Le livre des sagesses/La prière/Âdi Granth, Kabîr et Nânak

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« JE NE SAURAIS EXPRIMER
TA GRANDEUR NI GLORIFIER
ASSEZ TON NOM »
Nânak, Âdi Granth
Il n'est là mousson, océan, soleil ni ombre,
et il n'est là ni création ni destruction,
On ne trouve là vie, mort, malheur ni bonheur,
mais vide et méditation, sans dualité.
Refrain :
La béatitude est un état indicible,
On ne la pèse ni n'en fait jamais le tour,
elle n'est pas légère, elle n'est pas pesante.
On ne trouve pas là plus dessus que dessous,
il n'y fait jamais jour, il n'y fait jamais nuit,
Et l'on ne trouve là ni eau, ni air, ni feu :
là le Vrai Guru éternellement demeure.
Il est inaccessible, inconnaissable, en nous :
on ne l'atteint que par la grâce du guru (voix de Dieu dans le cœur de l'homme).
Dis, Kabîr : « Je me consume pour mon Guru,
que l'on rencontre dans les assemblées de Sant. »
Si je vivais des âges et des âges
à ne me nourrir que de vent,
Dans ma grotte à ne voir soleil ni lune
et sans un répit pour dormir,
Je ne saurais exprimer Ta grandeur
ni glorifier assez Ton Nom.
Refrain :
Ô Toi le Véridique, le Sans-forme
Dont toujours j'entends chanter les louanges,
si Tu le veux on Te désire.
Si l'on m'égorgeait et me démembrait,
si l'on me moulait à la meule,
Si l'on me brûlait au feu du bûcher,
que je ne fusse plus que cendres,
Je ne saurais exprimer Ta grandeur
ni glorifier assez Ton Nom.
Si j'étais un oiseau, si je volais
librement à travers les cieux,
Et si nul ne pouvait m'apercevoir,
si je ne buvais ni mangeais,
Je ne saurais exprimer Ta grandeur
ni glorifier assez Ton Nom.
Ô Nânak ! si je lisais tous les livres
et si j'en comprenais le sens.
Si je ne devais jamais manquer d'encre,
si j'écrivais comme le vent.
Je ne saurais exprimer Ta grandeur
ni glorifier assez Ton Nom.
Le premier livre sacré des sikhs est l' Âdi Granth, dont la compilation initiale fut achevée en 1604 et qui compte mille quatre cent trente pages dans sa pagination standard. Sa langue de base est un idiome littéraire mêlé, à, base de vieil hindi. l' Âdi Granth est noté en gurumukhî, écriture dont l'invention est attribuée par la tradition au deuxième guru des sikhs, Angad (1504-1552, Guru à partir de 1539).

L'essentiel de l'ouvrage se présente à la fois comme une fascinante anthologie poétique et comme un vaste concert spirituel. On y trouve en effet des hymnes composés tant par des gurus sikhs que par certains des plus grands saints poètes indiens de leur temps, classés d'abord suivant le mode musical (râg) dans lequel ils doivent être chantés. Sont ainsi définies trente et une sections, à l'intérieur desquelles les hymnes s'ordonnent en fonction de leur longueur, puis selon leur auteur, en commençant par les gurus sikhs, dans l'ordre de leur succession chronologique.

Les dix-huit autres poètes dont des compositions figurent dans l' Âdi Granth viennent d'horizons divers, et cette assemblée reproduit un trait bien connu de la pratique religieuse des Sant : une congrégation de croyants réunis pour une séance de chant d'hymnes et n'attachant aucune importance au statut lié à la caste.

Deux des plus importantes figures de cette congrégation sont Kabîr et Nânak. Dans les hymnes ci-dessous, ils insistent sur plusieurs traits centraux de leur expérience spirituelle : le caractère inconnaissable, indicible et omniprésent de Dieu, la grâce qui seule permet à l'homme d'entendre en son coeur la voix de Dieu, la méditation sur le Nom, qui purifie l'âme en vue de sa fusion dans le divin, l'impossibilité de communiquer le point culminant de l'expérience mystique.
Denis MATRINGE

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