Le livre des sagesses/Le soi, l'esprit, le divin intérieur/La connaissance de l'Être, Ramana Maharshi

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« C'EST LE SEIGNEUR
QUI BRILLE AU CENTRE
DE L'ESPRIT »
Ramana Maharshi, La connaissance de l'Être
Y a-t-il une Connaissance de l'Être si ce n'est venant de Lui ? (2) L'Être Absolu a son « être » dans le Cœur, libre de [la dualité impliquée par] la pensée. Il est le Cœur lui-même.

Qui donc alors peut-il le concevoir et comment ? En vérité, demeurer dans le Cœur, c'est Le connaître. [...]

Quels que soient le nom et la forme sous lesquels nous adorons l'Absolu sans nom et informel, immanent en tout, ce sera une aide pour le réaliser ; cependant le réaliser véritablement est seulement découvrir son propre être dans Son Être et, se retirant en Lui être un avec Lui. [...]

C'est le Seigneur qui brille au centre de l'esprit (comme Conscience pure) et qui l'éclaire de sa lumière. À moins de retourner l'esprit vers l'intérieur et de l'enraciner en Lui, comment pouvons-nous Le connaître au moyen de l'esprit individuel ?

Comme celui qui plonge, cherchant à trouver un objet tombé au fond de l'eau, ainsi devons-nous plonger à l'intérieur de nous-mêmes, nous concentrant, réprimant la parole et le souffle afin de trouver le lieu d'où provient et d'où surgit le « Je ».

La Voie de la Connaissance (Jnana-marga) consiste à plonger à l'intérieur de nous-mêmes, sans proférer le mot « Je » sinon pour nous demander d'où ce « Je » provient. Méditer sur « Ceci n'est pas Je » ou « Je suis Cela » peut être une aide, mais comment ces questions en elles-mêmes peuvent-elles former matière à réflexion ?

Lorsque l'esprit se demandant intérieurement « Qui suis-je ? » atteint le Cœur, venant de Lui-même quelque chose se manifeste comme « Je-Je » de sorte que le « je » individuel doit, honteux, courber la tête et disparaître. Quoique se manifestant ainsi, il n'est pas « Je » par nature mais Perfection et n'est autre que le Soi.

Chez ceux pour qui la Béatitude qui s'élève après la destruction de l'individualité est la substance même du Soi, qu'y a-t-il à accomplir ? Ils ne connaissent rien d'autre que le Soi. Comment pouvons-nous concevoir la nature de l'état où ils sont ?

Méditer sur « Je suis cela, non ceci » et ne pas le reconnaître effectivement et demeurer comme nous sommes — quoique les Écritures déclarent « Tu es cela » — n'est que désir du mental puisque en fait nous ne sommes jamais rien d'autre que Cela.

« Je ne me connais pas moi-même » ou « Je me connais moi-même », parler ainsi est ridicule. Quoi ! Y a-t-il donc deux soi, l'un destiné à objectiver l'autre ? L'Expérience pour tous est une.

Reconnaître la Réalité et demeurer en elle qui seule est éternellement immuable, ceci est l'atteinte véritable du but. Tous les autres buts sont semblables à ceux que nous atteignons en rêve. Lorsque nous nous réveillons, sont-ils encore réels ? Ceux qui demeurent dans l'État d'absolue Réalité, libérés de l'irréalité, ceux-là seront-ils troublés par de telles choses ?
Entré très tôt dans la simplicité du détachement de soi, Ramana Maharshi préférait le silence à la parole, et l'oralité à l'écriture. C'est par ses disciples que nous connaissons la teneur de ses entretiens spirituels. Il a cependant dicté directement quelques très courts textes, des chants dévotionnels dans la tradition de la Bhakti tamoule, des commentaires de la Bhagavad-Gîtâ et d'ouvrages de Shankara, et deux courts traités sur le Soi, La connaissance de l'Être et Qui suis-je ? Dans La connaissance de l'Être, composé à la fois en tamoul et en sanskrit, Ramana Maharshi entend résumer la vérité ultime de la non-dualité. Se vivre comme un individu séparé, possédant une personnalité stable et durable, constitue la grande illusion de l'existence, source d'attachement et de souffrance. Une telle méconnaissance, avidya, empêche d'accéder à la sagesse qui est saisie consciente de la réalité du Soi comme fondement unique et ultime. La connaissance du Soi, c'est l'intuition par laquelle le Soi se donne ou se manifeste en l'esprit de l'homme (I). Les traditions le réfractent en une multiplicité de formes qui sont des chemins (II, 8), pour autant que ceux qui les suivent acceptent un retournement vers l'intérieur (II, 22), une « plongée » (28-29). Cette plongée implique l'ascèse (concentration, silence, contrôle du souffle) qui permet de se dissocier de l'ego. Alors apparaît le Soi, source originelle, au « coeur » de l'individu. Ramana Maharshi le désigne sous son aspect existentiel comme « Je » majuscule. Cela rejoint la réponse qu'il fit à son disciple Paul Brunton, anxieux de savoir si finalement cette voie de la non-dualité ne conduisait pas à une destruction ou à une néantisation de la personne : « En réalité, l'individualité n'est pas anéantie, elle se déploie à l'infini. »
Ysé TARDAN-MASQUELIER

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