Krishnamurti/Sur Krishnamurti/La vie intérieure de KRISHNAMURTI
LA VIE INTÉRIEURE DE KRISHNAMURTI
par: Aryel Sanat
Traduit de l'anglais par Brigitte Taquin
Aux Éditions Adyar (2001).
Sommaire |
LA VIE INTÉRIEURE DE KRISHNAMURTI
4ème de couverture
A l'âge de quatorze ans, J. Krishnamurti (1895-1986) fut proclamé nouveau leader messianique par les premiers théosophes, qui l'initièrent à l'éternelle sagesse antique. Il fut éduqué en Grande-Bretagne et passa sa vie à propager ses idées dans le monde entier. Et il devint, de fait, l'un des principaux instructeurs spirituels du vingtième siècle. Parmi les millions de personnes qu'il influença, on compte le Dalaï Lama, Deepak Chopra, Joseph Campbell, le Dr. Jonas Salk, Henry Miller et Aldous Huxley.Mais Krishnamurti (k) était un révolutionnaire, au sens le plus profond du terme. Pendant plus de soixante ans, il s'abstint de tout système de croyances ou de préjugés, ainsi que des principes de l'ésotérisme théosophique.
--- Et en privé?
Aryel Sanat fait exploser les mythes à l'origine des controverses dont fit l'objet cet homme complexe et tant aimé. Ses recherches méticuleuses révèlent que contrairement aux apparences, la vie intérieure de K abondait en événements occultes. En privé, il ne nia jamais l'existence de ses " Maîtres " éternels, pas plus qu'il ne démentit être le véhicule de la manifestation du Seigneur Maitreya, du Christ. En fait, aux dires de K, ces réalités intérieures furent présentes au quotidien dans sa maturité et étroitement liées à son oeuvre.
De l'avis de tous, il est essentiel de connaître le déroulement de cette étrange histoire pour comprendre la vie et les idées de K, ainsi que le Bouddhisme, les enseignements de Gurdjieff, l'éternel renouveau – en fait, l'ensemble de la spiritualité contemporaine.
--- Après ce préambule, nous pouvons commencer...
Aryel Sanat (Miguel Angel Sanabria) donne des conférences et écrit des livres sur Krishnamurti depuis 1964. Il est actuellement Professeur Adjoint au Département de Philosophie et de Religion de l'Université Américaine de Washington, D.C. Il vit à Arlington, en Virginie.
Sommaire
Première Partie: La Source
La philosophie pérenne | Une nouvelle perspective | Mutation
Deuxième Partie: La Passion
Initiation | Processus et Autorité | L'Expérience
Troisième Partie: L'autre
Le Bien-Aimé | Ecce Homo | Maitreya
Voir aussi
Sélection bibliographique (Augmentée)
Index
Notes
Introduction
J. Krishnamurti (1895-1986) fut probablement la quintessence des iconoclastes du vingtième siècle. Bien qu'il se fût obstinément refusé à s'identifier à une philosophie, une religion ou une quelconque école de psychologie, ses intuitions et ses observations transformatrices ont profondément influencé de nombreuses personnes et, de fait, ce siècle même. Si certains ont tenté d'écrire son histoire, nul ne sera jamais en mesure de dire tout ce qu'il y aurait à en dire. Il se pourrait bien que l'histoire complète de Krishnamurti ne soit jamais révélée. Dans ce qui suit, j'ai tenté d'effectuer des recherches sur quelques éléments inexplorés du puzzle que constituent sa vie et son œuvre – et en particulier sur leurs aspects ésotériques, sujet qui est resté sous le boisseau à ce jour.
Le silence entourant la vie intérieure de Krishnamurti s'explique en partie par le fait que la plupart de ceux qui se sont intéressé à sa vie et à son œuvre – y compris les auteurs traitant de ces sujets par ailleurs – l'ont tous, sans exception, senti opposé à tout ce qui a trait aux doctrines ésotériques. Krishnamurti insistait beaucoup sur le fait que les mystifications occultes sont une forme frivole et dangereuse de gaspillage d'énergie. Il disait souvent que cette énergie devrait être consacrée au travail visant à la compréhension de soi-même, ainsi que de ce qui est, sans aucun des écrans qu'implique notre conditionnement. Il insistait de manière répétitive sur le fait que si l'humanité veut avoir un avenir spirituel – et peut-être même un avenir tout court – la mutation radicale qu'implique cette prise de conscience doit avoir lieu.
En outre, pendant plus de soixante ans, durée de son enseignement, Krishnamurti fut réputé pour ses exposés cinglants sur la superficialité et les dangers de tous les systèmes religieux, en particulier de ceux fondés sur des enseignements psychiques ou occultes. Devant cette prise de position publique, les personnes familiarisées avec l'œuvre de Krishnamurti peuvent s'étonner de voir combien sa vie privée fut riche en événements ésotériques, dès son enfance et jusqu'à sa mort. Il ne s'agit pas de remettre en question le fait qu'en fin de compte, ce qui importe le plus, ce sont les intuitions et les observations contenues dans les œuvres de Krishnamurti, ce sur quoi lui-même insistait et que soulignera la discussion qui va suivre. Néanmoins, il est étonnant de constater que sa vie ait été à un tel point imprégnée d'ésotérisme, surtout si l'on considère qu'en public, il faisait montre d'une très vive opposition aux enseignements ésotériques.
Ce qui importe toutefois plus encore, c'est qu'il est essentiel de comprendre la vie intérieure de Krishnamurti pour se faire une idée claire des aspects plus profonds de son enseignement. Krishnamurti lui-même le donne à entendre, et c'est ce dont traiteront les Parties II et III. Toute personne bien disposée envers les intuitions et les observations de Krishnamurti se met ainsi dans une situation peu enviable: rejeter sa vie ésotérique, sous prétexte qu'elle aurait résulté de visions, d'illusions ou d'hallucinations, revient à admettre que ses propos manquent de cohérence, dans ses causeries comme dans ses livres.
Pourtant, la plupart des auteurs qui ont écrit sur Krishnamurti résolvent le problème des éléments ésotériques de sa vie en les assimilant à des hallucinations, des illusions, des visions ou des inventions de la part des témoins, et souvent de Krishnamurti lui-même.
Toutefois ces tentatives insistant sur le clivage qui sépare Krishnamurti des enseignements ésotériques pourraient se fonder sur une mauvaise interprétation de la nature et des buts de l'ésotérisme. En raison des préjugés solidement ancrés touchant à la nature de l'ésotérisme et à ce que Krishnamurti en disait, je consacrerai le début de la Partie I à un examen de la philosophie de la sagesse éternelle et de ses enseignements, en particulier dans leurs rapports avec la vie et l'œuvre de Krishnamurti.
Les plus intrigantes de mes allégations concernant la vie ésotérique de Krishnamurti sont probablement celles qui ont trait à la question de savoir si les instructeurs appelés « Maîtres », par lui et par les théosophes qui prirent soin de lui dans sa jeunesse, sont « réels » et le cas échéant, dans quelle mesure ils se sont manifestés. Si la tradition parle souvent des Maîtres dans le contexte des mythes, on dit également qu'il s'agit d'hommes et de femmes qui furent les gardiens et les promulgateurs de la sagesse éternelle. On pense généralement que Krishnamurti niait et l'existence de ces Maîtres, et le fait qu'il fût le véhicule de la ?manifestation du Seigneur Maitreya, ce qu'avaient prétendu ses mentors théosophes. Les Parties II et III démontrent à souhait que Krishnamurti n'a infirmé aucun de ces faits. Au cœur de ce témoignage se trouve en fait la révélation que les Maîtres et le Seigneur Maitreya furent des réalités pour Krishnamurti, et ce vraisemblablement au quotidien, dès l'instant où il les rencontra pour la première fois dans sa jeunesse.
La Partie III rend compte de certaines des implications philosophiques plus profondes des expériences spirituelles de Krishnamurti, et particulièrement leur portée sur l'avenir de l'humanité. Bien que Krishnamurti n'eût aucun système, aucune méthode, aucune métaphysique – ce n'était absolument pas un philosophe, au sens restreint et académique du terme – son œuvre, je l'affirme, représente ce que le vingtième siècle a produit de meilleur et de plus profond. Comme Socrate, il était un pur explorateur de ce qui est. Il importe de noter que les recherches de Socrate furent souvent gênées par le fait qu'il s'identifiait à la culture grecque, alors que Krishnamurti n'avait, à aucun niveau, de prédilection de ce genre, ni pour rien de ce que cela présuppose.
Pour de nombreux étudiants du New Age, ainsi que pour les disciples de Krishnamurti – pour ne point parler des milieux académiques en général – les révélations contenues dans ces pages risquent fort de prêter à controverse. Mes recherches ont consisté à tenter d'examiner les sources – les déclarations de Krishnamurti sur ces sujets, les récits des témoins de sa vie et de ses agissements et les révélations sur ses intuitions et ses expériences contenues dans des comptes rendus étayés de preuves – afin de mettre en lumière la véritable nature de sa vie ésotérique. Ce que vous trouverez dans les pages qui suivent résulte en grande partie de discussions vastes et approfondies, s'étalant sur plusieurs décennies, avec des personnes défendant des points de vue très divers – et se contredisant parfois – sur Krishnamurti et sa manière de voir les choses.
Présenter une biographie complète de Krishnamurti dépasserait le cadre de cet ouvrage. Il est possible de comprendre une grande partie de ce qui y est dit sans s'être au préalable informé sur sa vie. Le lecteur est toutefois prévenu du fait qu'une familiarisation avec les écrits sur la vie et les œuvres de Krishnamurti fournira une base utile à la compréhension des sujets traités. Si elles n'abordent pas les étranges événements qui marquèrent sa vie – et comme en témoignent la très vaste bibliographie citée - de nombreuses publications se rapprochent du thème de notre débat. Parmi les sources fondamentales les plus utiles, on trouve le livre intitulé Krishnamurti: A biography, (Trad. : Krishnamurti, sa Vie, son œuvre) de Pupul Jayakar, et les quatre volumes de Mary Lutyens consacrés à son œuvre biographique sur Krishnamurti. Il est fait référence à d'autres ouvrages sur la vie et l'œuvre de Krishnamurti dans les notes de fin, destinées aux lecteurs souhaitant effectuer de plus amples recherches sur les thèmes traités.
Toutefois, comme Krishnamurti était un révolutionnaire dans le sens le plus profond du terme, il serait absolument insuffisant de ne donner que les explications ou les interprétations d'autres personnes concernant sa vie ou ses déclarations. Si vous voulez vous donner une chance de comprendre Krishnamurti, vous devez aller à la source même. Comme point de départ, je vous recommande vivement La Première et Dernière Liberté, de Krishnamurti, ainsi que ses Commentaires sur la vie.
Quand il était petit, Krishnamurti était généralement appelé « Krishna ». Plus tard, beaucoup l'appelèrent « Krishnaji », forme diminutive dénotant sympathie et respect en Inde. Dans les vingt dernières années de sa vie, on l'appelait souvent « K » . Toutes ces appellations figurent dans le texte.
Le lecteur notera que si le mot théosophie prend parfois une majuscule, ce n'est généralement pas le cas. Il s'agit d'établir une distinction entre la Théosophie conçue comme un système idéologique (avec une majuscule), et l'engagement transformateur, non discursif ni psychologique, dans la théosophie (sans majuscule). Le système de pensée qu'on nomme la Théosophie est un développement conceptuel récent des états de conscience initiatiques anciens, assimilés à la théosophie. Il sert l'honorable objectif de rendre la théosophie plus accessible à ceux qui sont encore sous l'emprise de la pensée analytique. Tandis que théosophie transformatrice en elle-même rejette tout conditionnement, et par conséquent toute pensée ainsi que tout système de pensée.
Tout au long de cette étude, un style hésitant, se manifestant par des expressions telles que « peut-être », « il semble que » ou « selon toute vraisemblance », est employé par intermittence. Cela est dû au fait que, pour être authentiques, les ?recherches effectuées sur des sujets tels que la vie intérieure de Krishnamurti présupposent nécessairement que l'on ne sache quelle direction prendre. Les affirmations ne font que masquer les faits et s'en écarter. La découverte de faits sur un sujet quelconque implique qu'on se débarrasse de toute présupposition. Ceci se vérifie tout particulièrement dans la présente recherche. Le fondement de la recherche phénoménologique consiste en fait à l'aborder sans préjugés. S'il ne garantit pas le succès, l'abandon des préjugés donne au moins une chance d'accéder au discernement. En fait, il se pourrait que l'état psychologique inhérent à cette démarche de recherche importe plus que la connaissance qu'il procure.
Un mot pour conclure. Ce qui suit résulte de plus de trente années de recherches. Bien que je les aie menées en m'efforçant de laisser la vérité me servir de guide – vers une destination inconnue des erreurs de toutes sortes ont pu s'y glisser. S'il s'en trouve, les erreurs sur les faits devraient pouvoir se corriger aisément grâce à des critiques pertinentes, dont je serais extrêmement reconnaissant. J'ai déjà bénéficié de telles critiques, comme l'attestent certains noms mentionnés dans mes remerciements. Il sera plus difficile de repérer avec précision toutes les erreurs susceptibles d'avoir plus d'impact, de par leurs conséquences – qui ont pu se glisser dans mes affirmations relatives aux documents étudiés. C'est pourquoi je tiens à certifier très clairement que « je ne prêche ni pour, ni contre aucune paroisse », qu'il s'agisse de Krishnamurti ou de toute autre personne ou organisation citée. Tous ceux qui voudraient trouver un évangile dans les pages qui vont suivre en seront pour leurs frais: ce livre est essentiellement une enquête sur les faits relatifs à la vie intérieure de Krishnamurti, il ne met en avant aucune idéologie, ni aucun groupe.
Je ne suis pas un « dévot » de Krishnamurti, si l'on entend par là que je le déifie, lui ou ses enseignements, ou que je le croie incapable de se tromper, en actes ou en paroles. En dépit de la nature d'une grande partie des documents contenus dans ce livre, je pense que, bien qu'il fût un être d'exception, Krishnamurti était un être humain et en tant que tel, sujet aux erreurs qui sont le lot de toute l'humanité. Je ne m'identifie pas non plus à une école, une organisation ou un enseignement quelconque, et n'ai de prédilection pour aucun.
Vous êtes libres de considérer ce qui suit comme faisant partie d'un dialogue suivi et amical sur ce que fut Krishnamurti. Comme on le recommande souvent dans les cours de justice, je demande au lecteur de suspendre son jugement jusqu'à ce que la totalité de l'affaire ait été entendue. L'histoire de la vie intérieure de Krishnamurti est très étrange, notamment de par le fait, non négligeable, qu'il l'a tenue en grande partie secrète pendant plus de cinquante ans. Cette histoire a des répercussions essentielles sur notre compréhension de sa vie et de son œuvre. Fait tout aussi important, elle est déterminante en ce qui concerne notre compréhension de la théosophie, du bouddhisme, des enseignements de Gurdjieff, de la philosophie éternelle, et en fait, de l'ensemble des cercles spiritualistes contemporains.