Le livre des sagesses/Détachement, confiance et abandon/Entretiens, Swâmi Prajnânpad
| « DITES "OUI" À TOUT » |
| Swâmi Prajnanpad, Entretiens |
La peur doit être bannie de votre vie.
La peur que quelque chose arrive est pire que la chose elle-même. Les peureux meurent bien des fois avant l'heure de leur mort. La peur doit être bannie de votre vie car elle est irrationnelle et bloque l'action.
« On regarde en avant et en arrière et on languit pour ce qui n'existe pas », dit Shelley.
L'habitude pernicieuse de penser au futur et au passé doit être brisée. Il ne faut tolérer ni que le passé vous domine, ni que le miroitement du futur influence le présent, la réalité. C'est seulement quand le passé et le futur sont éliminés que vous pouvez effectivement vivre dans le présent. Le présent seul est réel. Le passé et le futur sont de pures illusions. Vivez dans le présent et vous serez heureux. Vivre dans le présent cela signifie accepter tout ce qui vient. Au lieu de le rejeter, de lui attribuer les qualificatifs de bon et mauvais, d'agréable ou de désagréable, expérimentez tout ce qui vient, parce que c'est la vie. Ne fuyez pas la vie.
Quand nous disons qu'une chose est bonne ou mauvaise pour la chasteté, nous ne voyons pas les choses comme elles sont. Il n'y a ni bien ni mal dans un objet. Quand on boit trop d'alcool, on dit que l'alcool est mauvais. Son caractère mauvais réside en nous-mêmes et non pas dans l'alcool. Vous êtes dans une cage de verre et vous appelez cela une forteresse. Comment peut-il y avoir une limite à l'état de Brahmachari[2] ? Tout ce que vous jetez dans le feu est consumé par lui. De même, s'il y a un véritable état de Brahmacharià l'intérieur, tout ce qui vient en contact avec lui sera transformé. Nous devons régner sur tout ce qui nous concerne. Le vrai moine (sannyasi) est maître de lui-même dans toutes les circonstances. Il portera la soie la plus coûteuse avec la même tranquillité que des haillons déchirés, il mangera une nourriture princière ou la soupe paysanne avec une égale satisfaction. Mais il sera modéré et mangera selon ses besoins. Il ne dormira pas davantage s'il est sur un matelas moelleux. Il n'est l'esclave de rien et peut en quelque sorte s'adapter facilement et joyeusement à toutes les circonstances. Si un morceau de gingembre bouleverse votre état de Brahmachari, alors, que vaut cet état ?
Acceptez-vous vous-même
Ce que vous êtes, vous l'êtes ! Acceptez-le avec tout votre être et pas seulement intellectuellement. Les circonstances sont comme elles sont parce que c'est ainsi que vous les avez faites. C'est le but que vous avez poursuivi dans le passé. C'est donc à vous. Il vous appartient. Il n'est pas question de ne pas accepter ce qui est à vous. Vous l'avez demandé et c'est venu.
Ne vous rejetez pas vous-même en tout ou en partie. Si vous le faites vous ne pouvez plus être vous-même. Si vous vous rejetez vous-même, comment pouvez-vous accepter les autres ? Ce que vous voyez à l'extérieur n'est qu'une projection de vous-même. Le monde entier tel que vous le voyez n'est qu'une projection de vous-même. Vous ne voyez que vous-même partout.
Aussi, acceptez émotionnellement chaque chose y compris vous-même et voyez intellectuellement ce qui peut être fait si quelque chose peut être fait. Dans la réalité, faites-le. Puisque cela vous est arrivé, vous ne pouvez pas l'annuler. Alors ? Acceptez-le. Dites oui à toute chose. C'est à vous. C'est là.
Il faut accepter ou rejeter. Si vous ne pouvez pas dire oui, dites non. Il n'y a rien entre les deux. Entre les deux est une illusion. « J'accepte mais... » C'est un mensonge. Ce « mais » est émotionnel. Si vous avez accepté, vous avez accepté de tout votre cœur et complètement. Si vous êtes incapable d'accepter ce qui arrive, rejetez-le, c'est-à-dire voyez la cause pour laquelle c'est arrivé et cherchez à éliminer cette cause. Si la cause est éliminée, l'effet disparaîtra également. Si, toutefois il ne vous est pas possible d'éliminer la cause de ce qui arrive, laissez-la. Acceptez-la comme vous appartenant et expérimentez-la. Le plaisir et la peine, le chaud et le froid sont les deux aspects d'une même chose. Si vous avez un furoncle qui vous gratte, cela vous gratte. Un point c'est tout. A partir du moment où vous vous identifiez avec celui-ci il se met à vous faire mal, ce qui signifie que vous ne l'acceptez pas, bien qu'il soit là. La vérité (Tat-tvam) est ce qui est. Connaître la vérité, c'est voir ce qui est sans vous identifier ni vous projeter. L'accepter, c'est en faire une part de vous-même. Quand ce qui est, est une part de vous-même, comment pouvez-vous ne pas vous sentir à l'aise avec ce qui est ?
Swâmi Prajnânpad s'en est souvent expliqué : pour lui, l'acceptation, le « oui », est le premier pas vers la transformation. En faisant voisiner deux extraits d'entretiens, Srinivasan, l'un de ses disciples indiens, entend montrer que l'acceptation de ce qui est et l'acceptation de ce que l'on est constituent les deux faces d'une même prise de conscience. Concrètement, l'acceptation repose d'abord sur une sortie de la dualité des attitudes prendre/rejeter, la constatation que toute réalité comprend, inextricablement mêlés, ce qui fait plaisir et que l'on appelle « bon » et ce qui fait souffrir et que l'on appelle « mauvais ». La deuxième indication donnée par le swami est « vivre au présent », en sortant de la dualité temporelle passé/futur. La troisième concerne la compréhension exacte de ce qu'est l'état de brahmachari ou brahmacarya : dans les textes anciens, cet état définissait le premier âge de la vie du brahmane, qu'il passait auprès de son guru pour apprendre les textes et les rites védiques ; il impliquait la continence en tous domaines (pas seulement sexuelle), qui permettait de convertir et de conserver les énergies psychiques et somatiques uniquement pour la progression spirituelle. Ici, Swâmi Prajnânpad réinterprète le brahmacarya dans le sens élargi d'un état d'arbitrage et de pacification des désirs.
Note
- ↑ Svamiji pour illustrer ses paroles m'a demandé d'incurver ma main de façon à la rendre concave, ce que j'ai fait. Puis il a retourné ma main et m'a montré que de l'autre côté elle était convexe. Dans le même mouvement une face de la main est devenue concave et l'autre convexe.
- ↑ N.d.T. L'état de Brahmachari : état de celui qui vit dans la chasteté.
- ↑ DANIEL ROUMANOFF, Svâmi Prajnânpad. Biographie, Paris, Éditions La Table ronde 1993 p. 97-98.
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