Le livre des sagesses/Les fruits de la vie spirituelle/Diwân, Rûmî

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« JE SUIS ENIVRÉ
PAR LA COUPE DE L'AMOUR »
Rûmî, Diwân
Que faut-il faire, ô Musulmans ? Car je ne me reconnais pas moi-même. Je ne suis pas chrétien, pas juif, pas parsi, pas musulman. Je ne suis ni de l'Est ni de l'Ouest, ni du sol ferme, ni de la mer. Je ne suis pas de l'atelier de la nature, ni des cieux tournants. Je ne suis pas de la terre, ni de l'eau, ni de l'air, ni du feu Je ne suis pas de la cité divine, pas de la poussière, pas de l'être ni de l'essence [...] Je ne suis pas de ce monde et pas de l'autre, pas du paradis, ni de l'enfer Je ne suis pas d'Adam ni d'Eve, ni de l'Éden ou des anges de l'Éden. Mon lieu est le sans-lieu, ma trace ce qui ne laisse pas de trace ; ce n'est ni le corps, ni l'âme, car j'appartiens à l'âme du Bien-Aimé. J'ai abdiqué la dualité, j'ai vu que les deux mondes sont un. C'est Un que je cherche, Un que je contemple, Un que j'appelle. Il est le premier, il est le dernier, le plus extérieur et le plus intérieur. Je ne sais rien d'autre que « Ô lui » et « Ô lui qui est ». Je suis enivré par la coupe de l'amour, les mondes ont disparu de mes regards ; je n'ai d'autres affaires que le banquet de l'esprit et la beuverie sauvage. Si j'ai, dans ma vie, passé un instant sans toi, à partir de cette heure et de ce moment, je veux regretter ma vie. Si je puis gagner dans ce monde un instant avec toi, je veux fouler aux pieds les deux mondes, danser en triomphe pour l'éternité.
Toute l'œuvre de Jalâl al-Dîn Rûmî (1207-1273) est inspirée par un amour très profond et très pur pour Dieu, mais un Dieu qui transcende toute religion, toute croyance. Cet amour, Rûmî l'a souvent exprimé, mais rarement de façon aussi émouvante que dans le passage ci-dessus du Diwân-e Shams-e Tabrizî, traduit en français sous le titre d'Odes mystiques. Cet amour s'étendait à toutes les créatures en tant que reflets de Dieu. La charité de Rûmî englobait toutes les bêtes, même les chiens, impurs dans l'islam. L'omniprésence divine l'amenait à nier l'existence absolue du Mal, qui, pour lui, n'était que l'ombre de Dieu. En cette époque d'intolérance mutuelle, celle des Croisades, Rûmî proclamait l'égale valeur de toutes les religions et n'hésitait pas à inclure dans son enseignement des paraboles chrétiennes.
Jacques BROSSE

Liens utiles :

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