Le livre des sagesses/La libertè et la grâce/Guide des égarés III, Moïse Maïmonide

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« TOUT HOMME
A LA POSSIBILITÉ D'ÊTRE
UN JUSTE, UN MÉCHANT,
UN SAGE OU UN SOT »
Maïmonide, Guide des égarés
Cet intellect qui vient de Dieu et s'épanche sur nous est le lien qui existe entre nous et Lui. Il dépend de toi, soit de fortifier et consolider ce lien, soit de l'affaiblir et de le relâcher jusqu'à le défaire. Ce lien ne peut se fortifier que lorsqu'on en fait usage pour aimer Dieu et s'approcher de lui [...] ; il se relâche, quand tu occupes ta pensée à ce qui est en dehors de lui [...]. En fait tout homme a la possibilité d'être un juste [...], ou un méchant, un sage ou un sot [...]. Il n'est personne qui le contraigne ou prédétermine sa conduite, personne qui l'entraîne dans la voie du bien ou du mal. C'est lui qui de lui-même et en pleine conscience s'engage dans celle qu'il désire.
Affirmer que l'homme soit libre d'accepter ou de refuser le lien qui l'unit naturellement à Dieu ne pouvait que troubler les consciences en un temps où le judaïsme était partout persécuté. C'était pour les passéistes une offense à Dieu ; en revanche, une telle proposition ne pouvait que stimuler ceux qui se tournaient vers l'avenir.

Médecin, philosophe et maître spirituel, rabbi Mosheh ben Maïmon (1135-1204) était né à Cordoue, mais à dix ans, il dut quitter avec sa famille l'Espagne où les envahisseurs almohades fanatiques exigeaient sous peine de mort la conversion des « Infidèles », juifs et chrétiens. Commençait pour Maïmonide une longue errance qui le conduisit à Fès, puis en Terre sainte et finalement au Caire, où sa renommée de médecin lui valut les faveurs du vizir de Saladin. Maïmonide put alors se faire le protecteur de ses coreligionnaires. Peu à peu, grâce à ses écrits en arabe et à son action directe, Maïmonide qui eut de nombreux disciples à qui il enseignait non seulement la tradition religieuse, mais la philosophie et les sciences, en vint à être considéré comme le rénovateur du judaïsme. S'il sut en préserver l'identité foncière et la foi alors menacée, il n'ignora pas les courants philosophiques et religieux de son temps.

A cette rénovation, il consacra toute son œuvre, en particulier la Répétition de la loi (Mishneh Torah) et le Guide des égarés (Moreh Nebukhim), considéré comme son testament spirituel, oeuvre ésotérique qu'il ne destinait qu'à un petit nombre de lecteurs lettrés que l'auteur adjure de ne pas répandre ce livre qui pouvait faire scandale, ce qui en effet ne manqua pas de se produire.

Au XIIIe siècle, l'œuvre de Maïmonide troubla profondément les juifs, faisant naître l'enthousiasme des uns qui ne voyaient que l'élan qu'il donnait à un judaïsme déclinant, mais la consternation et la réprobation des traditionalistes qui s'en tenaient à la halaka, l'exacte conformité à la règle. Ils reprochaient à Maïmonide de vouloir instituer une religion purement spirituelle et personnelle, au détriment du culte extérieur, ainsi que des tendances collectives, messianiques et apocalyptiques. Depuis lors, on a vu en Maïmonide le plus grand des philosophes juifs. Il est désormais tenu pour l'un des interprètes les plus autorisés de la pensée religieuse d'Israël.
Jacques BROSSE

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