L'esprit qui se forge une opinion sur un fait est un esprit étroit, limité, destructeur... Vous et moi pouvons traduire le fait chacun à notre manière. Cette interprétation du fait est une malédiction qui nous empêche de le voir tel qu'il est et de pouvoir agir sur lui. Lorsque vous et moi confrontons nos opinions respectives à son sujet, cela n'a aucune influence sur le fait ; peut-être lui trouvez-vous des choses en plus, vous pouvez percevoir en lui plus de nuances, de sous-entendus, lui accorder plus d'importance que je ne le fais. Mais le fait ne souffre aucune interprétation: je ne peux donc pas me permettre la moindre opinion à son sujet. Le fait est tel qu'il est, et l'esprit a beaucoup de peine à l'admettre. Nous ne cessons de le traduire, de lui attribuer des sens différents, en fonction de nos préjugés, de nos conditionnements, de nos peurs et ainsi de suite. Il suffirait que vous et moi puissions voir le fait sans émettre aucune opinion, sans l'interpréter, sans lui attribuer de signification, pour qu'il devienne beaucoup plus vivant – non, pas plus vivant: le fait est là, il se suffit à lui-même, rien d'autre ne compte ; le fait a alors sa propre énergie qui vous mène dans la bonne direction.