Le Secret de la Fleur d'Or/5/Erreurs dans la Révolution de la Lumière
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Le Maître Lu Tsou dit : Votre travail se concentre et mûrit peu à peu, mais, avant l'état où l'on se tient assis comme un arbre sec devant un rocher, il existe encore un grand nombre de possibilités d'erreurs sur lesquelles je désirerais appeler toute votre attention. On ne reconnaît ces états que lorsqu'on en fait soi-même l'expérience. C'est pourquoi je me propose de vous les énumérer ici. Mon école se distingue de l'école du Tchan (1) en ce qu'elle présente, à chaque stade, des signes de confirmation. Je désirerais tout d'abord traiter des erreurs et parler ensuite des signes de confirmation.
Quand on commence à mettre en oeuvre la révolution de la lumière, on doit tout d'abord veiller à ce que tout puisse se passer d'une manière commode et détendue. On ne doit pas trop exiger du coeur. On doit seulement veiller à ce que l'énergie et le coeur se correspondent mutuellement, d'une façon parfaitement automatique. Alors seulement on parvient à l'état de tranquillité.
Pendant qu'on est dans cet état de tranquillité on doit veiller aux conditions et à l'espace convenables. On ne doit pas s'asseoir (pour méditer) au milieu d'affaires futiles, autrement dit : on ne doit pas avoir l'esprit encombré par la vanité. On doit écarter tout enchevêtrement (de pensées), être parfaitement souverain et autonome. On ne doit pas non plus concentrer les pensées sur la méthode correcte. Si l'on se donne trop de mal, ce danger fait son apparition. Je ne dis pas que l'on ne doive pas faire d'efforts, mais l'attitude correcte réside au milieu, entre l'être et le non-être; si, au moyen du dessein, on parvient à l'absence de dessein, on a saisi. Il faut, souverain et sans confusion, se laisser aller en toute liberté.
En outre il ne faut pas tomber dans le monde de la séduction. Le monde de la séduction est celui où cinq sortes de démons obscurs prennent leurs ébats; c'est par exemple le cas lorsqu'après la fixation on a principalement des pensées concernant le bois desséché et les cendres mortes et peu de pensées relatives au printemps lumineux et à la vaste terre. On tombe ainsi dans le monde de l'obscurité. Alors l'énergie est froide, la respiration difficile, et l'on voit apparaître une foule d'images de froid et de déclin menant à la mort. Si l'on demeure longtemps dans cet état, on parvient au domaine des plantes et des pierres.
On ne doit pas non plus se laisser égarer par les dix mille séductions. Cela se produit quand, une fois qu'on est entré dans l'état de tranquillité, des liens de toutes sortes apparaissent d'une façon soudaine et incessante. On voudrait les briser et on ne le peut pas, on les suit et l'on se sent ainsi comme allégé. Cela veut dire que le maître devient valet. Si l'on demeure longtemps dans cet état on parvient au monde des vains désirs.
Dans le meilleur des cas on arrive au ciel, dans le pire parmi les esprits-renards. Un tel esprit-renard peut sans doute également se manifester dans les illustres montagnes, jouir du vent et de la pluie, des fleurs et des fruits, trouver sa joie dans les coraux et les herbes ornés de pierreries. Mais après qu'il s'est ainsi manifesté. pendant trois cents ou cinq cents ans ou, tout au plus, durant deux millénaires, il a épuisé sa récompense et renaît dans le monde du trouble et de l'agitation.
Tout cela, ce sont de fausses voies. Quand on connaît les fausses voies, l'on peut explorer les signes de confirmation.
Commentaire
Le sens de ce chapitre est d'appeler l'attention sur les fausses voies qui se présentent au cours de la méditation, afin que l'on parvienne à l'espace de l'énergie et non à la cavité de l'imagination (2). C'est le monde des démons.
C'est, par exemple, le cas lorsqu'on s'assied pour méditer et que l'on voit apparaître les flammes lumineuses ou des couleurs chatoyantes, ou encore que l'on voit des Bodhisatvas et des dieux s'approcher, ou autres imaginations analogues. Ou encore quand on ne réussit pas à faire que l'énergie et la respiration s'unissent, que l'eau des reins ne peut pas monter mais se précipite vers le bas, que l'énergie première est froide et la respiration difficile; alors les énergies lumineuses de la grande terre sont trop peu nombreuses et l'on atteint le monde vide de l'imagination. Ou bien quand, au cours d'une longue séance, les pensées surgissent en foule, qu'on veut les empêcher et qu'on ne le peut pas ; on se laisse entraîner par elles et l'on se sent allégé.
On ne doit alors à aucun prix poursuivre la méditation, mais on doit se lever et marcher quelque temps jusqu'à ce que l'énergie et le coeur soient de nouveau à l'unisson. Alors seulement on peut s'asseoir à nouveau pour méditer. Dans la méditation on doit avoir une sorte d'intuition consciente que l'on sent l'énergie et la respiration s'unir dans le champ de la pilule d'or; on doit sentir qu'une chaude détente reliée à la vraie lumière commence à s'éveiller confusément. On a alors trouvé l'espace correct. Quand on a trouvé l'espace correct on est à l'abri du danger de parvenir au monde des désirs illusoires ou des démons ténébreux.
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Notes
1) École bouddhique chinoise à laquelle correspond le zen japonais.
2) Ce terme est utilisé ici dans son sens négatif « d'imagination vaine, phantasmes non contrôlés et non dirigés vers un but », par opposition à l'imagination créatrice qui mène à l'éclosion de la Fleur d'Or et, en définitive, au Grand Vide ou espace de l'énergie.