En général, l'autorité nous satisfait parce qu'elle nous procure un sentiment de continuité, de certitude, de protection. Mais celui qui veut vraiment comprendre les implications de cette révolution psychologique profonde doit être affranchi de toute autorité. Il ne peut en aucun cas être assujetti à une autorité, qu'elle émane de lui-même ou qu'elle lui soit imposée du dehors. Mais cela est-il possible? M'est-il possible de ne pas me fier à l'autorité de ma propre expérience? Même lorsque j'ai rejeté toutes les expressions extérieures de l'autorité – les livres, les maîtres, les prêtres, les Églises, les croyances –, j'ai toujours le sentiment que je peux au moins me fier à mon propre jugement, à mon expérience personnelle, à ma propre analyse. Mais sont-ils vraiment fiables? Mon expérience n'est que le résultat du conditionnement auquel j'ai été soumis, et il en va de même pour vous. N'est-ce pas exact? J'ai pu être élevé dans la tradition musulmane, bouddhiste, ou hindoue ; mon expérience va dépendre du milieu culturel, économique, social et religieux dans lequel j'ai vécu ; et vous êtes dans une situation identique. Puis-je donc me fier à tout cela? Y trouver un guide, un espoir, une vision, qui me donnera foi en mon propre jugement, qui lui-même n'est que le résultat d'une accumulation de souvenirs, d'expériences, et un conditionnement dans lequel passé et présent se rejoignent?... Alors, quand j'en ai fini de me poser toutes ces questions et que je prends conscience du problème, je vois qu'il n'existe qu'un seul état dans lequel la réalité, le neuf, puisse se faire jour – et cela suscite en moi une révolution. Pour que cet état soit, l'esprit doit être totalement vidé de tout passé ; il n'y a plus alors ni analyseur, ni expérience, ni jugement, ni autorité d'aucune sorte.