Satan, Lucifer, Diable et autres démons... Kézako ?
par Woce, Jeudi 3 août 2006
« Si tu n’es pas gentil tu iras en Enfer ! », « Le Diable a des cornes, des pieds de bouc et une fourche qui sert à piquer les fesses des enfants pas sages ! » Nous avons tous, ou du moins une bonne partie, entendu ce genre de menace et de sanction qui font frémir le petit enfant, et trembler d’une peur irrationnelle des adultes pourtant sensés. Un enfant en grandissant va naturellement demander, c’est qui le diable ? Et là, on lui sert une réponse bateau : « si tu as été vilain toute ta vie, le diable sera là pour te punir en te piquant et en te brûlant les fesses à jamais ! » Curieusement cette image reste gravée dans l’esprit, même quand la terreur est passée. Mais bon, plus sérieusement, c’est quoi ou qui Satan, le Diable et tout ça ? Y-a-t-il une raison pour en avoir peur et le(s) craindre.
Afin de répondre à cette question il sera plus facile d’employer la méthode platonicienne (la meilleure dans les questions métaphysiques) consistant à partir du général pour aller au particulier. C’est de l’unité que procède la diversité.
Pour les chrétiens comme pour tout système religieux, le monde tire son existence de Dieu. Il est la Cause sans Cause, le Tout avant l’Unité, l’Inconnaissable et l’Absolu (le Père). Son appréhension est possible grâce à Sa première émanation, c'est-à-dire le Logos ou l’Esprit (le Fils). En tant qu’émanation Il est dès lors la première substance cosmique de l’Univers, à savoir la Matière dans son expression la plus subtile. Les philosophes antiques avaient coutume de dire : l’air le plus pur est l’Ether, l’Ether le plus pur est l’Esprit et l’Esprit le plus pur est Dieu. Le Saint-Esprit ou Fohat pour les cabalistes n’est autre que l’intermédiaire entre l’Esprit et la Matière, c’est la Force ou l’Intelligence, le Mental Absolu (Mahat) des traditions védiques, l’Amour. Dieu donc crée par l’intermédiaire de Ses légions célestes le monde tel que nous le connaissons. Le monde est donc crée par densification : du plus éthéré au plus matériel, grossier, dense, varié, etc. Mais, il y a un mais ! Cela veut-il dire pour autant que Dieu a créé Satan ? En fait … oui et non !
« ???? » me rétorquera-t-on !
Oui dans le sens où il faut se souvenir que les anges ne sont que des formes de Dieu à des degrés de densité plus ou moins variés. D’où le fait que Dieu est absolument partout dans la Nature. Mais alors Dieu est le Diable ?! A cela je réponds à l’aide d’un adage qui doit être aussi vieux que le temps lui-même et par la seconde réponse qui patiente depuis tout à l’heure. Daemon est Deus inversus, ou en bon français, le Diable est Dieu en son sens opposé.
Et non, car si l’on considère l’étymologie de Satan, le mot signifie « ombre » en hébreux, et Lucifer vient du latin « qui porte la Lumière ». Si je dis non, c’est qu’ils ne sont pas des créations mais bien plutôt un reflet (une ombre) ou un agent (qui porte la lumière).
A ce niveau de l’article j’imagine beaucoup de mines perplexes. Notamment si l’on considère que le oui et le non n’en sont pas vraiment et tendent vers la même direction. En effet, ils tendent vers la même direction et à juste titre. Si la Création est l’œuvre de Dieu elle est véritablement et infailliblement parfaite, ceci rejette du même coup l’idée que cette entité infernale est séparée de l’unité que l’Univers forme avec Dieu. Et si cette entité est indissociable de l’Univers et donc de Dieu, elle est également de l’Homme. D’où un retour à notre point de départ : Satan, Lucifer, Diable et autres démons …. Kézako ?
Le monde dans lequel nous évoluons est le plus bas et le plus dense de toute la création étant avéré que nous pouvons expérimenter toutes les interactions qui peuvent advenir sur le plan physique, psychique et mental. Ce qui atteste le fait qu’il n’y a rien en-dessous de nous. Et par ailleurs, ne disons pas, l’au-delà et non pas l’en-deçà ? Par conséquent lorsque les anciens font allusion aux mondes infernaux, il faut entendre les mondes inférieurs qui sont en-deçà de Dieu. Toutes les images des puissances infernales gravitent donc dans un symbolisme qui tente de décrire les différentes entités qui coexistent avec nous : les animaux, les plantes, les forces ou esprits élémentaires de la nature qui règlementent son bon fonctionnement, les émotions, les pensées plus ou moins indépendantes (comme les prières par exemple) et les esprits humains désincarnés. Par déduction et logique Satan le prince des Ténèbres, le Roi des Enfers (inferium en latin signifie bas, inférieur) n’est autre que le Roi des mondes matériels, il est donc lui aussi un ange de Dieu, le reflet le plus dense de Dieu qu’il sera jamais permis à l’homme de connaître. Et si c’est un ange il n’est absolument pas le gardien des mauvaises actions, des criminels et encore moins l’incarnation du Mal. Il est l’ombre de Dieu, comme la lune reflète la lumière du soleil en éclairant la nuit. Lucifer, le porteur de lumière a la même signification : il est le garant de la transmission de la lumière de Dieu aux Hommes, il est en quelque sorte le Métathron, l’ange qui porte la voix de Dieu mais à un niveau beaucoup dense. Si Lucifer est un ange déchu, ce n’est pas qu’il a désobéit à Dieu, puisqu’il en était l’ange le plus proche. Il désobéit en fait à la loi de perfection absolue liée à sa proximité avec Dieu en permettant à l’Homme de voir sa lumière (voir mythe de Prométhée). Pour ce faire il lui donne la raison et la conscience ainsi que tous les tourments qui y sont rattachés. Le péché n’est autre que de permettre à l’Esprit Divin d’entrer dans la fange du monde matériel. Et cela en accord avec la loi des cycles ou de la Destinée (Karma pour les Hindous) qui a commencé dès la première émanation de Dieu de son état latent.
Si donc le Diable et Satan n’ont pas de réalité comme la théologie le prétend quelle est l’origine du Mal ?
Le Mal tire son origine de la dualité de l’homme lui-même. L’homme est tiraillé entre l’animalité issue de son corps matériel et l’aspect divin de sa plus haute nature. De là le feu prométhéen, celui que nous transmis Lucifer, ne fait qu’aggraver les choses dans l’expression inhérente du libre arbitre. L’homme vit son propre Enfer ou son propre Paradis, tout dépend des choix qu’il fait. La loi de Causalité (Karma ou Némésis) est une loi d’interdépendance et d’interaction : tout est lié quand bien même les causes ne nous pas évidentes, le hasard n’existe pas. Seule la connaissance des Lois de Karma nous permettra de nous en affranchir. Dans les sphères invisibles mais pourtant proches de notre monde matériel il existe une myriade de pulsions, de forces et d’intelligences aux attributs divers et variés. Leurs influences sont sournoises car nous n’en ressentons pas les effets comme un coup de marteau sur les doigts, mais ils contribuent aussi à gauchir nos bonnes intentions et nos élans, car ils s’alimentent des forces vives de l’âme qui leur donnent l’impression de vivre. Il ne faut néanmoins pas tout leur mettre sur le dos et s’abandonner à une douce résignation. Le libre arbitre c’est aussi le pouvoir de dire non. Et ce pouvoir est une des premières clefs qui permet de s’affranchir de la loi de Causalité.
Pour des raisons qui me sont complètement étrangères, le clergé a défiguré des vérités cachées sous les voiles du symbolisme. Ces voiles ne sont pas faciles à lever, je le concède. Mais pourquoi jouer la carte de la destruction lorsqu’on ne comprend pas ? Peut-être parce qu’en les comprenant trop bien, tout un chacun est en mesure de les comprendre potentiellement et de vouloir renverser une autorité injustifiée ? Quoiqu’il en soit, que ce soit Lucifer qui porte la Lumière de Dieu aux hommes, Satan qui n’est autre que le reflet abordable aux hommes de la Lumière divine à jamais inconnaissable, ou Juda Iscariote qui sacrifie Jésus contre son gré mais pour le bien des hommes, il faut bien reconnaître que notre temps est sinistrement aveugle et sourd. Quelle en est la raison ? je l’ignore et dans un certain sens ce n’est vraiment pas important. Ce qui est véritablement essentiel c’est de réhabiliter la vérité dans le cœur des hommes. Hélas le temps ne change rien à l’affaire, un certains essénien avait dit : « Ils ont des yeux mais ne voient pas, ils ont des oreilles mais n’entendent pas ».
(Source : toagathon.over-blog.com)