Jakob Böhme

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Jakob Böhme, par Gottlob Glymann

Jakob Böhme (né à Alt-Seidenberg en 1575, mort le 17 novembre 1624 à Görlitz) fut un théosophe[1] illuminé allemand, un des principaux représentants du mysticisme de l'époque moderne. Il était surnommé « Philosophus teutonicus ».

Sommaire

Vie

Façade de la maison à Zgorzelec où Böhme vécut entre 1590 et 1610

Böhme est né en 1575 à Alt-Seidenberg, un petit bourg près de Görlitz. Ses parents étaient de simples paysans. Il reçut quelques leçons à l'école du village, puis fut mis en apprentissage chez un cordonnier. En 1599, il épousa la fille d'un boucher, et s'établit maître cordonnier à la porte de Neisse, derrière les remparts. Il aurait exercé cette profession jusqu'à la fin de sa vie, cependant il vendit son établi en 1613 et se consacra tout entier à son œuvre. Il dit : « Je n'ai lu que dans un seul livre, dans mon propre livre, dans moi-même ». De bonne heure il avait eu des expériences mystiques illuminatrices. La première illumination qu'il mentionne date de 1600, mais il ne la considérait que comme un premier germe, car son illumination décisive n'eut lieu qu'une dizaine d'années plus tard. Il était religieux, mais sans être vraiment catholique, car il avait le papisme en horreur, ni protestant, car il se refusait à croire à la prédestination. Il fut persécuté par les autorités religieuses. Toutefois, il parvint à leur tenir tête. Il est mort à Görlitz en 1624.

Théosophie

La théosophie de Jakob Böhme manifeste des connaissances astrologiques profondes et l'influence certaine de l'alchimie. Toutefois, c'est d'abord et avant toute chose une théosophie chrétienne dans laquelle est exposé le mythe fondamental de la gnose chrétienne moderne. Ce mythe fondateur forme la base de tous les grands traités rosi-cruciens et de l'école martiniste.

La doctrine de l'Ungrund

La théosophie de Böhme est une métaphysique dans le sens où elle tente de penser le passage du non-être à l'être. Selon Böhme, l'Ungrund (le sans-fond) est un néant inconscient et ténébreux, mais le propre du néant est de manquer de tout. Une racine de désir germe donc au fond du néant, racine qui aspire à être. Il y a donc une racine de désir qui s'allume comme une étincelle et fait jaillir l'être du non-être, et la lumière des ténèbres.

Le mythe gnostique

Les trois principes et les sept esprits

Selon Jacob Böhme, la Réalité a un structure ternaire, déterminée par l'action de trois principes : la source des ténèbres, la puissance de la lumière et l'extra-génération hors des ténèbres par la puissance de la lumière[2]. Et tout processus de la Réalité est régi par sept qualités, sept sources-esprits : l'âcreté, la douceur, l'amertume, la chaleur, l'amour, le ton ou le son, le corps[3].

La description qu'en fait Jacob Böhme comporte des similitudes frappantes avec la Loi de trois et la Loi de sept que décrivent Boris Mouravieff et Georges Gurdjieff[réf. nécessaire].

La Sophia et l'Androgyne célestes

La Sophia représenta pour Böhme l'homme dans sa pureté, sa virginité et sa chasteté antérieure au pêché originel. Elle n'est pas séparable de sa conception de l'Androgyne, l'humanité pré-adamique intègre et intégrale des origines. Böhme affirme que la Sophia est incréée, elle est la sagesse divine en l'homme. Cette âme sophianique renvoie à la préexistence céleste de l'homme terrestre. La chute de l'homme est la perte de sa sophianité, de sa pureté, de sa virginité. À la perte de la Sophia céleste correspond la naissance de l'Ève terrestre, la féminité. La Vierge Marie représente particulièrement la Sophia et la sophianité de la Vierge renvoie à l'androgynie du Christ. Il y a donc une double polarité Vierge/Ève et Christ/Adam. Mais Böhme échappe à tout dualisme, car pour lui, « Christ vit en Adam et celui-ci dans le Christ ».

D'autre part, la sophianité rend fondamentale la naissance du Christ de la Vierge. Sur ce point, Böhme se distingue nettement de ses origines protestantes. La Mère de Dieu signifie rien moins que le retour sur terre de la Vierge-Sophia. La Vierge n'est pas vierge par Ève, mais par la descente de la Sophia qui s'incarne en Marie. Il y a donc une correspondance profonde entre la descente du Saint-Esprit et l'Incarnation du Christ et la descente de la Sophia en la Vierge Marie. En fait, la descente de la Vierge divine en Marie est l'action du Saint-Esprit. Il est donc primordial que Jésus naisse d'elle et de nulle autre. Ainsi, la naissance de Jésus d'une Vierge transfigure aussi la nature féminine en la libérant de la féminité négative. Chez Böhme, l'affranchissement de la sexualité terrestre implique le rétablissement de l'androgynie primitive. Cette doctrine de l'Androgyne céleste lui permet d'éviter les tentations ascétiques qui, dans le christianisme, marquent fortement les conceptions négatives de la sexualité. À l'impureté sexuelle, Böhme n'oppose pas l'ascétisme qui tend vers l'asexué, mais l'androgynie intégrale et originelle. Chez lui, la mystique sophianique est solidaire d'une anthropologie spirituelle qui renvoie dos à dos puritains et libertins.

Influences

Chose étrange chez un homme si peu instruit, on trouve dans les écrits de Böhme de nombreuses analogies avec les théories philosophiques de l'Allemagne du XIXe siècle, et il peut être considéré comme un précurseur de Spinoza[4], de Schelling, de Hegel[5] et son influence a été grande sur la pensée allemande et en particulier sur Franz von Baader[6] et les romantiques[réf. nécessaire].

Hegel appelait Jakob Böhme « le premier philosophe allemand[7] ». Avec Francis Bacon, et dans un genre opposé à lui, il représente selon Hegel l'une des deux sources de toute la philosophie moderne : son mysticisme contraste avec l'empirisme de Bacon.

Il a eu aussi une grande influence en Angleterre notamment sur George Fox, le fondateur du quakerisme, Milton et Newton. Il a été révélé en France par Louis-Claude de Saint-Martin au XVIIIe siècle, un autre illuministe, qui traduisit cinq de ses ouvrages, notamment L'Aurore à son lever, la Triple Vie et ses Trois Principes. Il était devenu un disciple de Böhme en 1788. Nicolas Berdiaeff tenait Jakob Böhme pour l'un des plus grands gnostiques chrétiens. Böhme eût aussi un influence considérable sur Raoul Vaneigem[8] et Guy Debord[9].

Notes

  1. Ne pas confondre cette théosophie avec la théosophie moderne orientalisante de Mme Blavatsky.
  2. Des trois principes de l'essence divine, Edition d'Aujourd'hui, 1985, tome I, p. 95
  3. Basarab Nicolescu, L'Homme et le sens de l'univers. Essai sur Jakob Böhme, Le Félin - Philippe Lebaud, Paris, 1988, 2e édition 1995 (ISBN 2-86645-211-9), p. 47
  4. Deleuze, Spinoza et le problème de l'expression, Minuit, 1968
  5. Alexandre Koyré, La philosophie de Jacob Boehme, Vrin, (1929) 1979
  6. Franz von Baader (1765-1841)
  7. Leçons sur l'histoire de la philosophie, éditions du Jubilé, t. XIX, p. 300.
  8. Vaneigem: Voir Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, Folio Actuel 1992, Gallimard, page 133 ou il parle du « langage sensuel », sensualische Sprache.
  9. Voir Le Consul, Allia, 1999, entretien avec Ralph Rumney, page 66.

Bibliographie

Œuvres de Jakob Böhme

Ses écrits furent interdits par l'Église.

Études sur Jakob Böhme

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