du jour". On parle de l'ordre du jour d'une grande société comme si c'était diabolique. Comme si l'ordre du jour essayait de dominer le monde entier. Je n'utilise pas le mot "société", mais plutôt le mot "entreprise", le mot "compagnie", l'expression "milieu des affaires". Parce que je trouve que ça donne une vision plus juste que de se limiter au mot "société".


Joe Badaracco (Professeur d'éthique des affaires, de la Harvard Business School)

Qu'est-ce qu'une société ? J'enseigne dans une école de commerce et on ne m'a jamais demandé ma définition d'une société. C'est une forme de propriété commerciale. C'est un groupe d'individus qui poursuit ensemble toutes sortes d'objectifs. Le principal est de faire des bénéfices importants, croissants, constants, en toute légalité, pour les propriétaires de l'affaire.

Sommaire

NAISSANCE

Ray Anderson (Directeur général, Interface, plus grand fabricant de tapis commerciaux)

La société moderne est née de l'ère industrielle qui a débuté en 1712 quand un Anglais, Thomas Newcomen, a inventé une pompe à vapeur pour pomper l'eau de la mine de charbon afin que les mineurs extraient plus de charbon au lieu de sortir des seaux d'eau. C'était une question de productivité. Plus de charbon à l'heure. C'était le début de l'ère industrielle. Puis, c'est devenu, plus de fer, plus de textile à l'heure, plus d'automobiles à l'heure. Et de nos jours, c'est plus de microprocesseurs à l'heure. Le système n'a pratiquement pas changé, on produit des produits plus sophistiqués.


Noam Chomsky (Professeur et linguiste, MIT)

La place prépondérante des sociétés dans notre vie est essentiellement un produit du siècle passé. A l'origine, c'était un groupe de gens constitué en société pour accomplir une tâche précise, comme construire un pont au-dessus du fleuve Charles.


Mary Zepernick (Programme sur les sociétés, droit et démocratie)

Il y avait peu de sociétés à la fondation des États-Unis. Celles qui existaient devaient se plier aux stipulations des chartes délivrées par l'État. La durée de production, le montant de la capitalisation, ce qu'elles construisaient, entretenaient, une route, disons étaient dans la charte. Elles ne faisaient rien d'autre, ne pouvaient posséder une autre société. Leurs actionnaires étaient financièrement responsables.


Richard Grossman (Co-fondateur, Programme sur les sociétés, droit et démocratie)

D'un point de vue juridique et culturel, la société était une entité subordonnée, un cadeau du peuple dont le but était de servir le bien public. Il ne faut pas se laisser fourvoyer par l'histoire. Ce n'était pas paradisiaque quand elles étaient au service du public. Mais on peut en tirer des leçons.


Mary Zepernick (Programme sur les sociétés, droit et démocratie)

La guerre de sécession et la révolution industrielle ont fait croître les sociétés. On a assisté à l'explosion du chemin de fer, -grâce aux terres allouées par l'État- des banques, de l'industrie lourde. Il y a un siècle et demi, les avocats d'entreprise ont compris qu'ils leur fallait plus de pouvoir et ont voulu supprimer certaines contraintes imposées aux sociétés par le passé.


Howard Zinn (Écrivain, A people's History of the United States)

Le 14e amendement a été voté à la fin de la guerre de Sécession pour donner l'égalité des droits aux Noirs. Donc, on y spécifiait : "Aucun État ne peut priver quiconque de sa vie, de sa liberté ou de ces biens sans procédure légal." Afin d'empêcher les États de prendre la vie, la liberté ou les biens des Noirs comme on l'avait fait par le passé. Les sociétés vont devant les tribunaux. Leurs avocats sont malins et disent : "Vous ne pouvez priver quiconque de sa vie, de sa liberté... La société est une personne à part entière." Et la Cour Suprême accepte.


Mary Zepernick (Programme sur les sociétés, droit et démocratie)

Et le plus grotesque dans tout ça, c'est que le 14e amendement avait été voté pour protéger les esclaves libérés depuis peu. Par exemple, entre 1890 et 1910, il y a eu 307 affaires portées devant les tribunaux en vertu du 14e amendement. 288 émanaient des sociétés, 19 d'Afro-Américains.


Richard Grossman (Co-fondateur, Programme sur les sociétés, droit et démocratie)

600 000 personnes ont perdu la vie en luttant pour des droits. Et de traits de plumes, les 30 années qui suivirent, les juges ont appliqué ces droits au capital et à la propriété alors qu'il en dépouillaient les gens.

UNE "PERSONNE" MORALE"

Extrait d'un vieux documentaire

Tout le monde fait des erreurs. Je ne peux pas être tenu pour responsable. Ce sont les faiblesses du partenariat. N'est-ce pas, Sid ?

Tu devrais constituer ton magasin en société.

En société ?

Oui. Ca te permettrait d'obtenir ce que tu veux : la responsabilité limitée.
Tu réunis des gens qui souhaitent investir leur argent. Puis vous demandez une charte en tant que société.
Le gouvernement délivre une charte à cette société. Légalement, cette société fonctionne comme une personne. Ce n'est pas un groupe de gens. Aux yeux de la loi, c'est une personne morale.
L'imperial Steel Inc. bénéficie des droits légaux d'un individu. Elle peut vendre et acheter des biens. Elle peut emprunter de l'argent. Elle peut poursuivre en justice et être poursuivi. Elle fait des affaires. L'imperial Steel, comme des milliers d'autres personnes morales, fait partie de notre quotidien. C'est un membre de notre société.


Après avoir obtenu les droits d'une personne, une question se pose : "Quelle sorte de personne est cette société ?"


Noam Chomsky (Professeur et linguiste, MIT)

Les sociétés ont les droits des personnes immortelles. mais pas de n'importe lesquelles. De celles dénuées de conscience morale. C'est un genre de personne très particulier créée par le loi pour ne s'occuper que de ses actionnaires. Mais pas de ses partenaires sociaux, telles que la communauté ou la population active.


Robert Monks (Conseiller en direction d'entreprise)

Le gros problème de ces citoyens corporatifs, c'est qu'ils sont différent de nous. Comme aurait dit le baron Thurlow : "Ils n'ont pas d'âme à sauver, ni de corps à incarcérer."


Michael Moore (Auteur, réalisateur)

Les gens se méprennent sur les sociétés, ils pensent qu'elles sont comme nous. On les croit sensibles, politisés, intègres. Mais leur seul intérêts se sont les bénéfices. Comment faire le maximum d'argent en un trimestre. C'est tout.


Sir Mark Moody-Stuart (Ancien président de la Royal Dutch Shell)

On nous reproche de ne penser qu'à l'aspect économique. On croit qu'un homme d'affaires est obnubilé par l'argent. Ce n'est pas le cas. Les hommes d'affaires que nous sommes savent que nous devons tenir compte de l'environnement mais aussi que nous devons être perçus comme des membres constructifs de la société.


Michael Moore (Auteur, réalisateur)

Certaines compagnies sont bénéfiques aux communautés. Elles produisent des services et des biens qui nous sont utiles, qui améliorent la vie. C'est une bonne chose. Le problème réside dans la course aux bénéfices. Parce que pour elles, ce n'est jamais assez.


Sir Mark Moody-Stuart (Ancien président de la Royal Dutch Shell)

Je rétorque toujours en faisant remarquer qu'aucune organisation sur cette planète ne peut négliger les fondements économiques. Même quelqu'un qui vit sous un figuier banian dépend du soutien d'autrui. Tout le monde doit se préoccuper de l'économie. Ce n'est pas que du commerce.


Contrairement à quelqu'un qui vit sous un figuier banian, la structure même d'une société commerciale, de par la loi, lui donne une caractéristique étrange et dérangeante. La loi l'oblige à placer les intérêts de ses actionnaires au-dessus des autres intérêts. Elle doit, juridiquement, faire passer ses résultat financier avant tout, même le bien public.


Noam Chomsky (Professeur et linguiste, MIT)

Ce n'est pas une loi de la nature, mais une décision judiciaire. Elles ne s'intéressent qu'aux bénéfices à court termes de leurs actionnaires qui sont une minorité de la société.


Robert Monks (Conseiller en direction d'entreprise)

Envers qui ces compagnies doivent-elles être loyales ? Qu'est-ce que la loyauté ? C'est un concept plutôt naïf puisque les sociétés ont envers elles-mêmes une obligation de croissance et de rentabilité. Ce faisant, elle est d'autant plus rentable qu'elle fait payer ses factures par d'autres, ce qui lui donne plus d'influence sur la société. Les économistes ont pour ça un mot terrible : externalités.


Milton Friedman (Prix Nobel d'économie)

Une externalité est la conséquence d'une transaction entre deux individus sur une tierce personne qui n'a ni consenti ni joué un rôle quelconque dans l'établissement de cette transaction. Cela pose de gros problèmes, c'est évident.


Ray Anderson (Directeur général, Interface, plus grand fabricant de tapis commerciaux)

Diriger une entreprise n'est pas une mince affaire. Les coûts doivent être minimisés à tout bout de champ. Et il arrive un moment où la société délègue certaines choses. Que quelqu'un d'autre procure les forces armées au Moyen-Orient pour veiller sur le pétrole, que quelqu'un d'autre construise les routes pour y faire rouler les voitures, que quelqu'un d'autre prenne ces problèmes en charge. C'est ça l'origine des externalités, cette notion de : "Que quelqu'un d'autre s'en occupe." J'ai déjà assez à faire.


Robert Monks (Conseiller en direction d'entreprise)

Une société est une machine à externaliser tout comme un requin est une machine à tuer. Tous deux sont conçus de manière très efficace pour atteindre des objectifs précis. Pour y parvenir, la question de malveillance ou de volonté ne se pose pas. L'entreprise a en elle, comme le requin, ces caractéristiques qui la poussent à remplir ses fonctions.


Ray Anderson (Directeur général, Interface, plus grand fabricant de tapis commerciaux)

La société est contrainte d'avoir des résultat immédiats et d'externaliser les coûts qu'un public naïf lui permettra d'externaliser.

ÉTUDES DE CAS

Pour savoir ce qui pousse la société à devenir une machine à externaliser, on peut l'analyser, comme un psychiatre analyserait son patient. on peut même la diagnostiquer en se basant sur les études de cas des maux infligés à d'autres, choisis dans l'univers des sociétés.


Préjudice aux travailleurs :

Licenciements
Démantèlement des syndicats
Incendie d'usines


Charles Kernaghan (Comité National des travailleurs)

Pour que les choses soient concrètes nous achetons des produits de toutes les usines dont nous parlons. Cette chemise se vend à 14,99 dollars. Les femmes qui les font, gagnent 3 sous. Les vestes Liz Clairbone, faites au Salvador. Elles coûtent 178 dollars et les ouvriers gagnent 74 sous pour la veste. Les autoradios Alpine, 31 sous de l'heure. Il n'y a pas que les chaussures de tennis, tout y passe.
Nous étions au Honduras. Des travailleurs qui nous connaissaient nous on contactés. Parce que leurs conditions de travail étaient atroces. Ils voulaient nous rencontrer. On a accepté. Mais, ce n'est pas aisé. On ne peut pas entrer dans l'usine pour les interroger. Il y a des gros bras, la police. On fait tout en cachette. La réunion commence et trois types entrent. Des types menaçants. L'entreprise avait eu vent de la réunion. On a dû annuler. Les jeunes filles étaient futées. En partant, elles ont glissé leurs mains sous la table, en douce. J'ai fait la même chose et elles m'ont donné leurs fiches de paies pour qu'on connaisse leur nom, leur salaire et les étiquettes des marques qu'elles fabriquaient. Une fois seul, j'ai regardé dans ma main et il y avait la photo de Kathy Lee Gifford. Le plus intéressant, c'est ce qu'il y avait écris en bas de la carte : " Une part des recettes de la vente sera versé à des oeuvres de bienfaisance." C'est très touchant. Ca vous va droit au coeur. D'après Wal-Mart et Kathy Lee, si vous achetez ce pantalon, vous aiderez des enfants. Mais, ceux qui nous ont donné l'étiquette n'avaient que 13 ans.


Michael Walker (Institut Fraser, comité d'experts pour des solutions de marché)

Regardons les choses d'un point de vue différent, de celui des gens au Bangladesh qui meurent de faim, des Chinois qui meurent de faim. La seule chose qu'ils ont à offrir à quiconque, qui a une valeur quelconque, c'est leur main-d'oeuvre bon marché. En conséquence, ils brandissent un grand drapeau sur lequel est écrit : "Venez nous embaucher, nous travaillons pour 10 sous de l'heure, parce qu'avec ça nous achèterons du riz pour ne pas mourir de faim. Venez nous sortir de la misère." Alors quand Nike s'installe là-bas, toute la communauté le perçoit comme un don du ciel.


Charles Kernaghan (Comité National des travailleurs)

On a fouillé une décharge en République Dominicaine. On fait toujours ça, on fouille. un jour, on a trouvé des documents internes de tarification de Nike. Chaque opération a un temps d'exécution. Pas en minutes. Ils fractionnent ce temps en 10 000e de seconde. 22 opérations sont effectuées pour faire une chemise en 6,6141 minutes. A 70 sous de l'heure, ces 6,6 minutes sont payées 8 sous. Les salaires représentent un tiers d'un pour cent du prix de vente. C'est la réalité. C'est l'art d'exploiter.


Michael Walker (Institut Fraser, comité d'experts pour des solutions de marché)

Que font ces sociétés une fois prospères ? Elles se rendent compte qu'elles ne peuvent plus faire de profit parce que les salaires ont augmenté. Les gens ne sont plus désespérés. On a épuisé le stock de désespérés, ils sont tous dodus, en bonne santé et riches. Partons chercher d'autres désespérés ailleurs et augmentons leur niveau de vie.


Naomi Klein (Écrivain)

La zone industrielle travaillant pour l'exportation est la première étape vers un fantastique nouveau développement. L'investissement aura un effet de diffusion dans les communautés. Mais comme de nombreux pays se mettent à créer ces enclaves de libre-échange, ils doivent motiver de plus en plus les compagnies à venir dans leur petite zone dénationalisée. La durée d'exonération fiscale s'allonge et les ouvriers ont rarement de quoi s'acheter trois repas en encore moins de quoi alimenter l'économie locale.


Préjudice à la santé :

Les produits dangereux
Les déchets toxiques
La pollution
Les produits chimiques de synthèse


Samuel Epstein, M.D. (Professeur émérite de médecine environnementale, U. of Illinois)

Il s'est passé quelque chose en 1940 qui a marqué le début d'une nouvelle ère. L'ère de la capacité à synthétiser et à créer, sur une échelle illimitée, de nouveaux produits chimiques. Il est possible de fabriquer de nouveaux produits chimiques comme il n'en avait jamais existé pour tous les usages et pour un coût dérisoire. On peut aller demander au chimiste, "Je voudrais un pesticide qui résiste à la chaîne alimentaire et je ne veux pas m'en servir souvent. Je voudrais qu'il soit indestructible." Alors, il met 2 molécules de benzine sur le tableau, ajoute un peu de chlore... et c'est du DDT.
Alors que l'ère pétrochimique se développait de plus en plus, des signaux d'alarme sont apparus. Certains de ces produits chimiques pouvaient présenter des risques. Les données étaient, au départ, futiles, anecdotiques. Mais, petit à petit, les données se sont accumulées à tel point que nous savons maintenant que les produits chimiques de synthèse qui ont investi nos bureaux ,nos produits de consommation, notre air, notre eau, donnent le cancer et aussi des anomalies congénitales et d'autres effets toxiques.
De plus, les industries étaient au courant -la plupart était au courant- et ont essayé de banaliser ces risques.
Si je vous tue avec un revolver, c'est un crime. Si je vous expose à des produits chimiques que je sais mortels, quelle différence y a-t-il ? Vous mourrez plus lentement.
Nous sommes au beau milieu d'une épidémie de cancer et je suis convaincu -j'ai des preuves à l'appui- que l'industrie est en grande partie responsable de cette épidémie de cancer qui nous submerge, qui fait qu'un homme sur deux contracte le cancer et qu'une femme sur trois contracte le cancer.


Préjudices aux animaux :

Destruction de l'habitat
Enlevage industriel
Expérimentations


Samuel Epstein, M.D. (Professeur émérite de médecine environnementale, U. of Illinois)

Vers la fin de l'année 1989, une boite de documents est arrivée à mon bureau. Rien n'indiquait sa provenance. Je l'ai ouverte et j'ai trouvé plein de dossiers Monsanto et certains traitaient de tests toxicologiques sur des vaches auxquelles on avait donné du rBGH (Posilac). A l'époque Monsanto disait : "Rien ne prouve que c'est nocif, on n'utilise pas d'antibiotiques." Et ceci a clairement prouvé qu'ils avaient menti effrontément. Les dossiers révélaient des inflammations du coeur, des poumons, des reins, des problèmes de reproduction et plein d'autres problèmes.


ITN News, UK

Le BST, commercialisé sous le nom Posilac, est utilisé dans plus d'un quart des laiteries Américaines. Ce lait est bu par de nombreux Américains depuis que l'office de contrôle pharmaceutique l'a déclaré sans danger...
Plus tard
Ce compte-rendu détaillé sur ce médicament conclut que le BST fait souffrir inutilement les vaches. C'est inacceptable pour un médicament conçu pour augmenter la production laitière.


Jeremy rifkin (Président de la Fondation sur les tendances économiques)

C'est un produit ridicule. Le monde industriel est inondé de lait. Nous surproduisons du lait. certains gouvernements paient les fermiers pour ne plus en produire. Et Monsanto sort un produit qui permet de produire plus quelque chose d'inutile.


Vidéo promotionnelle Monsanto Vous injecterez du posilac à toutes les vaches. Celles non traitées représenterons une perte d'argent.


Steve Wilson (Reporter d'investigation)

L'utilisation de l'hormone artificielle avait des effets secondaires sur les vaches. Ca leur donnait la mastite, une infection très douloureuse des pis. Quand on trait une vache qui a la mastite, le pus provenant de l'infection coule avec le lait. Et le taux de cellules somatique (le taux de bactéries) du lait augmente.


Jane Akre (Reporter d'investigation)

Les vaches en souffrent. Elles tombent malades quand on leur injecte du rBGH. On leur injecte des antibiotiques. On sait que les aliments contiennent des antibiotiques qui créent des bactéries et des maladies résistantes aux antibiotiques. La situation est critique quand on va à l'hôpital et qu'on contracte une infection incurable et qu'on meurt. C'est une crise.


Jeremy rifkin (Président de la Fondation sur les tendances économiques)

Nocif pour la vache, pour le fermier et pour le consommateur. Le jury délibère. Il y a des preuves contradictoire quant aux risques. Pourquoi le consommateur devrait prendre des risques ?


L'Europe et le Canada ont interdit le rBGH mais il est présent dans le lait américain.

Les vaches n'ont pas été les seules victimes des produits Monsanto. L'armée américaine a déboisée des régions du Vietnam avec l'agent orange de Monsanto. L'herbicide toxique a entraîné 50 000 anomalies congénitales et des centaines de milliers de cancer chez les Vietnamiens et dans toute les troupes américaines basées en Asie du Sud-Est.
Contrairement aux Vietnamiens, les vétérans américains exposés à l'agent orange ont pu poursuivre Monsanto en justice. Celle-ci a réglé l'affaire à l'amiable en versant 80 millions de dollars de dommages et intérêts. Mais elle n'a jamais reconnu sa culpabilité.


Préjudice à la biosphère :

Coupe à blanc
Émission de CO2
Déchets nucléaires


Robert Monks (Conseiller en direction d'entreprise)

J'ai dormi dans un motel à Brewer dans le Maine. J'ai eu le rhume des fions et les yeux irrités. Et j'ai vu des monceaux de mousse blanche descendre le fleuve. Au matin, je suis allé me renseigner. On m'a répondu "C'est le fleuve. L'usine de papier déverse tout dans le fleuve." "Comment ça ?" "C'est simple. On se débarrasse des effluents de la fabrique." A l'époque je traitais avec eux. J'avais vendu du pétrole aux patrons des fabriques. Je faisais de la politique. Personne dans les fabriques de papier, ne voulait polluer le fleuve. Et pourtant, on le polluait. On avait créé une machine de mort. Dans notre quête de richesse et de prospérité, on a créé quelque chose pour nous détruire.


Carlton Brown (Vendeur d'actions)

Les courtiers impliqués dans le marché quand il s'agit de l'environnement, ne se laissent pas ébranler. Ils font de l'argent. On ne s'interdit pas d'acheter du cuivre parce que c'est contre notre religion ou que ça va à l'encontre des lois environnementales. Parfois on y pense, mais ça ne dure pas. Ca dure une fraction de seconde. On se dit, "Une ville est polluée au Pérou mais ce type a besoin d'acheter du cuivre et en plus il touche une commission." L'information qu'on reçoit ne tient pas compte de l'environnement parce que tant qu'il n'est pas considéré comme une marchandise alors, on n'en tient pas du tout compte. Ca ne nous traverse même pas l'esprit. C'est hors de portée, on n'en entend pas parler. N'oubliez pas, il se passe des choses tout près de chez nous. On vend des porcs vivants. Il y a tellement de porcs en Caroline qui polluent les fleuves. On ne parle pas souvent de ce genre de choses.


Robert Weissman (Éditeur, Multinational Monitor)

Multinational Monitor a établi une liste des sociétés criminelles des années 1990. On a recherché les amendes payées par ces sociétés sur dix ans. Exxon a plaidé coupable, inculpé de crimes fédéraux suite au déversement de Valdez et a payé 125 millions de dollars d'amende. La General Electric a escroqué le gouvernement fédéral et a payé 9,5 million de dollars d'amende. Chevron a violé les lois sur l'environnement et a payé 6,5 millions de dollars d'amende. Mitsubishi a violé les lois antitrust : 1,8 millions. IBM reconnue coupable d'exportation illégale : 8,5 millions. Eastman Kodak a violé les lois sur l'environnement ; 1 million. Le laboratoire Pfizer a violé les lois antitrust : 20 millions. Odwalla, les lois sur les produits pharmaceutiques et alimentaires : 1,5 millions. Sears a été reconnue coupable de fraude fiscale : 60 millions. Hoffman-La-Roche a violé les lois antitrust et a payé 500 millions de dollars d'amende. Etc....


Robert Monks (Conseiller en direction d'entreprise)

Le problème récurrent d'obéir ou non à la loi est lié aux conséquences. Si le risque encouru et la pénalité reviennent moins cher que de suivre les règles alors, ça se réduit à une décision commerciale.


Ray Anderson (Directeur général, Interface, plus grand fabricant de tapis commerciaux)

Utilisons la métaphore des premiers essais de vol. L'homme en avion, prend son envol d'une très haute colline. L'avion bat des ailes, et l'homme est aux commandes, le vent souffle et le pauvre bougre croit voler alors qu'il est en chute libre. Il ne le sait pas encore parce que la terre est loin, mais l'engin va inéluctablement s'écraser. C'est pareil pour notre civilisation. La très haute colline représente les ressources illimitées qu'on croyait avoir au début du voyage. L'avion ne vole pas parce qu'on n'a pas tenu compte des lois de l'aérodynamique et il est soumis aux lois de la gravité. Notre civilisation ne vole pas car elle fait fi des lois de l'aérodynamique des civilisations qui voleraient. Et l'endroit où on va s'écraser est loin mais certaines personnes l'ont vu bien avant tout le monde. Les visionnaires l'ont vu et nous ont prévenus qu'on en approchait. Pas une seule revue scientifique, publiée durant ces 25 dernières années, ne contredirait ce scénario. Tous les organismes vivants sont sur le déclin, tous les équipements de survie de la terre sont sur le déclin. Et ensemble, ils constituent la biosphère. Elle fait vivre et nourrit toute forme de vie, pas seulement la nôtre mais celle de 30 millions d'espèces qui partagent la planète avec nous.
La compagnie type du 20e siècle : extractive, gaspilleuse, abusive, linéaire dans tous ses procédés. Elle pille la terre, fabrique, gaspille, renvoie ses produits dans la biosphère, fait enfouir les déchets.
J'ai moi même été estomaqué d'apprendre tout ce que la terre devait produire pour qu'une fois extrait par nos soins (il parle de sa propre société), ça rapporte un dollar à la compagnie. Quand je l'ai appris, ça m'a sidéré. Nous laissons derrière nous un héritage abominable de poison et de diminution de l'environnement aux petits-enfants de nos petits-enfants. Des générations pas encore nées. Cette tyrannie inter générationnelle serait un impôt sans représentation prélevé sur les générations à venir. Ce n'est pas la chose à faire.

LA PATHOLOGIE DU COMMERCE

Dr. Robert Hare, Ph.D. (Consultant to the FBI on psychopats)

Une des question récurrentes est : dans quelle mesure une société (industrie) peut être perçue comme un psychopathe ? Si on la considère comme une personne morale, il ne doit pas être difficile de rapprocher la psychopathie de l'individu de celle de la société. On peut examiner les particularités de cette maladie et voir comment elles s'appliquent aux sociétés.


Si l'institution prédominante a été créée à l'image d'un psychopathe, qui assume la responsabilité morale de ses actions ?


Milton Friedman (Prix Nobel d'économie)

Un immeuble peut-il avoir une éthique ? Peut-il avoir des responsabilités sociales ? Si un immeuble ne peut pas en avoir, pourquoi une société en aurait ? Une société n'est qu'une structure artificielle juridique mais les gens impliqués, que ce soit les actionnaires, que ce soit les cadres, les employés, ils ont tous des responsabilités morales.

OBLIGATIONS MONSTRUEUSES

Noam Chomsky (Professeur et linguiste, MIT)

Je pense que chaque être humain, les vrais, de chair et de sang, pas les sociétés, que chacun est une personne morale. Nous avons les mêmes gènes, nous nous ressemblons, mais notre nature, la nature des êtres humains permet de nombreux comportements. Chacun c'entre nous, suivant les circonstances, peut être un préposé à la chambre à gaz ou un saint.


Sam Gibara (Président, ancien chef de la direction, Pneu Goodyear)

Aucun poste, de mes années passées chez Goodyear, ne m'a autant déçu que le poste de PDG. Car, bien qu'on ait l'impression d'avoir un pouvoir sans limite, en réalité on ne l'a pas. Parfois, si on avait vraiment carte blanche, si on agissait en accord avec nos idées personnelles, et nos priorités, on agirait autrement. Le PDG ne le peut pas. Les licenciements étant monnaies courantes, les gens ont tendance à croire que les PDG prennent des décisions sans tenir compte des conséquences humaines. Aucun PDG ne prend jamais cette décision à la légère. C'est une décision difficile. C'est le capitalisme qui l'impose.


Noam Chomsky (Professeur et linguiste, MIT)

On juge une société comme on juge un propriétaire d'esclaves. On veut distinguer l'institution de l'individu. L'esclavage ou d'autres formes de tyrannie sont monstrueux de par leur nature mais les individus impliqués sont peut-être les meilleurs au monde, bienveillants, amicaux, gentils avec leurs enfants, même avec leurs esclaves, compatissants. Les possibilités sont illimitées. Dans leur rôle institutionnel, ce sont des monstres parce que l'institution est monstrueuse.


Sir Mark Moody-Stuart (Ancien président de la Royal Dutch Shell)

Ma femme et moi, il y a quelques années, avons eu chez nous, une manifestation. 25 personnes ont accroché une grande banderole sur notre maison : "assassins" Ils ont dansé dehors avec des masques à gaz. Cette manifestation n'a eu aucun impact car on était à la campagne, nous deux et le chien, et la maison est petite. Ca les a surpris. On s'est assis et on a discuté avec eux quelques heures. on leur a offert du thé , du café. Ils ont déjeuné sur la pelouse. Au bout de 20 minutes, ils ont dit, "C'est Shell le problème, pas vous." J'ai dit, "Attendez, de quoi est composé Shell" De gens comme moi ? On s'est rendu compte en discutant que tout ce qui les préoccupait, me préoccupait aussi. Le climat, les régimes totalitaires, les droits de l'homme. La grande différence entre nous, c'est que je sens que je peux changer les choses. Ils étaient frustrés parce qu'ils se sentaient impuissants.


Noam Chomsky (Professeur et linguiste, MIT)

Un PDG en particulier peut très bien se soucier de l'environnement. Comme il ont des ressources incommensurables, ils peuvent y consacrer des ressources sans manquer à leur responsabilité d'être totalement inhumain.


C'est pourquoi, pendant que les manifestants boivent du thé, au Niger, Shell peut brûler de l'essence en quantité et en faire une des pires sources de pollution au monde. Et le soi-disant intérêts porté à l'environnement ne sauve pas Ken Saro Wiwa et huit activistes de la pendaison pour s'être opposés aux pratiques de Shell dans le delta du Niger.

MENTALITÉ

Dr. Vandana Shiva (Physicien, écologiste, militant de semences)

La société ne pense pas. Ses dirigeants pensent. Ils sont en droit de créer une technologie destructrice. De façon à ce que les fermiers ne gardent pas les graines. Des graines qui s'autodétruiront avec un gène suicidaire. des graines programmées pour ne produire qu'une seule récolte. Il faut vraiment avoir un fond cruel. C'est une guerre à l'évolution rien que de penser de cette façon. Mais il est clair que, pour eux, les bénéfices passent avant tout.


Marc Barry (Competitive Intelligence Professional)

J'ai travaillé dans tous les secteurs. J'ai travaillé dans un quart des 500 compagnies de Fortune. Je me suis fait passer pour un banquier d'affaires, pour un capital risqueur. J'ai monté des compagnies fictives, soi-disant de recrutement de cadres. En fait, je suis un espion. Je retrouve vos employés, et je leur dis que je suis une société de recrutement et que j'ai un travail beaucoup mieux payé à leur proposer. Est-ce qu'ils accepteraient de me rencontrer ? Le cadre se pointe et ne se rend pas compte que je lui soutire des informations pour un concurrent. Je n'ai pas de poste à lui offrir, je le reçois dans un bureau loué et la photo de ma famille sur le bureau est bidon. C'est une ruse minutieusement mis au point pour lui soutirer des informations juteuses. Je ne me sens pas coupable. Il faut s'attendre à trouver des types comme moi. On est des prédateurs.
Tout n'est que concurrence, parts de marché, de dynamisme, de valeur actionnariale. Combien vaut votre action ? Si vous êtes PDG, croyez-vous que les actionnaires se soucient de savoir si vous êtes ou non une bonne pâte ? Croyez-vous qu'ils préféreraient que vous soyez un type sympa plutôt que d'avoir de l'argent en poche ? Je ne le crois pas. Les gens veulent de l'argent. Point final.


Michael Moore (Auteur, réalisateur)

Comme ces compagnies sont dirigées par des blancs, riches, ça signifie qu'ils ont perdu le contact avec le monde. Car le monde n'est pas fait d'une bande de blancs riches. La majorité est faite de gens d'autres couleurs. Les femmes sont plus nombreuses. Les travailleurs pauvres sont les plus nombreux sur cette planète. Les décisions qu'ils prennent sont décalées par rapport à la réalité du monde.
Quand j'ai acheté les billets pour Phil Knight (Founder and CEO, Nike Inc) et moi-même, pour aller en Indonésie, je m'attendais à ce qu'il dise, "Allons-y". Il a refusé. C'est un type intelligent. Il vaut mieux être préparé. C'étaient des billets de première classe. Au moins, le voyage serait agréable. Et il me dit, alors qu'on filme... "Je n'y suis jamais allé". Je suis interloqué. C'est le PDG et il n'a jamais vu ses usines. Quelques semaines après, il m'appelle, "Je vais peut-être pouvoir vous accompagner aux usines. Je vais à l'Open d'Australie."


Ray Anderson (Directeur général, Interface, plus grand fabricant de tapis commerciaux)

Pendant 21 ans, pas une fois je n'ai pensé à ce qu'on prenait à la terre, ou à ce qu'on lui faisait en fa briquant nos produits. Puis, l'été 1994, nos clients nous ont posé des questions inhabituelles. "Que faites-vous pour l'environnement ?" On avait pas de réponse. La réponse était, "pas grand-chose". Et ça a troublé beaucoup d'employés. Eux, plus que moi. Un groupe au sein du service de la recherche a réunis des gens de nos compagnies du monde entier pour évaluer notre attitude vis-à-vis de l'environnement, pour formuler des réponses à ces clients. On m'a demandé de venir parler au groupe pour les motiver et leur donner mon idée de l'environnement. Je n'avais pas de vision environnementale et je ne voulais pas faire ce discours.
A un moment on ne peut plus propice, un livre a atterri sur mon bureau. De Paul Wawkins, "L'Écologie du marché". Je me suis mis à le lire car j'étais à court d'inspiration. Et très vite, dans ce livre, j'ai trouvé la phrase, "la mort de la naissance". Pour E.O. Wilson, ça désigne l'extinction des espèces. J'ai reçu ça comme une flèche dans la poitrine. Plus je lisais, plus la flèche s'enfonçait. Ce fut une expérience foudroyante, un changement radical de ma façon de voir les choses, une nouvelle vision.
Peut-on faire des produits recyclables ? Pas tous les produits. peut-on fabriquer des mines recyclables ? Je ne crois pas. C'est une question bien plus fondamentale qui se pose. Certains produits ne devraient pas exister. A moins de pouvoir faire de la moquette recyclable, on ne peut peut-être pas vivre dans un monde recyclable, ni n'importe qui d'autre qui fabrique des produits non recyclables.
Un jour, au début de cette aventure, j'ai soudain compris pourquoi je dirigeais Interface comme un pillard. Ce que je pille ne m'appartient pas, ça appartient à toute les créatures de la terre. Et je me suis dit, "Mon Dieu, il faut qu'un jour tout cela soit illégal, que le pillage soit illégal. Il faut que ça arrive." Je me suis dit, "Un jour des gens comme moi finiront en prison."


Carlton Brown (Vendeur d'actions)

Je vais être franc avec vous. Après les événements du 11 septembre, je ne savais pas que... Je veux en parler parce que c'est... Je ne veux pas en parler à la légère. C'est grave. C'est un acte horrifiant. C'était vraiment une chose horrible. Une des plus horribles que j'aie jamais vue. Mais je vais vous dire, comme tous les courtiers qui n'y étaient pas et qui achetaient de l'or et qui en détenaient, que quand c'est arrivé, on a pensé tout de suite, "L'or a augmenté ?" J'ai tout de suite pensé, "L'or doit exploser." Par chance, tous nos clients avaient de l'or. Quand il a augmenté, leurs actions ont doublé. Toutes les actions ont doublé. A quelque chose, malheur est bon. Dévastateur, accablant, bouleversant, mais du point de vue financier, mes clients ont fait de l'argent. Je ne courais pas après ce genre d'aide. Mais c'est arrivé. Quand les États-Unis ont bombardé l'Irak en 1991, le prix du pétrole est passé de 13 dollars à 40 dollars le baril, bon sang ! On avait hâte que les bombes pleuvent sur Saddam Hussein. On était tout excités. On voulait que Saddam résiste. "Mets le feu aux puits de pétrole, ça fera flamber les prix." Les courtiers le criaient sur les toits. Tus étaient sur des charbons ardents. C'était horrible, c'était une véritable catastrophe. Les bombardements, les guerres... La destruction crée des perspectives.


La quête du profit ne date pas d'aujourd'hui. Il fut un temps où beaucoup de choses étaient trop sacrées ou indispensable pour le bien public pour être des opportunités financières. Elles étaient protégées par la tradition et les lois.

PROBLÈMES DE FRONTIÈRES

Jeremy Rifkin (Président de la Fondation sur les tendances économiques)

On peut situer le début de l'ère moderne avec le mouvement des "enclosures" dans l'Europe des 14, 15, et 16e siècles. Au Moyen-âge, on vivait tous ensemble. Un monde de brutes mais avec une responsabilité partagée. Les gens appartenaient à la terre et non l'inverse. Dans ce monde européen, on exploitait le terre ensemble,c'était un bien commun qui était à Dieu. Puis l'église, l'aristocratie l'ont gérée,puis les seigneurs, en ayant qu'intendants de la création de Dieu. Avec l'Angleterre des Tudor, un phénomène voit le jour,le découpage des terres,voté par le parlement anglais puis européen. On a pris de grandes étendues de terre,des terrains communaux,et on en a fait des propriétés privées. Puis, on s'en est pris aux océans,on a fait des lois et des réglementations afin que les pays revendiquent une portion d'eau au -delà de leurs côtes. Notre siècle a vu l'air être divisé en couloirs qui peuvent être achetés et vendus aux avions. Puis on connaît le suite.

ACCORD GENERAL SUR LE TARIF DOUANIERS ET LE COMMERCE

Elaine Bernard (Executive Director, Trade Union Program, Harvard)

Avec la dérégulation, la privatisation, le libre-échange, on assiste à une nouvelle "enclosure", et en quelque sorte, une mainmise privée des terrains communaux. Une des choses qui me fascine dans nos débats, c'est ce concept de savoir qui crée les richesses. Que la richesse n'est créée que si elle est privée.
Comment qualifieriez-vous de l'eau propre, de l'air pur? Ne sont-ils pas une richesse? Pourquoi ça devient une richesse quand un organisme l'entoure d'une clôture et décrète que c'est à lui? ça ne s'appelle pas création de richesse mais une usurpation de richesse.


Mark Kingwell (Philosopher)

Au fil des siècles, on a alimenté le domaine public et très récemment, ces 30 ou 40 dernières années, on le dépouille. Par exemple, les pompiers:


Ancien documentaire

Cet homme a besoin des pompiers. Au début c'étaient des compagnies privées. Beaucoup d'autres en ont besoin. Si vous n'aviez pas le médaillon d'une caserne précise sur votre maison et qu'elle était en feu, les pompiers passaient devant sans s'arrêter parce que vous n'aviez pas de contrat.
Puis, c'est devenu un organisme public de sécurité sur ce plan précis. C'est important. Il ne faudrait pas régresser et dire "si on le remettait sur le marché, il serait plus efficace."

PRIVATISATION DE 20 ÉCOLES

Noam Chomsky (Professeur et linguiste, MIT)

Privatiser, ce n'est pas donner une entreprise publique à une personne sympa. C'est donner une entreprise publique à une tyrannie inattaquable. Les entreprises publiques ont des aspects avantageux. Elles peuvent volontairement travailler à perte. Le profit n'est pas leur but. Elles jonglent avec les bénéfices parallèles. Si une industrie d'acier publique travaille à perte, elle fournit de l'acier bon marché aux industries. C'est peut-être bien. Ces entreprises peuvent avoir une propriété anticyclique. Elles peuvent maintenir l'emploi pendant les récessions. Ca augmente la demande et permet de sortir de la récession. Les compagnies privées licencient le personnel pour gagner de l'argent.


Maude Barlow (Présidente, Conseil des Canadiens)

Certaines personnes souhaitent que tout soit possédé. Pas seulement les biens, mais aussi les droits de l'homme et les services essentiels. L'éducation, la santé publique, l'aide sociale, les retraites, le logement. Il s'agit aussi de la survie de la planète. Des régions qui, d'après nous, doivent rester sous contrôle commun sinon nous mourons tous.

L'EAU ET L'AIR

Michael Walker (Institut Fraser, comité d'experts pour des solutions de marché)

Même pour l'air, des progrès ont été faits. Si on ne peut pas éviter le déversement du dioxyde de carbone, ni celui des oxydes de soufre, on ne peut pas se permettre de les arrêter. On en déverse un peu dans l'environnement et on déclare que le volume actuel des oxydes de soufre, par exemple, sera la limite. On établira des permis pour ce volume et on les donnera aux pollueurs pour les autoriser à être échangés. Maintenant, polluer l'environnement a un prix. Ca ne serait pas idyllique si tout avait un prix? Vous préconisez la propriété privée pour chaque centimètre de la planète. Absolument. Chaque mètre cube d'air, d'eau.
C'est bizarre de dire qu'on désire que l'univers soit à quelqu'un. Ca ne signifie pas que J. Bloggs doit posséder ce mètre carré mais que les intérêts en jeu dans ce ruisseau appartiennent à un groupe ou à des gens qui ont intérêt à les protéger. Ce n'est pas une idée saugrenue, c'est la solution à bon nombre de ces problèmes.

FAIRE SES CLASSES

Imaginez un monde où une société posséderait la chanson "bon anniversaire". Il se trouve qu'une filiale d'AOL TIME WARNER en possède les droits. Il lui est arrivé d'exiger plus de 10 000 dollars pour nous permettre d'entendre cette chanson dans un film. On n'a pas payé.


Susan Linn (Professor of Psychiatry, Baker Children's Center, Harvard)

Comparer le marketing d'hier et d'aujourd'hui, revient à comparer une carabine à air comprimé à une bombe guidée. Ce n'était pas pareil quand j'étais enfant ou quand les jeunes adultes de maintenant étaient enfants. C'est beaucoup plus sophistiqué et omniprésent. Ce ne sont pas les produits eux-mêmes qui sont bons ou mauvais. C'est la façon dont les enfants sont manipulés pour acheter les produits.
En 1998, Western International Média,Century City et Lieberman Research Worldwide ont fait une étude sur le harcèlement.


Lucy Hughes (Vice Président, Initiative Média; Co-créator, The Nag Facto)

Pendant 3 semaines, les parents notaient chaque fois que leur enfant les harcelait pour acheter un produit. On leur a demandé de noter la date, le lieu et la raison.


Susan Linn

Le but n'était pas d'aider les parents à supporter le harcèlement mais d'aider les sociétés afin que le harcèlement concernant leurs produits soit plus efficace.


Lucy Hughes

Entre 20 et 40% des achats ont eu lieu parce que l'enfant a harcelé ses parents. On a découvert par exemple, qu'un quart des visiteurs des parcs d'attractions viennent parce que leur enfant les a harcelés. 4 personnes sur 10 ne seraient pas allées à Chuck E. Cheese. Surtout pas les parents. Quand je pense, mon Dieu, quel bruit. C'est plein d'enfants. Pourquoi y passer 2 heures? Si l'enfant vous harcèle, vous irez. On a remarqué la même chose avec les films, les fast-food. On doit franchir cet obstacle où ils nous disent qu'ils n'aimaient pas être harcelés par leurs enfants. C'est la réaction habituelle des parents. Ca ne signifie pas qu'ils vont se comporter ainsi tout le temps. On peut manipuler les consommateurs pour qu'ils veuillent et achètent vos produits. C'est un jeu.


Susan Linn

Les enfants ne sont pas des petits adultes, leur esprit n'est pas développé. Alors, les vendeurs jouent avec leur vulnérabilité. La publicité à laquelle sont exposés les enfants est mise au point par des psychologues, réhaussée par la technologie des médias qu'on croyait impossible.


Lucy Hughes

Plus on arrive à cerner le consommateur, meilleur on est en stratégie de communication. Si pour y arriver, il faut un psychologue, on en embauchera.


Susan Linn

Il faut fabriquer des choses pour les enfants. Il faut aussi distinguer les psychologues qui travaillent sur les produits destinés aux enfants et aident les fabricants à concevoir des jouets éducatifs. C'est bien. On ne vend pas directement les jouets à l'enfant.


Lucy Hughes

Initiative est immense. Aux États-Unis, on achète pour 12 milliards de dollars d'espace publicitaire. En télé, en presse écrite, en publicité extérieure, en temps de radio. On est les plus gros acheteurs de temps et d'espace publicitaires des États-Unis et du monde.


Susan Linn

Une famille seule ne peut combattre une industrie qui dépense tant pour conquérir leurs enfants. C'est impossible.


Lucy Hughes

Ce sont les consommateurs de demain. Alors, on s'adresse à eux maintenant. On crée un lien, et une fois adultes, on les tient. On m'a demandé: "Est-ce bien moral? tu manipules ces enfants." J'ignore si c'est moral. Mais notre rôle à Initiative est de vendre des produits. Et si on sait qu'on en a vendu en faisant preuve de créativité, par la voie d'un média, alors on a fait notre boulot.


Mark Kingwell

Toutes les institutions donnent au personnel qui la compose un rôle social à remplir. En général, les institutions qui sont dynamiques et qui ont beaucoup de pouvoir, définiront ce rôle, dans un certain sens, comme une liste de qualités.


C'est vrai pour les églises, les écoles, pour toute institution qui a un pouvoir sur les gens et les façonne. La société (l'entreprise), elle aussi, nous donne une liste de qualités, le rôle social du "bon consommateur".
Comme les eaux de l'océan, les gens représentent une force phénoménale. Le comprendre compte beaucoup dans notre mode de vie. Cette force s'appelle "le pouvoir du consommateur".


Noam Chomsky (Professeur et linguiste, MIT)

Le but des sociétés est de maximaliser le profit et la part de marché et elles ont aussi un but pour leur cible, à savoir la population. Les gens doivent être transformés en consommateur abrutis de produits dont ils n'ont pas besoin. Il faut susciter ce qu'on appelle des "besoins créés". Il faut créer des besoins, inculquer aux gens la philosophie du futile. Les obliger à se focaliser sur les choses futiles de la vie comme les produits à effet de mode. Je ne fait que citer des ouvrages sur la pub. C'est logique. L'idéal est d'avoir des individus complètement dissociés les uns des autres dont la vision qu'ils ont d'eux-mêmes, l'appréciation, se réduisent à combien de besoins créés je peux satisfaire ?
On a d'énormes industries. L'industrie des relations publiques est monstrueuse. La publicité et tout le reste débutent dès la petite enfance pour essayer de façonner les gens, pour qu'ils aient la forme souhaitée.


Chris BARRETT et Luke McCABE (Corporate-sponsored university students)

On a vu Tiger Woods à la télé avec une casquette Nike et on s'est dit qu'il touchait des millions pour la porter devant la presse. On a voulu faire pareil et obtenir de l'argent pour payer nos études. C'est comme ça qu'on a été sponsorisés. On l'a annoncé au Today Show, le 18 juin.


Les 2 étudiants Dans une émission télévisée

On est sponsorisés par First USA. On est ravis de travailler pour eux et ils paient nos études. On est fiers de travailler avec eux. On donne une bonne image de First USA.


Présentateur TV

Ils ne devront pas répondre aux désirs de leurs parents mais à ceux d'une société soucieuse de son image.


Chris BARRETT et Luke McCABE

Ils ne courent pas après l'argent, ils veulent travailler avec nous, nous aider et vice-versa. on est homme-sandwich pour payer nos études. Cool site of the day et yahoo nous ont choisis et on est passés à USA Today. Nos parents parlaient de la guerre, et nous, on parle de la société. Je crois en la société (l'entreprise), elle sera toujours là. Il faut avoir foi en elle, sinon ce n'est pas bien.


Des génies créatifs sont employés pour que nous ayons foi en les sociétés. Ils nous leurrent avec des illusions pour détourner notre esprit et fabriquer notre assentiment.

GESTION DE LA PERCEPTION

Richard Grossman (Co-fondateur, Programme sur les sociétés, droit et démocratie)

Les sociétés ne vendent pas des produits mais un mode de vie. Une histoire qui raconte qui nous sommes, comment on en est arrivé là, d'où vient notre soi-disant liberté. On a derrière nous des décennies et des décennies de propagande et d'éducation qui nous disent comment penser. Si on l'applique à une société, elle est perçue comme étant inévitable, indispensable, d'une efficacité à toute épreuve, et garante du progrès et d'une belle vie.


Chris KOMISARJEVSKY (Président Directeur Général, Burson Marsteller, une firme de relations publiques)

Gérer la perception est un concept intéressant. C'est en fait une méthodologie qui nous aide à travailler avec nos clients suivant un procédé méthodique et mis au point pour pouvoir les aider à identifier leurs ressources, les obstacles qui les empêchent de réussir, et à utiliser la communication pour atteindre leurs objectifs.
Si Michael ou Angelica venaient me demander :
"Papa, pourquoi ton travail est important ?" Je leur répondrais que j'aide les sociétés à se faire entendre. J'aide les sociétés à faire connaître leur point de vue.


Des résultats qui créent une réputation

Anciens clients:

Union Carbide : Fuite de gaz à Bhopal: 20 000 morts
Philip Morris : Organise l'Alliance National des fumeurs pour lutter contre les lois antitabac.
Canadian forestry corporations : Créé le British Columbia Forest Alliance pour lutter contre les campagnes environnementales.

Des résultats qui changent notre mode de vie


Richard Grossman (Co-fondateur, Programme sur les sociétés, droit et démocratie)

Elles se vendent, elles vendent leur suprématie, leurs règles et se créent une image, comme tout un chacun.


caméra dans la rue

Dans un quartier où les logements sont subventionnés par la société Pfizer

Interview de Tom KLINE (Senior Vice Président, PfizerInc. World's largest pharmaceutical corporation)

Salut, comment allez-vous ? Content de vous voir.
Comment allez-vous ? On vient de Pfizer.
Vous habitez les nouvelles maisons?
Ce sont des voisins.
On peut se dire bonjour ? Juste un instant ?
Que pensez-vous du quartier?

Réponse d'un couple:

Le quartier s'est amélioré ces 20 dernières années.

Tom KLINE

Ensemble, en travaillant avec vous, Pfizer et nos associés, on peut améliorer ce quartier. Au revoir, Mme Frasier.


Dans le métro

Tom KLINE Il y avait ici des crimes. Une nuit, je rentrais chez moi, j'ai failli me faire agresser. On a décidé de changer les choses au sein de la communauté.
On est devant des tourniquets qui empêchent de frauder. Avant, on pouvait sauter par-dessus. Alors Pfizer et les transports publics ont acheté ces machines.
Ceci est un micro de réponse qui permet de joindre le gardien de Pfizer qui est à environ 500 mètres d'ici. Je ne l'ai pas vu aujourd'hui, je vais l'appeler. Ca permet aux voyageurs d'entrer en contact avec le bureau Pfizer pour demander de l'aide. Puis le gardien appelle la police de transit et la police intervient pour toutes sortes de crimes. Ce qui fait que la criminalité à diminué. La communauté court moins de risques.


Richard Grossman (Co-fondateur, Programme sur les sociétés, droit et démocratie)

C'est dur. Avec l'argent des contribuables et des actionnaires, ils aident... on ignore quoi. Les contribuables devraient décider de l'emploi de cet argent. Et pendant qu'ils font ces trucs sympa, ils diminuent les impôts des sociétés et des gens riches et remanient la politique nationale. On ne voit pas ces remaniements, ni l'argent se faire aspirer, le coeur des procédés se faire aspirer, mais on voit l'apparence sympathique.

UNE FÊTE PRIVÉE

Naomi Klein (Écrivain)

J'étudiais l'acquisition des espaces publics. Je me suis dit, "C'est de la publicité, on en a toujours fait. C'est encore de la publicité." Mais ce que j'ai commencé à comprendre c'est qu'établir une image de marque était différent. Et des sociétés prospères, les sociétés du futur, ne produisent pas des produits mais des identités de marque. La diffusion de l'opinion d'elles-mêmes est un acte de production. La diffusion de l'opinion d'elles-mêmes est un projet extrêmement envahissant. Comment rendre l'opinion véridique ? Un bon début c'est de commencer par construire un objet en trois dimensions de votre marque. Pour une compagnie comme Disney, ça va plus loin. Elle construit une ville : Celebration, en Floride. Leur inspiration, leur image de marque est la famille américaine type et une ville américaine d'antan.


Andrea Finger (Porte-parole, Celebration, en Floride)

Il y a 5000 résidents qui se sont installés ici. Il y a environ 1300 logements, un centre-ville où les gens se retrouvent. Il y a 4 ou 5 restaurants et une dizaine de boutiques.


Clay Timon (CEO Landor and Associates, Branding and design consultants)

Leur moteur de marque est "la magie de la famille". Et tout ce que fait cette compagnie est dans ces mots et tourne autour de ces mots. Si vous prenez ça, un environnement de marque comme Disney World ou Disney Land est le prolongement logique de cette marque. Les films, les dessins animés, les films pour la famille sont un prolongement tout à fait logique. En tant qu'entreprise, ils savent aussi que s'ils veulent explorer d'autres formes de divertissement, qui sort du cadre de "la magie de la famille", ils ne l'estampillent pas Disney. S'ils veulent aborder des sujets plus graves, pour les films c'est Touchstone.


Andrea Finger (Porte-parole, Celebration, en Floride)

La marque Disney parle de réconfort, de tradition, de qualité. Ca se vérifie dans cette communauté que nous avons construite.


Naomi Klein (Écrivain)

C'est là qu'on se rend compte des réelles aspirations impérialiste des marques qui sont de construire des cocons privés. On commence par y faire ses courses puis on y passe ses vacances. Pourquoi ne pas s'y installer ?


Qu'arriverait-il si un matin on découvrait que presque toutes nos relations entre nous et nos semblables étaient commerciales ? On découvrirait que toutes nos relations sont arbitrées commercialement avec notre semblables. Est-ce que la nation peut survivre avec cette définition étriquée de nos rapports ?

TRIOMPHE DU COMPLICE

Jonathan Ressler (CEO Big Fat Inc. Undercover marketing specialist)

Je peux vous donner le jour dans la vie de quelqu'un qui pourrait être la cible de marketing clandestin. Certaines de ces choses sont en train de se passer.
Vous sortez de votre immeuble et vous dites bonjours au portier. Il y a des boîtes à ces pieds provenant de vente en ligne ou par correspondance. Des boîtes avec le nom de la marque en gros. Vous vous dites, "Cette compagnie vend beaucoup." En fait, on a payé le portier pour laisser ces boîtes vides.
Vous marchez dans la rue et vous entendez des gens parler d'un groupe ou d'un CD. Ils se passent et se repassent les écouteurs. C'est super ! "J'ai entendu dire que ce CD était difficile à trouver. Mais ils l'ont chez X." Je vais aller l'acheter. C'est bien. Vous enregistrez la conversation et plus tard vous vous demanderez, 'Ils écoutaient quoi ?"
Au bureau, il y a une marque d'eau particulière. "C'est quoi ça ?" Vous buvez. Elle est là, vous n'y penser pas. "Elle est super bonne !" Quelqu'un l'a peut-être mise là.
Vous sortez dîner dans le parc et vous entendez des gens parler, et bang, un autre message.
Quand vous allez vous coucher, vous avez peut-être ingurgité 8 à 9 messages clandestins. On croit que le placement des produits est dans les films. c'est un placement classique. Le placement c'est mettre des choses dans les films mais le film, c'est votre vie.
On (Big Fat Inc) prend des gens à qui on aimerait ressembler, pas des gens inaccessibles, des gens comme vous. Ils font quelque chose pour nous, ils utilisent une marque de lessive particulière... On peut les comparer à des cafards de motel. Les gens vont s'approcher d'eux et seront appâtés par la marque. Avec une phrase racoleuse, un rituel. Les consommateurs mordront à l'appât, "C'est sympa", et en parleront à leur amis.
Si vous voulez critiquer toute votre vie, critiquez tous les gens que vous croisez. Mais s'ils vous proposent un produit qui améliore votre vie quelle importance ? Dites merci.


La construction de la nation, géographiquement, est achevée. Nous n'avons plus de frontières à conquérir. Vers quels nouveaux horizons pouvons-nous nous tourner ? Où sont les opportunités futures ? Que vous réserve l'avenir ? Celui de vos enfants ? Les frontières du futur ne sont sur aucune carte mais dans les éprouvettes et les laboratoires des industries.

ALLER DE L'AVANT

Jeremy Rifkin (Président de la Fondation sur les tendances économiques)

L'affaire Chakrabarty est un grand moment de l'Histoire. Les gens n'étaient pas au courant que le processus était engagé. La General Electric et le Pr. Chakrabarty ont amené au bureau des brevets un microbe qui engloutit les déversements d'hydrocarbures. Ils disaient l'avoir modifié en laboratoire et que c'était une invention. Le Bureau des Brevets et le gouvernement ont dit, "Pas question. Les êtres vivants ne sont pas pris en compte. Ce n'est pas une invention." Ca a été rejeté. Ils ont fait appel auprès de la Cour d'appel des brevets et à la surprise générale, ils l'ont emporté sur le Bureau des Brevets.
Ils ont déclaré, "Ce microbe ressemble plus à un détergent qu'à un cheval ou une abeille." Ca me fait rire parce qu'ils l'ont pris pour un produit chimique. S'il avait eu des yeux, des ailes, des pattes, il n'aurait pas fini sur leur table et n'aurait pas été breveté.
Le Bureau des Brevets a fait appel. Le Bureau des Brevets n'acceptait pas de breveter la vie. Mon organisation a monté le dossier "amicus curiae". On a dit, "Si ce microbe est breveté, ça signifie que sans l'avis du Congrès ou débat public, les sociétés posséderont la vie." Ils ont tranché. On a perdu à 5 contre 4. Le juge Warren Burger a dit, "Ce sont des questions graves, mais c'est une décision sans conséquence." Sept ans plus tard, le Bureau des Brevets a sorti un décret. Vous pouvez breveter tous les êtres vivants sauf un être humain mis au monde.
Tout le monde sait que la carte du génome humain a été établie. Ce que le public ignore, c'est que c'est la course entre les compagnies génomiques, de biotechnologie, des sciences de la vie pour trouver le trésor : les gènes qui forment le schéma de la race humaine. Chaque fois qu'elles isolent un gène, ces compagnies le déclarent propriété intellectuelle. Le gène du cancer du sein, de la fibrose kystique. C'est sans fin. Si personne ne conteste dans le monde, dans moins de dix ans, quelques compagnies mondiales posséderont directement ou pas les gènes qui constituent l'évolution de notre espèce. Et ils font breveter les génomes de toutes les créature de la planète. Dans l'ère biologique, s'opposeront ceux qui pensent que la vie a une valeur intrinsèque, qu'on doit choisir des technologies et des juridictions commerciales qui respectent cette valeur intrinsèque. D'autres diront, "La vie est utilitaire, un bien commercialisable." Ils voudront que le marché soit l'arbitre suprême de l'ère biologique.


Dans une économie où l'information est filtrée par des sociétés en osmose totale avec les publicitaires, qui défendra notre droit à être informé ? A quel prix garderons-nous notre aptitude à faire des choix avisés ?

DES COMPTES DERANGEANTS

Steve Wilson et Jane Akre (Reporters d'investigation)

L'histoire étant difficile à retranscrire, je vous conseille de regarder le documentaire. Je vais toutefois vous en faire un petit résumé.
Steve et Jane, sont employés par Fox 13 pour effectuer des enquêtes qui seraient ensuite diffusées dans une émission intitulée "Les enquêteurs".
Une de leurs enquêtes a portée sur le Posilac, cette fameuse hormone de croissance dont nous avons déjà parlé plus haut (rGBH), ils nous racontent dans ce documentaire les pressions subies par Fox et émanant de Monsanto afin que le reportage ne soit pas diffusé. Fox 13, par peur de perdre le budget publicitaire des chaînes du groupe de Rupert Murdoch (22 chaînes) a décider de ne pas diffuser le reportage.
Après de multiples palabres et le licenciement de nos enquêteurs, l'affaire c'est terminé devant les tribunaux qui ont accordés 425 000 dollars de dommages et intérêts aux deux journalistes. 3 ans plus tard aux JT :
Jane Akre, une ancienne journaliste, avait poursuivi Fox 13 en justice qui l'aurait licenciée pour avoir refusé de falsifier son reportage. La Cour d'Appel a cassé le jugement, arguant que sa plainte en tant que dénonciatrice n'était pas recevable.

PROGRAMME DE DÉVELOPPEMENT

Que 2/3 de la population mondiale n'aura pas accès à l'eau potable d'ici 2025 provoque déjà un conflit mondial pour contrôler la ressource vitale de la planète. La Bolivie a cherché un refinancement pour son réseau d'eau potable et la Banque Mondiale a demandé sa privatisation. C'est ainsi que la société Bechtel de San-Francisco a obtenu le contrôle de l'eau de Cochabamba, même de celle qui tombe du ciel.


Oscar Olivera (Coalition pour la défense de l'eau et de la vie)

Ces lois interdisaient aux gens de ramasser de l'eau de pluie. Elle aussi était privatisée. Suite aux factures impayées, la compagnie a saisi les logements des débiteurs et les a vendus. Les gens ont été obligés de faire des choix : manger moins, payer l'eau et les services vitaux, ne pas envoyer les enfants à l'école, ne pas aller à l'hôpital et se soigner chez soi. Et les retraités qui avaient un revenu très bas, ont dû aller travailler dans la rue.
Scandant le slogan : "L'eau est à nous !" les gens sont descendus dans les rues pour manifester.
L'emprunt à la Banque Mondiale leur a coûté la privatisation de l'industrie pétrolière, des compagnies aériennes, du chemin de fer, de l'électricité et du téléphone.
Le gouvernement n'a pas convaincu le peuple que l'eau était une marchandise.
Puis, on a vu comment le gouvernement a défendu les intérêts transnationaux de Bechtel. Les gens voulaient de l'eau, pas des gaz lacrymogènes, que justice soit faite, pas qu'on leur titre dessus.
La Bolivie défendait le droit de Bechtel de prendre aux familles gagnant 2 dollars par jour 1/4 de leur salaire pour payer l'eau. Plus la population s'opposait à la privatisation, plus leur opposants étaient virulents.
Des centaines de jeunes de 16, 17 ans ont perdu des bras ou des jambes ou ont été handicapés à vie suite à des lésions cérébrales. Et Victor Hugo Daza est mort.
Les sociétés transnationales ont un sombre et lourd passé et soutiennent les gouvernements tyranniques. Cherchent-elles leur reflet, par narcissisme, dans les structures militaires des régimes fascistes ?


Howard Zinn (Écrivain, A people's History of the United States)

Il y a un lien intéressant entre la montée du fascisme en Europe et la position des radicaux vis-à-vis du pouvoir des sociétés. Parce qu'il a été reconnu que la montée du fascisme en Europe s'est faites grâce aux sociétés.


Noam Chomsky (Professeur et linguiste, MIT)

Mussolini était idolâtré par toutes les classes sociales. Le milieu des affaires l'adorait. Quand Hitler a pris le pouvoir, en Allemagne, les investissements sont aussi montés en flèche. Il contrôlait la main-d'oeuvre, se débarrassait des gens de gauche. Les conditions d'investissement s'amélioraient. Ce sont des pays merveilleux.


Michael Moore (Auteur, réalisateur)

Une des histoires passées sous silence du 20e siècle, est la connivence des sociétés -surtout des américaines- avec l'Allemagne nazie. D'abord, comment les sociétés américaines ont aidé à reconstruire l'Allemagne et épaulé le régime nazi à ses débuts. Puis, quand la guerre a éclaté, comment elles ont réussi à continuer de tourner. La General Motors a gardé Opel, Ford a continué à faire tourner ses usines mais pour Coca-Cola, c'était impossible alors ils ont inventé le Fanta Orange pour les Allemands. C'est comme ça que Coca-Cola a pu continuer à faire des bénéfices. Quand vous buvez du Fanta Orange, c'est la boisson des nazis créée pour que Coca-Cola fasse de l'argent pendant que des millions de gens mouraient.


Edwin Black (Author, IBM and the Holocaust)

Quand Hitler a pris le pouvoir en 1933, son but était de détruire la communauté juive. Une entreprise d'une telle envergure exigeait un ordinateur. Mais en 1933, ça n'existait pas. Il y avait le système des cartes perforées d'IBM qui contrôlait et mémorisait des renseignements en faisant des trous dans des rangées et des colonnes. Il n'existait pas de logiciels disponibles en magasin. Chaque application était personnalisée et un ingénieur, en personne, devait la configurer. Des millions de gens de toutes religions et nationalités confondues sont passés par le système des camps. La gestion de cette circulation phénoménale exigeait un système IBM pour toute les voies ferrées, et un système IBM pour tous les camps de concentration.
Voilà une carte type de prisonnier. Les informations sont perforées dans les cadres. Si on les compare avec le feuille de programmation, on voit que :
Auschwitz a le N°1,
Buchenwald 2,
Dachau 3.
Quel genre de prisonnier était-ce ?
Le témoin de Jéhova portait le N°2,
l'homosexuel le 3,
un communiste portait le N°6
et un juif le 8.
Qu'était-ils devenus ?
1 pour relâché,
2 pour transféré,
4 pour exécuté,
5 pour suicide
et 6... Le code 6 : Sonderbehandlung, traitement spécial, c'est-à-dire la chambre à gaz ou parfois une balle.
Ils perforaient ce chiffre, classaient les données. Les machines étaient prêtes. Les cartes perforées devaient être imprimées, par millions.
Elles étaient imprimées exclusivement par IBM qui a récupéré ses bénéfices après la guerre.


Irving Wladawsky-Berger (Vice President, IBM Technology and Strategy Group)

Je crois vraiment que cette accusation a été complètement discréditée. Le fait qu'ils aient utilisé ce matériel. C'est un fait. Comment ils l'ont obtenu, s'ils ont coopéré, si IBM a sympathisé, on invente des liens inexistants. C'est ça qui est discrédité.
D'habitude, on vend des ordinateurs destinés à toute sorte d'usage et on espère qu'on s'en sert à des fins honorables. Si vous découvrez que ce n'est pas le cas, vous aimeriez qu'on y mette un terme. Mais, est-ce qu'on est toujours au courant ? Peut-on le découvrir ?


Edwin Black (Author, IBM and the Holocaust)

Pour IBM, sa filiale Allemande était autonome. Mais, le 9 octobre 1941, une lettre a été envoyées à Thomas J. Watson donnant le détail des agissements de la filiale allemande. Les machines n'étaient pas vendues mais louées par IBM et révisées une fois par mois même dans les camps de concentration comme Dachau et Buchenwald.
Voilà un contrat type d'IBM avec le Troisième Reich qui a été établi en 1942, non pas avec la filiale hollandaise, ni avec la filiale allemande mais avec la société IBM de New York.


Peter Drucker (Founder, Drucker School of Management)

Il se trouve que je suis au courant de cette histoire. J'en ai discuté plus d'une fois avec M. Watson, PDG et fondateur d'IBM. Je ne dis pas que Watson ignorait que les Allemands utilisaient les cartes perforées. Il était sûrement au courant. Il avait très peu de clients. Watson refusait de le faire, pas parce que c'était immoral mais parce que, avec son sens aigu des relations publiques, il trouvait que c'était risqué.


On devrait trouver normal que l'allégeance aux profits surpasse l'allégeance à n'importe quel drapeau. Un rapport du Ministère des Finances a révélé qu'en une semaine, 57 sociétés américaines ont été condamnées pour avoir traité avec des ennemis, y compris des terroristes, des tyrans et des régimes totalitaires.

PRISE DE POUVOIR HOSTILE

Les entreprises se sont servies du despotisme pour consolider les marchés et faire des bénéfices. Un des généraux les plus décorés des US Marines, Smedley Darlington Butler, d'après ses dires, a pacifié Mexico pour des compagnies pétrolières, Haïti et Cuba pour la National City Bank, le Nicaragua pour les courtiers Brown Brothers, la république Dominicaine pour des sucreries, le Honduras pour des compagnies fruitières, et la Chine pour la Standard Oil.
On a aussi requis les services du général aux États-Unis dans les années 30, quand le Président Roosevelt a voulu remédier au calvaire de la dépression avec l'aide de l'État et en durcissant la réglementation des compagnies.
Mais tout le pays ne suivait pas le Président populiste. La majorité de l'élite des compagnies méprisait son "new deal". Et donc, en 1934, des conspirateurs ont incité le Général Butler à le trahir. Le plan consistait à former une association de vétérans, pour s'en servir comme matraque pour intimider le gouvernement. Mais la cabale avait mal choisi. Butler en avait assez d'être le "gangster du capitalisme".


Universal Newsreel Le Général Butler révèle "le complot" des fascistes.

Je témoigne devant la commission du Congrès représentative du peuple américain, avec l'ordre de vous parler des activités qui auraient conduit à la mise en place d'une dictature fasciste. Tout ceci m'aurait amené à être à la tête d'un groupe de 500 000 hommes qui aurait pu renverser le gouvernement.
Le Congrès a fini par trouver la preuve d'un complot pour renverser Roosevelt. D'après Butler, même des représentants de grandes sociétés étaient impliqués, dont JP Morgan, DuPont et Goodyear Tire.
L'actuel Président de Goodyear sait que pour dominer le gouvernement, on n'a plus besoin d'un coup d'État.


Sam Gibara (Président, ancien chef de la direction, Pneu Goodyear)

Les sociétés sont mondiales. Et de ce fait les gouvernements ont perdu le contrôle sur les sociétés. Qu'elles soient dignes de confiance ou non, les gouvernements n'ont plus sur les sociétés le pouvoir ni l'influence qu'ils avaient il y a 50 ou 60 ans. C'est un changement radical. Les gouvernements sont devenus impuissants par rapport à ce qu'ils étaient.


Ira Jackson (Director, Center for Business and Government Kennedy School, Harvard University)

Le capitalisme, aujourd'hui, commande les hautes sphères et a supplanté les politiciens en tant que grands prêtres et oligarques qui dominent notre système. Le capitalisme et ses principaux protagonistes et acteurs, les PDG des sociétés, ont obtenu un pouvoir et des droits inouïs. Je ne nie pas l'importance du gouvernement mais ce sont les nouveaux grands prêtres.


Marc Barry

J'ai été invité à Washington pour assister à une réunion organisée par l'agence de sécurité pour la pensée critique. J'étais debout dans cette pièce et dans un coin, il y avait la CIA, la NSA, la DIA, le FBI, les douanes, les services secrets. De l'autre coté, il y avait Coca-Cola, Mobil, GTE et Kodak. Je me suis dit, "Je suis dans l'épicentre de l'industrie des renseignements." La frontière n'est pas floue, elle n'existe plus. Pour moi , ça en disait long sur la façon dont l'industrie et le gouvernement se concertait et travaillait main dans la main.

DÉMOCRATIE LTEE

Robert Keyes (Président et directeur général, Conseil canadien pour le commerce international)

Doit-il y avoir une responsabilité ? Oui. Le milieu des affaires l'admet. Mais cette responsabilité est liée au marché, aux actionnaires, à la perception du public et à l'image qu'ils renvoient. Si les entreprises ne font pas ce qu'elle devraient faire, elles seront punies et aucune entreprise ne le souhaite.


Ira Jackson

Il y a un nouveau marché. Ces gens ne font pas ça parce que le gouvernement les menaces ou parce qu'ils ont par hasard lu un livre sur la méditation transcendantale et la moralité mondiale. Elles sont là parce qu'elles savent que le marché exige qu'elles le soient, qu'il existe un avantage concurrentiel.

Sir Mark Moody-Stuart (Ancien président de la Royal Dutch Shell)

J'écoute vos inquiétudes, je m'inquiète pour le climat pour la pollution. Je n'ai pas toutes les réponses mais on va travailler avec vous, avec la société, les ONG, les gouvernements. On reconstruit la confiance pour que s'établisse une nouvelle sorte de confiance. Et le but ultime, est de devenir une société de choix.


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Il croit que la moitié de notre énergie est renouvelable. On l'a qualifié de rêveur, d'excentrique et de hippie. Et dernièrement, de directeur de projet pour Shell.


Ray Anderson (Directeur général, Interface, plus grand fabricant de tapis commerciaux)

Je me demande souvent pourquoi tant d'entreprises endossent des responsabilités sociales. Pas parce qu'elles souhaitent être responsables, en fin de compte. Mais parce qu'elles veulent être identifiées et perçues comme responsables. Mais de quel droit je les juges ? Il vaut mieux qu'elles prennent cette position. Il vaut mieux qu'elles aient ces convictions plutôt que le contraire.


Elaine Bernard (Executive Director, Trade Union Program, Harvard)

La responsabilité n'est pas un changement radical parce que c'est une tactique voulue. Une tactique, une réaction vis-à-vis d'un marché précis, à ce stade-là. comme la société voit le marché sous un autre angle, elle peut redresser. Un jour, c'est Bambi, le lendemain, c'est Godzilla.


Milton friedman (Prix Nobel d'économie)

C'est quoi, être socialement responsable ? pourquoi la société jugerait ce qui est socialement responsable ? Ce n'est pas leur domaine. Ce n'est pas ce que leur demande leur actionnaires. Elles s'écartent de leur mission et ce n'est pas du tout démocratique.


Robert Monks (Shareholders Activist)

Peu m'importe ce que le président de la General Motors juge être un niveau convenable d'émissions de CO2 pour ses voitures. Bien qu'il ait des chercheurs et qu'il soit sympa, je ne l'ai pas élu, il ne peut pas parler en mon nom. Le gouvernement doit prendre ces décisions pas les sociétés.


Naomi Klein (Écrivain)

La conclusion logique voudrait que l'image... qu'on en serait arrivés à : la fin du monde est proche. On nous a fait subir un lavage de cerveau. tout est obstrué. Je ne crois pas qu'on en soit déjà là. Il ne faut surtout pas dramatiser les choses et admettre que toutes ces structures ont des failles. Il arrive, quand une société se concentre sur un projet, qu'elle passe à coté de choses intéressantes.


Dr. Vandana Shiva (Physicien, écologiste, militant de semences)

L'Histoire se répète. L'injustice qui repose sur le mensonge, sur le retrait des droits et de la liberté de vivre dignement, si elle est mise au pied du mur, la situation se retourne.


Elaine Bernard (Executive Director, Trade Union Program, Harvard)

Le capital finit par poser le pied quelque part. Et où qu'il le pose, il peut être tenu pour responsable.


Charles Kernaghan (Comité National des travailleurs)

Au départ, Wal-Mart et Kathy Lee Gifford disaient, "Prouvez-nous que des enfants travaillent." Ils ignoraient que Wendy Diaz (une enfant indonésienne) arrivait par avion aux États-Unis. Elle est venue. Rien ne l'arrête.
Le Congrès a entendu des enfants qui ont été exploités dans des ateliers à l'étranger. Kathy Lee Gifford lui a fait des excuses. C'était inouï ! Cette célébrité influente s'est penchée en avant et a dit, "Wendy, il faut me croire, j'ignorais ces injustices. Maintenant je vais travailler avec vous et ça n'arrivera plus jamais." Le soir même, on signait un accord avec elle.
Quand à Wal-Mart, ses ateliers exploitent de nouveau les gens. Mais comme ça s'est réglé à la télévision, cet incident a soulevé la question de ces ateliers dans tous le pays. Depuis, plus personne n'ignore le travail des enfants, les salaires de misère.

Plusieurs années après cette controverse, les sacs Kathy Lee étaient fabriqués en Chine par des ouvriers payés 3 sous de l'heure. Grâce au Comité National des Travailleurs, les usines de GAP, au Salvador, sont surveillées. C'est la première société à l'accepter.


Elaine Bernard (Executive Director, Trade Union Program, Harvard)

Ce qu'il faut faire, c'est regarder les fondements de cette forme légale qui ont créé ce monstre et il faut trouver qui peut les rendre responsables.


Noam Chomsky (Professeur et linguiste, MIT)

Elles ne sont pas gravées dans la pierre. Elles peuvent être démantelées. Et il se trouve que la plupart des États ont des lois qui exigent leur démantèlement.


Michael Moore (Auteur, réalisateur)

Pour mon malheur, comme j'ai fait des documentaires, j'ai vu qu'ils pouvaient avoir un impact, alors je suis contraint de continuer. Je suis allé à Littleton, où la fusillade de Columbine a eu lieu. Je l'ignorais. Quand je suis arrivé, j'ai appris où travaillaient les parents des enfants qui fréquente l'école. Le premier employeur à Littleton : Lockheed Martin, qui,fabrique des armes de destruction massives. Mais ils ne font pas le lien entre leur gagne-pain et ce que leurs enfants font, ou faisaient à l'école. Je réfléchis à tout ça. Je dis à ma femme... On est tous les deux des enfants d'ouvriers de l'industrie automobile de Flint... Aucun d'entre nous qui vivions là-bas, personne, même pas nous, ne s'est dit, "Ce qu'on fait pour gagner notre vie, la construction de voitures est probablement la raison majeure pour laquelle les calottes glaciaires vont fondre et mettre fin à la civilisation." Il n'y a pas de lien entre, "Je ne suis qu'un assembleur qui fabrique une voiture, c'est bien, ça permet aux gens de circuler." On ne pense jamais à une plus grande échelle, à l'étendue de la responsabilité de ce qu'on fait. Nous devons, en tant qu'individus, accepter la responsabilité de nos actes collectifs et des dommages importants qu'ils occasionnent dans notre monde.


Les villes de Licking et Porter ont écrit l'Histoire en adoptant une ordonnance qui interdit aux sociétés de revendiquer les droits constitutionnels d'une personne.


Dr. Vandana Shiva (Physicien, écologiste, militant de semences)

Aux cours des dix dernières années, nous avons gagné du terrain. Nous, c'est-à-dire les gens ordinaires qui se consacrent au bien de l'humanité tout entière, sans distinction de sexe, de classe, de race, de religion, toutes les espèces de la planète, nous avons réussi à poursuivre en justice un gouvernement et une société tout-puissants pour l'affaire neem. Et nous l'avons emporté. Le brevet de la Grâce et des USA sur neem a été révoqué suite à un procès intenté par nous , les Verts et le Mouvement International de l'Agriculture Biologique. On a gagné parce qu'on s'était unis. On a renversé 99% du brevet basmati de Rice Teck parce qu'on a formé une coalition mondiale : des vieilles femmes du Texas, des savants de l'inde, des activistes de Vancouver, un groupe d'action Basmati. On a montré que le Tiers Monde n'était pas des pirates, mais que les sociétés l'étaient.
Il n'a pas fallu grand-chose à Gandhi pour faire annuler les lois sur le sel. Les Britanniques, pour agrandir leurs armées et la police, voulaient taxer le sel. Gandhi a marché jusqu'à la plage, a ramassé le sel, et a dit, "La nature nous le donne, on le récolte. On violera vos lois, on continuera à le récolter." On a eu des cas similaire ces dix dernières années. Si une loi interdit de stocker des graines, il ne faut pas la suivre. Parce que stocker des graines est un devoir vis-à-vis de la terre et des génération futures. On pensait que se serait symbolique. C'est bien plus que ça. Ca devient un choix pour survivre. Les fermiers qui font pousser leurs graines , les stockent, n'achètent pas de pesticides, triplent leur revenus comparés à ceux des fermes chimiques qui dépendent de Monsanto et Cargill. On a réussi à créer des alternatives pour les gens.


De nombreux outils peuvent ressusciter la communauté. Les outils ne comptent pas. Il y a le litige, la législation, l'action directe, l'éducation, les boycotts, les investissements sociaux. Il y a beaucoup de façons d'aborder les problèmes du pouvoir des sociétés. Mais ce qui compte, c'est la vision de l'avenir. Il faut proposer mieux.


Ray Anderson (Directeur général, Interface, plus grand fabricant de tapis commerciaux)

Devant une assemblé de PDG
Est-ce que je vous connais assez pour vous appeler collègues pillards ? Pas une compagnie industrielle sur terre, pas une institution d'aucune sorte, ni la mienne, ni la vôtre, ni celle de quiconque n'est durable. Je me reconnais coupable, moi même, personne ne m'accuse d'être un pillard de la terre, mais pas d'après notre définition de la civilisation. D'après elle, je suis un capitaine de l'industrie, un héros moderne selon l'avis général. Mais franchement, la première Révolution Industrielle a des défauts, ne fonctionne pas. Elle n'est pas durable. C'est une erreur en soi. Nous devons nous diriger vers une autre et une meilleure révolution industrielle et ne pas nous tromper, cette fois.
On pourrait imaginer un groupe de gens qui poursuivrait un but. Ce but serait de ne pas causer de tort. Une compagnie qui coupe le cordon ombilical qui la lie à la terre, lui laisse ses matières premières, prend celles déjà extraites et les réutilise à l'infini en se servant des énergie renouvelables. C'est notre projet, ça le reste, d'escalader le Mont Renouvelable. Qui est plus haut que l'Everest. Bien plus haut que l'Everest, bien plus difficile à escalader. Le point au sommet symbolisant "pas de trace".


Depuis 1995 Interface a réduit sa "trace" écologique d'un tiers. Son but est de devenir renouvelable en 2020.


Richard Grossman (Co-fondateur, Programme sur les sociétés, droit et démocratie)

On va défaire beaucoup de chose pour se donner les moyens de faire ce travail très dangereux et risqué du mieux possible. Les gens devront se réunir et apprendre plein de choses qui ont été balayées de la culture, de la société, de nos esprit. C'est le plus passionnant. C'est en train de se passer dans le monde.


Oscar Olivera (Coalition pour la défense de l'eau et de la vie)

Au plus fort du combat, l'armée s'est barricadée. Les policiers sont restés dans les postes de police, les membres du Congrès sont devenus invisible, le Gouvernement s'est caché puis a démissionné. Il n'y avait plus aucune autorité. La seule autorité légitime, c'était le peuple rassemblé dans le square qui prenait des décisions. Ils prirent des décisions concernant l'eau. Je crois que nous tous, les jeunes et les vieux, avons pu savourer... étancher notre soif de démocratie.
On a hérité d'une compagnie nationalisée qui avait des problèmes techniques, financiers, juridiques et administratifs. Nous y faisons face. Si on peut prouver que des gens ordinaires sont capables de résoudre leurs problèmes, on pourrait imaginer que tout ce qui a été privatisé, vendu, tout ce qui est entre les mains des sociétés retourne entre les mains du peuple. A l'époque j'en ai tiré une grande leçon, qu'il ne faut pas sous-estimer le pouvoir du peuple. Voir que le slogan martelé pendant les manifestations, "Le peuple, uni, jamais ne sera vaincu", est devenu une réalité, c'était incroyable.


La victoire de Cochabamba a fait 6 morts et 175 blessés dont deux enfants rendus aveugles par des gaz lacrymogènes. Suivant l'exemple de Cochabamba, des mouvements populaires à travers le monde réussissent à s'opposer à la privatisation de l'eau.

PRONOSTIQUES

Charles Kernaghan (Comité National des travailleurs)

Parfois, notre efficacité me surprend. On a battu GAP. Et quand je passe devant, je me dis, "2000 magasins dans le pays. Tout ce béton, tout ce verre, tous ces employés, ces vêtements, ce pouvoir." On peut encore les atteindre. On a un impact.


Oscar Olivera (Coalition pour la défense de l'eau et de la vie)

De petites batailles sont gagnées dans le monde mais je crois que les gens perdent. Je vois le présent et l'avenir de nos enfants très sombres. Mais je crois les gens capables de réflexion, de rage et de rébellion.


Dr. Vandana Shiva (Physicien, écologiste, militant de semences)

15 sociétés voudraient contrôler nos conditions de vie et des millions de gens disent, "On n'a pas besoin de vous et on peut faire mieux. On va créer de systèmes qui nourrissent la terre et les être humains." Ce ne sont pas des expériences marginales, ce sont les pivots d'un grand nombre de communautés dans le monde. C'est là que réside notre avenir.


Michael Moore (Auteur, réalisateur)

J'ai toujours trouvé ironique de pouvoir faire ça. Pour qui je travaille ? La télé. Ces studios appartiennent à de grandes sociétés. Pourquoi est-ce qu'ils me laisse faire alors que je suis contre tout ce qu'ils représentent ? Et ils me paient pour que je lutte contre leur convictions. C'est parce qu'ils ne croient en rien. Parce qu'ils savent que des millions de gens veulent voir mon film ou mon émission de télé. Ils vont faire de l'argent. J'ai réussi à y pénétrer parce que je fonce avec mon camion dans cette faille du capitalisme : l'avidité. C'est-à-dire : l'homme riche vous vendra la corde pour le pendre s'il peut en tirer 1 dollar. Je suis cette corde. Je l'espère. Du moins en partie. Ils croient aussi que quand les gens regardent mon film, ou celui-ci, ils se disent, "Ils vont le regarder mais n'agiront pas parce qu'on leur a ramolli le cerveau, on les a rendus abrutis. Ca n'aura aucune incidence. Les gens ne vont pas s'impliquer politiquement." Ils en sont convaincus. Je suis convaincu du contraire, qu'une poignée de gens va sortir du cinéma, se lever du canapé et faire quelque chose, n'importe quoi et remettre ce monde entre nos mains.


(Source : http://thecorporation.com/)

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