L'esprit religieux est celui qui s'est affranchi de toute autorité. Et il est extrêmement difficile de ne dépendre d'aucune autorité – ni celle imposée par autrui, ni celle de l'expérience que nous avons engrangée et qui est liée au passé, à la tradition. L'esprit religieux n'a pas de croyances, pas de dogmes ; il s'attache à un fait, puis à un autre: l'esprit religieux est donc aussi un esprit scientifique. Mais en revanche, l'esprit scientifique n'est pas un esprit religieux. L'esprit religieux inclut l'esprit scientifique, mais il ne suffit pas que l'esprit soit rodé aux connaissances scientifiques pour qu'il soit religieux autant. L'esprit religieux s'intéresse à l'existence humaine dans sa totalité, à son fonctionnement global, et non pas à une fonction particulière. Le cerveau, lui, s'intéresse à une fonction particulière: il se spécialise. Il fonctionne dans le cadre d'une spécialité, comme chez le scientifique, le médecin, le musicien, l'artiste, l'écrivain. Ce sont ces techniques spécialisées, dont le champ est très restreint, qui sont responsables des divisions non seulement intérieures, niais extérieures. C'est sans doute le scientifique qui, au même titre que le médecin, est actuellement considéré par la société comme le plus éminent et le plus indispensable de ses membres. La fonction prend donc une importance prédominante, car le statut social, c'est-à-dire le prestige, en dépend. Là où il y a spécialisation, il y a donc fatalement contradiction, et aussi un rétrécissement de l'esprit ; ainsi fonctionne le cerveau.