Le livre des sagesses/Commencements, l'expérience initiatique/Cantiques du chemin, Thérèse d'Avila

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« IL ME BLESSA D'UNE FLÈCHE
EMPOISONNÉE PAR L'AMOUR »
Thérèse d'Avila, Cantiques du chemin
Sur ces paroles « Dilectus meus mihi »
Je me suis livrée et donnée,
et il se fit un tel échange,
que mon Aimé est à moi
et je suis à mon Aimé.
Lorsque le Chasseur Clément
tira sur moi, en m'épuisant,
entre les bras de l'amour
mon âme se laissa tomber,
et en renaissant à la vie,
il se fit un tel échange
que mon Aimé est à moi
et je suis à mon Aimé.
Il me blessa d'une flèche
empoisonnée par l'amour
et mon âme ne fit qu'une
avec celle du Créateur ;
je ne veux plus d'un autre amour,
je me suis livrée à mon Dieu,
et mon Aimé est à moi
et je suis à mon Aimé.
Dans les Cantiques du chemin, Thérèse d'Avila évoque sous forme de stances les étapes de la vie mystique : sorte de mélodie de l'âme, ces poèmes suggèrent les joies et les souffrances de l'union à Dieu. Reprenant l'appel de la fiancée dans le Cantique des cantiques, elle transforme la quête en une chasse violente où le Seigneur perce le cœur de sa créature d'une flèche d'amour.

Cette évocation de l'expérience de la transverbération qu'elle connut dès 1560 traduit avec force cette égalité d'amour que la sainte éprouvera par la grâce du mariage mystique. Le refrain marquant la réciprocité de la relation :

« Mon Aimé est à moi :et je suis à mon Aimé. »
souligne qu'il ne s'agit pas d'une fusion où l'âme se confondrait en Dieu mais bien plutôt d'une union fondée sur l'échange surnaturel de capacités d'amour et de connaissance. L'âme est alors entraînée par la passion dévorante de louer Dieu, de le faire connaître et aimer : la charité et l'apostolat de la carmélite prennent ainsi leur source dans cette communication divine où s'échange la capacité d'amour.
Chantal QUILLET

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