Le livre des sagesses/Détachement, confiance et abandon/Pensées, Marc Aurèle
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| « NULLE PART L'HOMME |
| NE TROUVE DE RETRAITE |
| PLUS PAISIBLE |
| QUE DANS SA PROPRE ÂME » |
| Marc Aurèle, Pensées |
On se cherche des retraites, à la campagne, au bord de la mer, à la montagne ; toi aussi tu as l'habitude d'éprouver pour cela le désir le plus fort. Cela relève pourtant de la plus grande ignorance puisqu'il est possible, à l'heure où on le veut, de se retirer en soi-même. Nulle part en effet l'homme ne trouve de retraite plus paisible et plus éloignée des soucis que dans sa propre âme, surtout s'il a en lui ces choses qui donnent le bonheur dès qu'on se penche sur elles ; par bonheur, je n'entends rien d'autre que l'ordre harmonieux. Accorde-toi donc constamment cette retraite et renouvelle-toi. Aie des maximes brèves et élémentaires, avec lesquelles il te suffira de reprendre contact pour aussitôt voir cesser toute inquiétude et revenir au monde sans t'irriter contre ce vers quoi tu retournes.
Les Romains aimaient à s'éloigner de l'agitation de cette énorme ville, bruyante et tumultueuse, qu'était leur capitale. Aussi ceux de la bonne société avaient-ils tous des propriétés à la campagne, où ils aimaient se reposer, se donner au loisir, c'est-à-dire au calme, mais surtout à la lecture, à l'étude, et aux entretiens entre amis. C'est dans ces conditions qu'un Cicéron, retiré de la vie publique, au milieu du premier siècle avant notre ère, retrouve la philosophie. Il est donc tout naturel que celui qui a le goût de la philosophie recherche plus que tout autre cette retraite qui lui fasse oublier le bruit et les turpitudes de la ville, avec ses sollicitations, ses ambitions, ses fausses valeurs et ses pièges. Cette retraite sera toujours refusée à l'empereur Marc Aurèle, qui est sans cesse appelé d'un bout à l'autre d'un empire constamment menacé soit par la pression des ennemis extérieurs, soit par des dissidences militaires.
Le stoïcien connaît bien les dangers du monde extérieur, mais il sait que les perturbations ne viennent pas du dehors ni des circonstances, mais de l'accueil que nous leur faisons. Ni le monde, ni les plaisirs, ni l'argent, ni le pouvoir n'ont en eux-mêmes de force : leur puissance n'est que le fruit de notre faiblesse, et c'est à elle qu'il faut incriminer notre trouble. Le philosophe sait donc que c'est en lui-même qu'il doit chercher la sérénité, en se détachant de tout ce qui se laisse prendre aux tentations que présente le monde extérieur, auxquelles nous réagissons par l'envie, le désir, la peur, le rejet, la haine, la colère ou la frustration.
Comment déraciner toutes ces passions ? En nous rappelant sans cesse les distinctions capitales : ce qui dépend et ce qui ne dépend pas de nous, ce qui est bien, ce qui est mal et ce qui est indifférent. Face aux tentations, il faut donc se retirer en soi et se demander si ce que nous visons est un bien, si ce que nous craignons est réellement un mal, de sorte que nous nous décentrons de nous-même pour arriver à nous resituer dans la perspective de l'univers et de Dieu. Ce n'est pas le monde extérieur qui saurait nous apporter la sérénité, mais le travail sur nous-même, qui peut se faire n'importe où.Liens utiles :
- Voir : Personnalités
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