Nous ne sommes généralement pas en communion avec les choses. Il n'existe aucune communion directe entre nous et nos amis, nous et notre femme, nous et nos enfants... Donc, pour comprendre la souffrance, il faut sans nul doute l'aimer, ne croyez-vous pas? Autrement dit, il faut être en contact direct avec elle. Si l'on veut comprendre – que ce soit son voisin, sa femme, ou toute autre relation – si l'on veut comprendre totalement une chose, il faut en être proche. On doit l'aborder sans objections, sans préjugés, sans condamnation ni répulsion ; on doit la regarder – n'est-ce pas? Si je veux vous comprendre, je ne dois avoir envers vous aucun préjugé. Je dois être capable de vous regarder sans que viennent s'interposer les barrières, l'écran de mes préjugés et de mes conditionnements. Je dois être en communion avec vous, ce qui signifie que je dois vous aimer. De même, si je veux comprendre la-souffrance, je dois l'aimer. Je dois communier avec elle. Je n'y parviens pas, parce que je cherche à lui échapper, par le biais d'explications, de théories, d'espoirs, d'atermoiements, qui sont tous des processus de verbalisation. Ainsi, les mots m'empêchent d'être en communion avec la souffrance. L'obstacle vient des mots – les mots des explications, des rationalisations, qui ne sont toujours que des mots, mais qui constituent notre processus mental – ces mots qui m'empêchent d'entrer en communion directe avec la souffrance. C'est seulement lorsque j'entre en communion avec la souffrance que je la comprends.