Le livre des sagesses/La libertè et la grâce/Mahâparinibbânasutta; Samyutta Nikâya III, le Bouddha

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« LE BOUDDHA NOUS
FAIT OBTENIR LA FOI PURE
ET VÉRITABLE »
Shinran, Sur le vrai bouddhisme de la Terre pure
Du bouddhisme ancien où l'influence de l'enseignement du Bouddha dépend du seul pratiquant...

Alors, ô bhikkhus, dès maintenant, les points doctrinaux que j'ai enseignés les sachant moi-même par connaissance spécifique, vous devez, les ayant appris, les pratiquer, les cultiver, les développer, de sorte que cet Enseignement soit durable, qu'il demeure longtemps pour le profit de beaucoup de gens, par compassion pour le monde, dans l'intérêt, pour le profit, pour le bonheur des dieux et des êtres humains.

Ne me regardez pas, regardez plutôt la Doctrine
Celui qui contemple la Doctrine me voit.

... au Mahâyâna où la bénédiction est une ouverture

Commençons par l'explication de ce que signifie « bénédiction » dans le contexte bouddhiste, lorsque l'on parle de la bénédiction d'un lama ou de la bénédiction du dharma. La bénédiction doit surgir des tréfonds de votre esprit. Ce n'est pas quelque chose qui vient de l'extérieur, bien que nous parlions couramment de la bénédiction d'un lama ou de la bénédiction des Trois Objets de Refuge. Que les qualités de votre esprit croissent et que ses défauts diminuent, voilà ce que signifie bénédiction. Le mot tibétain qui désigne la bénédiction [byin rlab, prononcé « tchinlap »] peut être décomposé en deux parties — byin signifie « potentiel merveilleux » et rlab « transformer ». Byin rlab signifie donc « transformer en un merveilleux potentiel ». En conséquence, bénédiction fait référence au développement de qualités vertueuses que vous n'aviez pas auparavant et à l'augmentation des bonnes qualités que vous avez déjà développées. Le mot implique également la diminution des souillures de l'esprit qui empêchent le développement de saines qualités. On reçoit la véritable bénédiction lorsque les attributs vertueux de l'esprit gagnent en force et quand ses caractéristiques défectueuses s'affaiblissent ou s'amoindrissent.

Les vœux d'Éveil d'Amitâbha

Si, lorsque je serai devenu bouddha, tous les êtres vivants des dix quartiers ayant le cœur sincère, la foi sereine et le désir de renaître en ma Terre vont jusqu'à penser à moi dix fois et n'y vont pas renaître, je ne veux pas du parfait Éveil. Si, quand je serai bouddha, les êtres vivants des dix directions qui, en entendant mon nom, auront dirigé leur pensée vers ma Terre, cultivé la source de toutes les vertus et, d'un cœur sincère, transféré leurs mérites en vue de renaître en ma Terre, n'obtiennent pas ce fruit, je ne veux pas du parfait Éveil.

La foi et la bénédiction selon Shinran

La Foi pure, c'est une pensée de foi profonde et étendue, qui nous vient de la volonté d'Amida de sauver les autres. [...] Pour nous, les êtres ordinaires et de bas niveau, il est difficile d'atteindre à la Foi pure et donc difficile de réaliser le but ultime. Pourquoi cela ? Parce que, par nous-mêmes, nous ne savons pas transférer des mérites en vue d'aller dans la Terre pure, car nous restons tout enchevêtrés dans les filets du doute. C'est justement pour cela que le Bouddha nous aide avec son noble pouvoir. Déployant en effet pour nous, à la manière d'une cause, le pouvoir de la Grande Compassion et de l'Infinie Sagesse, il nous fait obtenir la Foi pure et véritable.

Trois Corps pour oeuvrer au bien d'autrui

Le Fruit ultime est l'état originel qui ne demeure nulle part,
Champ pur du Corps absolu, inconcevable et inexprimable.
Au moment précis où l'Espace et la Sagesse ont un goût unique,
L'Éveil se manifeste en trois Corps spontanément présents.
Dans la sphère céleste de la sagesse subtile tourbillonne la nature omnisciente, prête à émerger.
Comme elle n'est ni le fruit d'un accomplissement ni celui d'une dissolution, c'est la réalité spontanément parfaite ;
Comme elle ne naît ni ne cesse, elle a la nature de l'espace...
Il en émerge la pure sphère « Dense Arrangement »,
Le mandata lumineux jailli de lui-même, spontanément parfait,
Avec les maîtres des cinq familles adornés des signes d'excellence au complet, d'où jaillissent des rayons lumineux
Qui ont pour nature les cinq Sagesses : Espace absolu,
Semblable-au-miroir, Égalité, Discernement et Tout-Accomplissante.
II en émane l'entourage de leurs disciples, leurs propres reflets dans les dix directions et les quatre temps,
Les mandalas des cinq familles, aussi nombreux que les graines de sésame dans leur cosse,
Qui embrassent l'espace entier, du zénith au nadir, aux quatre orients et dans les directions intermédiaires.
Portes, encadrements, dalles d'entrée, murs d'enceinte, etc..
Sont parfaitement ornés par le chatoiement lumineux des symboles propres à chaque Famille.
Cette sphère du mandala unique où toutes choses sont spontanément parfaites
Est complètement imprégnée d'enseignements parfaits et équanimes, sans limites ni centre.
L'intemporalité des trois temps est le temps de Samantabhadra,
L'état même de la Base parfaite, immobile et immuable...
Il en émerge encore les pures sphères des cinq familles naturelles du Corps d'apparition :
« Qui est au plus haut », « Joie manifeste », « Comblé de joyaux »,
« Empilement de lotus » et « Créé par les activités suprêmes ».
En chacune d'elles, les maîtres des cinq familles montrent aux disciples des dix terres
Le miroir où sont les beaux reflets des trois temps.
Par des spirales de rayons lumineux, ils purifient les dix terres de leurs obscurcissements,
Et accomplissent les activités qui établissent les êtres dans « La Toute Lumineuse ».
Ces pures sphères sont perçues par l'assemblée des fils des Vainqueurs.
Des rayons lumineux qui jaillissent de la bouche des Corps de jouissance,
Naissent les bouddhas d'Apparence formelle
Indra, Vemacitra, Shâkyamuni,
Dhruvasimha, Jvâlamukha
Et Dharmarâja qui,
Dans les six mondes des dieux, des asuras, des hommes,
Des animaux, des esprits avides et des enfers,
Aident les êtres impurs à s'établir dans le domaine ultime de la paix.
Par de multiples apparitions fantomatiques telles qu'objets d'art, êtres vivants,
Étangs, ponts, lotus, arbres qui exaucent les souhaits, etc.,
Ils dispensent bienfaits et joies temporaires aux êtres
Et accomplissent leur bien ultime par des activités salvatrices.
Quand il n'y a plus d'êtres à convertir, ceux qui accomplissent cette œuvre s'évanouissent dans la dimension absolue...
Ce que vous comprendrez selon un triple processus :
Le coucher des fantômes variés et la fin de l'œuvre de conversion
Est semblable à la disparition du reflet de la lune en l'absence d'un récipient.
Ce n'est qu'un déploiement-résorption qui se joue naturellement,
Et lorsque ceux qui sont à convertir sont apaisés,
Les cinq familles d'Apparition naturelle qui œuvrent à la conversion
Se fondent non duellement dans le Corps de jouissance de luminosité spontanée,
Comme la nouvelle lune disparaît du ciel.
Lorsque le Corps de jouissance manifesté spontanément
Se dissout dans l'espace du Corps absolu,
Seul demeure le grand mandala perçu intrinsèquement, invisible à l'extérieur,
Sans « avant » ni « après », sans croissance ni décroissance, sans mouvement ni transformation,
Semblable à la lune qui ne change pas, bien qu'elle paraisse croître et décroître.
Si, à nouveau, paraissent des êtres à convertir,
Tout se redéploiera comme auparavant.
La fin de tout cela est le Fruit de la libération.
Si l'on entend par « influence spirituelle » le pouvoir de bénédiction d'un être saint sur d'autres êtres, le bouddhisme, qui est non théiste, ne peut aborder cette question de la même manière que le christianisme par exemple. Il ne saurait être ici question de la grâce de Dieu, car il n'y a pas dans le bouddhisme l'idée d'un créateur transcendant qui accorde sa grâce et ses bénédictions à ses créatures. Toutefois, il y a bien cette notion qu'un être éveillé a le pouvoir d'aider autrui à se libérer des chaînes de la confusion et de la souffrance.

Il nous faut toutefois distinguer plusieurs niveaux d'interprétation dans le bouddhisme même, et la courte série de textes que nous avons livrée au lecteur lui a permis de constater cette évolution. Dans le canon pâli ancien, unique référence du bouddhisme theravâda, seul le Bouddha pleinement éveillé (samyaksambuddha en sanskrit) est qualifié pour guider les êtres vers la libération. Il le peut par sa parole qui est le reflet de son propre Éveil. Mais pour autant, il ne peut rien pour celui qui reste fermé à cette parole. C'est le disciple qui a le pouvoir de s'ouvrir à sa parole, de décider de suivre ses instructions et de parvenir ainsi à se libérer. Le Bouddha ne peut faire le chemin à sa place. Une fois que l'Éveillé a quitté ce monde, il ne peut plus y intervenir directement mais son influence spirituelle reste longtemps puissante et efficace par le biais de ses enseignements, qui constituent le Dhammakâya, son « Corps de doctrine » véhiculé par la communauté des moines — à condition que des disciples appliquent la doctrine à eux-mêmes. Après sa mort, ses reliques elles-mêmes conservent également un pouvoir de bénédiction en ce sens que si les fidèles les honorent et leur font des offrandes, ils accumulent les mérites nécessaires à leur progression spirituelle. Mais le culte des reliques, tout comme le pèlerinage dans les lieux où vécut et mourut le Bouddha, considéré lui aussi comme étant méritoire, n'atténuent pas l'importance première donnée à l'enseignement lui-même.

Dans le bouddhisme Mahâyâna, l'importance donnée au bodhisattva, l'être d'Éveil qui chemine vers la bouddhéité en se consacrant à autrui, et l'idée que de nombreux bouddhas œuvrent simultanément pour le bien des êtres dans l'univers rendent possible l'action compatissante, voire salvatrice, des bodhisattvas et des Éveillés. Mais il est également dit que le crochet de la compassion des bouddhas ne peut œuvrer au bien des êtres que s'il rencontre l'anneau de la dévotion de ces derniers. D'où l'importance donnée à la prière dans le bouddhisme indo-tibétain, prière qui ouvre le cœur du pratiquant et le rend réceptif à la « bénédiction ». Pour que le disciple s'ouvre aux qualités éveillées qui sont siennes bien qu'il les ignore habituellement, il doit cultiver la foi à l'égard des bouddhas et bodhisattvas qui ont bien, de ce fait, un rôle à jouer pour aider les êtres. La bénédiction est une relation de réciprocité : le bouddha dispose de la sagesse et de toutes les qualités de l'Éveil et aime tous les êtres de sa compassion impartiale, et le disciple, reconnaissant cela, fait appel à lui par dévotion, ce qui ouvre son propre esprit et son propre cœur. Cette ouverture lui donne alors accès au trésor qui se cache en lui, la nature de bouddha. Tel est le sens d'un court enseignement de l'actuel Dalai-Lama que nous proposons.

Dans le bouddhisme sino-japonais, cependant, les écoles de la Terre pure, s'appuyant sur l'idée que les êtres de cette époque dégénérée n'ont plus la capacité de s'éveiller au moyen de leur propre force, déclarent qu'il suffit de s'en remettre au pouvoir de bénédiction du bouddha Amitâbha pour être sauvé. Cette conviction s'appuie sur le grand Sukhâvatîvyûhasûtra où le Bouddha énonce à Ânanda les quarante-huit vœux de bodhisattva prononcés il y a très longtemps par le moine Dharmakâra devant le Bouddha Lokeshvararâja. Ce moine devint ainsi un bodhisattva et finalement un bouddha pleinement éveillé sous le nom d'Amitâbha, « Lumière infinie », capable de déployer une Terre pure, un domaine paradisiaque créé par ses propres mérites et la force de ses vœux antérieurs, où tout être ayant foi en lui pourrait renaître. Une fois né dans la Terre pure, le croyant accède aux meilleures conditions pour atteindre promptement l'Éveil, car tout contribue à cela dans l'environnement d'une Terre pure. Tel est le sens des deux vœux d'Amitâbha et du court texte de Shinran (1173-1263) que nous proposons.

Enfin, toujours selon le Mahâyâna, les bouddhas peuvent directement dispenser leur influence spirituelle aux êtres même après leur parinirvâna grâce à la manifestation du trikâya, le « triple Corps d'un bouddha ». Par l'accumulation de sagesse, ils obtiennent le dharmakâya, ou Corps absolu, pour eux-mêmes. Par l'accumulation méritoire achevée grâce à leurs œuvres de compassion le long de la voie du bodhisattva, ils gagnent la capacité de produire les deux Corps formels destinés au bien d'autrui, le sambhogakâya, ou Corps de jouissance, qui dispense ses enseignements aux grands bodhisattvas et le nirmânakâya, ou Corps d'apparition, manifesté pour venir en aide aux êtres ordinaires. De ce point de vue, le Bouddha Shâkyamuni lui-même est un nirmânakâya suprême venu enseigner aux êtres de ce monde. Lorsque le besoin s'en fait sentir, c'est-à-dire lorsque des êtres errent dans le samsara, les deux Corps formels émanent spontanément du Corps absolu immuable, tels des fantômes ou des apparitions dont la seule fonction est d'œuvrer au bien d'autrui. De cette procession du Corps absolu aux Corps formels, Longchenpa (1308-1363) donne une vision grandiose dans La liberté naturelle de l'esprit, texte qui conclut nos extraits de citations.
Philippe CORNU

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